Joachim Gérard : et maintenant, un Grand Chelem...

Joachim Gérard, vainqueur de son troisième Masters
Joachim Gérard, vainqueur de son troisième Masters - © Twitter @JoachimGerard

Le Masters, c'est vraiment LA compétition de Joachim Gérard.  Il a gagné ces officieux Championnats du monde de tennis en fauteuil pour la troisième fois.  Il apprécie le format, les matches de poules, puis une demi-finale et une finale.  On ne dit pas qu'il était invincible, mais il était le meilleur, ces derniers jours, en Floride.  En finale, il a battu le numéro un mondial, le Japonais Shingo Kunieda.  

Entretien avec Joachim Gérard, qui a donc terminé sa saison par une victoire, et que l'on retrouvera sur les courts dès le mois de janvier...

Joachim, ce qui était frappant, pendant votre finale au Masters, c'est que vous n'avez rien lâché.  Vous aviez une grande rage de vaincre, et vous refusiez de perdre, tout simplement...

Oui, je sentais que j'étais au-dessus de mon adversaire.  Et avoir fait un deuxième set en demi-teinte, ça ne me plaisait pas.  Je voulais absolument bien terminer.  La personne qui est ici avec moi m'avait dit qu'il aurait été heureux, même en cas de défaite, parce que l'attitude était là.  Mais selon moi, il me manquait cette volonté de "tuer" mon adversaire, que j'ai un peu perdue au deuxième set.  J'ai réussi à la retrouver quand j'ai été mené 3/1 dans le troisième.  Je pense que c'est ce qui a fait la différence.  

C'était votre dernier match de l'année. Il va vous aider à vous projeter vers la prochaine saison de façon très positive ?

Tout cela, c'est du positif pour la saison prochaine.  Et il n'y a pas que ça.  Tous les entraînements qu'on a faits avant de partir, et depuis quelques mois, portent leurs fruits.  Si j'arrive à garder cette rage de vaincre, cette volonté d'aller écraser mon adversaire du début à la fin, cela ne peut être que positif pour moi et pour mes futurs matches.  Et pourquoi pas faire de très bons résultats l'année prochaine...

Vous avez maintenant gagné trois Masters.  Vous réalisez ?  

Non, pas du tout.  Le premier était inespéré.  Le deuxième était la confirmation.  Ici, c'est différent.  Je suis venu pour aller le plus loin possible, et j'y suis arrivé.  Sans jamais imaginer que "le plus loin possible", ce serait la victoire.  Je savais que j'en étais capable.  Mais être capable et le faire, c'est totalement différent.  

Vous avez trois Masters, mais vous n'avez pas encore gagné de Grand Chelem en simple.  Peut-on considérer que c'est une anomalie dans votre palmarès ?  

Oui, je crois que c'est une grosse anomalie.  Maintenant, un Masters et un Grand Chelem, c'est très différent.  Au Masters, on a droit à l'erreur, puisqu'on commence par des matches de poules.  Et j'ai profité de ce droit à l'erreur, cette semaine.  Même si ce n'était pas vraiment une erreur, puisque j'avais bien joué, malgré la défaite.  Mais cela nous permet d'être plus relax sur certains matches, et d'être libéré en demi-finale et en finale.  En Grand Chelem, on sait que toute défaite est éliminatoire.  C'est un tournoi très compliqué à entamer.  On n'a pas le moindre droit à l'erreur.  Et on est tout de suite sur la retenue, alors qu'on devrait se libérer, pour pouvoir jouer son "full potentiel".  

Vous mettez-vous trop de pression, en Grand Chelem ?  

Je ne sais pas.  En tout cas, on a encore vu mes difficultés à l'US Open, où j'ai mené dans les deux sets, avant de me faire avoir.  J'ai commencé à être de nouveau passif.  Je pense que ce n'est pas uniquement dans les Grands Chelems, c'est en général.  Mais j'ai réussi, maintenant, à mettre tous les tournois sur un même pied.  Il faut juste que j'arrive à me libérer, et peu importe le tournoi.  J'aimerais bien gagner mon premier Grand Chelem, c'est certain.  Et pour cela, il faudra que j'arrive à me libérer plus souvent.  

A la fin du Belgian Open, et après cette victoire au Masters, on vous a vu très ému.  Maintenant, vous dédiez vos victoires importantes à votre coach, Marc Grandjean, qui n'est pas avec vous.  Vous jouez pour lui, et cela fait naître plein d'émotions...  

Je suis quelqu'un de très émotif.  Et avoir mon coach qui ne peut pas être là, à cause d'une maladie, ça me fait mal.  Et donc, je me donne à 100% pour lui.  Pouvoir lui dédier une victoire, ça me fait plaisir.  C'est surtout grâce à lui que je suis arrivé là où je suis aujourd'hui.  Il m'a beaucoup donné, et pas seulement sur les courts de tennis, mais dans mon éducation et dans d'autres choses.  Il est comme un père pour moi.  Et si je peux le remercier en lui dédiant des victoires, c'est avec grand plaisir.  Et si je pouvais bientôt lui dédier un Grand Chelem, je le ferais tout de suite.  

Un petit mot sur l'organisation de ce Masters en Floride.  On a vu très peu de monde dans les tribunes.  Parlait-on de l'événement aux Etats-Unis ?  On a l'impression qu'il n'y avait aucune publicité autour de ce tournoi.  C'est dommage, parce qu'un Masters, c'est important...

Oui, c'est dommage.  Surtout quand on voit que les trois dernières années, en Angleterre, il y avait du public.  Moins que pour des grands matches chez les valides, bien sûr, mais il y avait du monde.  Des gens venaient nous voir, et venaient pour cela.  Ici, on a eu de la chance, parce qu'il y avait, en même temps, une compétition régionale dans le club de tennis.  Cela nous a permis d'avoir quelques spectateurs en plus.  Mais c'est un dommage qu'un sport comme le nôtre soit un peu trop méconnu dans certains pays.  

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