Joachim Gérard avant le Masters: "Le temps passe, mais je prends toujours autant de plaisir sur le court"

Non, la saison de tennis n'est pas encore tout à fait terminée.  Il reste une épreuve à disputer en 2018, le Masters de simple en fauteuil.  Il a lieu pendant cinq jours à Orlando, en Floride.  
Un joueur belge y participe, c'est devenu une bonne habitude.  Joachim Gérard a déjà deux Masters de simple à son palmarès.  Il aime ce tournoi, et il aime le format, huit joueurs répartis en deux poules de quatre, puis des demi-finales et une finale.  
Joachim Gérard entame son épreuve, ce mercredi, contre le Français Stéphane Houdet.  Dans son groupe, il y a aussi l'Argentin Gustavo Fernandez et le Japonais Takashi Sanada.  

Entretien avec le dernier joueur belge en compétition en 2018...

Joachim, peut-on dire que c'est la plus chouette période de votre saison qui commence ?  Le Masters est un tournoi qui vous a presque toujours réussi et que vous aimez...

Je ne dirais pas forcément que c'est la plus chouette période.  Mais c'est vrai, c'est un tournoi que j'apprécie et que j'ai gagné deux fois.  J'espère pouvoir faire aussi bien que les autres années.  Maintenant, on sait que le niveau de tous les joueurs est élevé.  Mais moi, je me sens bien.  Je sors d'un Masters de double où le niveau était là, même si le résultat final n'a pas été tout à fait satisfaisant.  Je suis prêt, et je vais me donner à 100%. 

Elle vous a donné confiance, cette accession à la finale du Masters de double ?  

Je pense que le plus important, c'est le niveau développé.  On a perdu notre finale contre une paire qui nous avait déjà battus en poule.  Mais le niveau était totalement différent.  J'ai réussi à montrer le Joachim qui est capable de tenir tête aux plus grands, et pourquoi pas de les battre.  Si j'arrive à développer ce niveau cette semaine, ce sera parfait.   

Le format des poules est toujours assez particulier.  Vous ne rencontrez que des adversaires très forts, et cela vous convient.  Il n'y a pas de stress ?  

Je ne ressens justement pas de stress, parce qu'avec ce système, on sait qu'on peut perdre un match.  Donc on joue en étant plus libéré.  Si maintenant on perd le premier match, on sait qu'on ne doit plus en perdre un autre.  Ca m'a toujours réussi, parce que j'ai toujours gagné mon premier match.  Il y a juste eu un couac une année, quand je n'ai pas réussi à sortir des poules.  Mais je trouve beaucoup plus facile de jouer un tournoi en poules qu'un tournoi par élimination directe, où on n'a pas de droit à l'erreur.  

Alors que mathématiquement, ça ne change rien, vous avez toujours une chance sur deux de passer, puisque deux joueurs sur quatre sortent des poules...

Non, ça ne change rien, mais on peut corriger le tir en cas de défaite.  L'année dernière, celui que j'avais battu au premier match s'est retrouvé en finale.  Rien n'est joué après un match, et même parfois après deux matches.  On ne sait jamais, donc autant continuer à se libérer, et tout faire pour augmenter nos probabilités de qualification. 

Les joueurs sont-ils différents, au Masters, parce que c'est la fin de saison, et qu'ils sont fatigués, mentalement et physiquement ?  Tout le monde est-il super-motivé pour ce tournoi-là ?  

Tout le monde est motivé.  Moi, j'ai toujours bien réussi ce tournoi, mais on sent que n'importe qui peut aller au bout, ou très loin.  Cette épreuve sera très ouverte, d'autant plus que le numéro deux mondial, Alfie Hewett, ne sera pas là.  Alors, pourquoi pas une nouvelle finale pour moi ?  

On peut dire que les Masters que vous avez gagnés, et votre médaille aux Jeux Paralympiques constituent les trois meilleurs souvenirs de votre carrière, jusqu'à présent ?  

Oui, et surtout cette médaille aux Jeux Paralympiques.  Cela reste le plus grand moment de ma carrière.  Parce que gagner aux Jeux reste un rêve pour tout sportif.  Pourtant, dans notre sport, on a des Grands Chelems.  Cela reste aussi un rêve, pour moi, d'en accrocher un.  Mais cette médaille aux Jeux, et ces deux Masters, restent le sommet.  Et mon premier Masters était vraiment inattendu.  Et la manière dont je l'ai gagné est incroyable, et restera gravée dans ma mémoire toute ma  vie.  J'ai encore envie de vivre d'autres moments comme ceux-là. 

Le Masters a lieu aux Etats-Unis.  Ce ne n'est pas un peu embêtant de devoir jouer là-bas, de subir un décalage horaire à l'aller, et un autre au retour, alors qu'on est fatigué par toute une saison ?  

Ce n'est pas le fait d'aller aux Etats-Unis qui est ennuyant, mais c'est surtout le fait de terminer tard, au début du mois de décembre.  On aimerait bien prendre des vacances.  Or, malheureusement, la saison suivante commence un mois après.  On n'a donc pas beaucoup de temps pour se reposer.  Et on sait que pendant les fêtes, on va prendre un ou deux jours pour soi.  Ce qui est assez dur, c'est de se dire que les vacances ne sont pas à l'intersaison, mais qu'on doit essayer de les prendre à un autre moment.  

Cette année, vous avez recommencé à jouer des Grands Chelems, après une année 2017 perturbée par une blessure.  Comment qualifiez-vous cette année 2018 ?

Je la qualifie de bonne.  Je pense avoir retrouvé mon meilleur niveau, après un grand moment de doute l'année dernière.  Et je joue même parfois mieux qu'avant.  J'ai beaucoup appris de mes erreurs, et j'arrive à me construire petit à petit.  Je trouve que parler d'une "bonne" année, c'est le bon terme.  Et je pourrai même parler de très bonne année, si je réussis quelque chose de très bien au Masters. 

Malgré tout, même si votre saison est bonne, il est plus difficile qu'avant d'être numéro deux mondial (votre meilleur classement jusqu'à présent), parce que le niveau général est phénoménal...

Oui, c'est plus dur qu'avant.  Maintenant, cela nous aide à nous battre deux fois plus, et à continuer à évoluer.  C'est pour cela que je trouve mon niveau un peu plus élevé qu'avant ma blessure, même si mon classement est inférieur.  On doit se dépasser en permanence.  Arriver à être à nouveau numéro deux mondial, ça va être plus dur.  Mais moi, mon objectif, c'est d'être un jour numéro un mondial, et il va falloir tout donner, et continuer à travailler dur pour y arriver.  Je n'attends que ça.  

Vous venez d'avoir 30 ans.  Vous avez gagné votre premier tournoi il y a 10 ans.  Prenez-vous toujours autant de plaisir à être un joueur de tennis ?  

J'en prends toujours autant, oui.  J'ai toujours dit que je voulais prendre du plaisir sur le court.  Et j'ai la chance de faire de mon sport mon métier.  J'ai toujours un plaisir dingue à aller m'entraîner, et à monter sur le court.  Voyager, c'est un peu différent.  Mais être sur le terrain pour pouvoir me battre, et accrocher des grands tournois, éventuellement des plus grands tournois qu'avant, cela reste un grand plaisir.  Le temps passe, mais l'envie est toujours là, et le plaisir est encore totalement là.  

Vous dites que les voyages, c'est différent.  Vous n'aimez pas ça ?  

A la base, je ne suis pas quelqu'un qui aime voyager.  Même si c'est une chance de voyager à travers le monde, on fait les mêmes voyages chaque année, donc c'est assez rébarbatif.  Mais on essaye d'un peu changer d'air, et de trouver des nouvelles choses à faire chaque année.  C'est comme cela que l'on arrive à garder du plaisir à voyager.  

Les dix premiers joueurs du monde sont vraiment au-dessus de tous les autres.  Mais il y a un autre Belge, Jef Vandorpe, qui est encore très jeune, et qui arrive dans le top 20.  Il vient de participer au Masters de double.  Que dites-vous de l'arrivée, pas encore d'un concurrent, mais d'un deuxième Belge, parmi les meilleurs joueurs du monde ?

Je pense qu'on peut dire, maintenant, que c'est un concurrent.  C'est un joueur qui en veut beaucoup, qui a vraiment du talent, et un bon petit jeu.  Il peut vraiment nous ennuyer, et il m'a déjà ennuyé.  J'ai fait trois sets contre lui, aux Championnats de Belgique, cette année.  C'était une erreur de parcours de ma part, mais cela montre qu'il est un futur grand, et qu'il en a sous le capot.  J'espère pour lui qu'il va continuer à évoluer, et qu'il pourra venir me rejoindre dans le top 10, dans quelques années.  Ce serait historique pour la Belgique.  On a eu Justine et Kim numéro un et deux mondiales.  Si on peut tous les deux s'installer dans le top 10 ou, pourquoi pas, dans le top 5, ce serait très fort.  J'ai toujours été clair, mon objectif est d'être numéro un mondial un jour.  Il pourrait venir me rejoindre sur le podium, et faire de grandes choses en double avec moi.  C'est dans les plans.  Je lui souhaite tout le bonheur du monde.  Et qu'il soit là, au sommet, le plus vite possible.

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