JO Anvers 1920: Suzanne Lenglen, première star féminine du tennis, foudroyée par la leucémie à 39 ans

Suzanne Lenglen
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Suzanne Lenglen - © Tous droits réservés

Son nom revient chaque année lorsque se déroule le tournoi de Roland Garros, dont l’un des cours porte son nom. Qui était Suzanne Lenglen, la tenniswoman la plus célèbre de son temps, double médaille d’or en 1920 au Jeux olympiques d’Anvers, dont nous fêtons le centenaire du titre olympique en simple? Rtbf.be/sport vous propose de découvrir cette sportive, qui a incontestablement fait bouger les lignes dans son sport.

Suzanne Lenglen naît le 24 mai 1899 à Paris dans une famille aisée. Elle fait ses débuts tennistiques à 11 ans, dans la propriété de ses parents. Elle participe à son premier tournoi d’envergure à 14 ans, au Touquet, où elle se hisse dans 5 finales. "J’étais douée pour le tennis. J’avais de la souplesse naturelle, un excellent coup d’œil et déjà ce sang-froid imperturbable qui ne m’a jamais abandonné" explique-t-elle dans la revue "Lectures pour tous" le 1er octobre 1919.

Assidue au travail et à l’observation des championnes de son temps, son niveau augmente très vite. Elle comprend qu’il faut varier son jeu pour poser des problèmes à ses adversaires. Elle s’entraîne en jouant contre des hommes, sous la direction intransigeante de son père. "Il faisait preuve de sévérité et me critiquait sans cesse ; j’attribue en grande partie à cette excellente méthode d’éducation le désir que j’avais de toujours progresser et les résultats que j’ai obtenus."


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Elle remporte le tournoi de Wimbledon en 1919 et 1920, les championnats de France de tennis (l’ancêtre de Roland Garros) en 1920 et se présente à Anvers en épouvantail pour le titre olympique.

La consécration olympique

Suzanne Lenglen domine outrageusement le tournoi de tennis en simple à un point tel qu’elle ne perd que quatre jeux sur les dix sets qu’elle joue. Son parcours est quasi sans faille :

6-0, 6-0 au premier tour (16e de finale) face à la Belge Marie Storms
6-0, 6-0 en 8e de finale face à la Britannique Winifred McNair
6-0, 6-0 en 1/4 de finale face à la Suédoise Lily Stromberg-von Essen
6-0, 6-1 en 1/2 finale face à la Suédoise Sigrid Fick
6-3, 6-0 face à la Britannique Edith Dorothy Holman

Soit 60 jeux gagnés sur 64.

"Ecraser les joueurs qui vous sont opposés vous confère une sorte d’auréole d’invincibilité qui anémie, si j’ose dire, le moral de ceux que vous rencontrerez par la suite" écrit Suzanne Lenglen dans la Vie au grand Air en septembre 1920. "Je ne me sentais pas dans un état de santé excellent, ce qui est permis, on en conviendra, quand on a fourni la très dure année que je viens de passer. Donc il fallait aller, au plus vite, ne pas prolonger les parties et gagner aussi rapidement que possible".

Elle remporte le titre olympique en simple dames et en double mixte, avec le vétéran Max Decugis (il a 37 ans en 1920). Elle obtient aussi le bronze en double dames, avec Élisabeth d’Ayen.

"N’est-elle pas le plus merveilleux échantillon de notre race sportive ? Elle a fourni une saison effroyablement dure et jamais elle n’a eu la moindre défaillance" écrit Jacques Mortane dans la même revue. "Sachons lui manifester notre reconnaissance pour le prestige qu’elle donne à notre patrie et pour le magnifique exemple d’énergie et de style qu’elle fournit à nos apprentis champions… et à nos champions eux-mêmes."

Reine du tennis à Anvers, elle exprime une "émotion profonde" lorsque le Roi Albert vient la féliciter après ses exploits.

L’affront à la Reine consort du Royaume-Uni

L’après JO est une succession de victoires. Elle s’impose à Wimbledon de 1921 à 1923 (elle avait déjà remporté les éditions 1919 et 1920) et reconduit son titre aux championnats de France jusqu’en 1923.

En 1926, elle participe de nouveau aux Internationaux de France où elle s’impose en finale en expédiant l’Américaine Mary Kendall Brown en 27 minutes (6-1, 6-0). Ce match est considéré comme la plus courte finale de l’histoire du Grand Chelem (même si cette appellation, datant de 1933, est plus tardive).

A Wimbledon, elle n’est pas en bonne santé physique. Depuis quelques années, elle n’hésite pas à ne pas s’inscrire à des tournois quand sa santé n’est pas optimale.
La reine Mary est une fervente admiratrice de la joueuse française. L’épouse de George V demande à voir jouer la Française lors de sa visite à Wimbledon. Les organisateurs décident donc de changer tardivement la programmation et Suzanne Lenglen se voit contrainte d’enchaîner ses matches de simple et de double.
Elle refuse et est menacée de disqualification. Elle tient et ne se présente pas sur le court, faisant affront à la reine, venue la voir jouer. Jean Borotra est envoyé sur le court pour présenter les excuses de l’équipe de France à la reine.
Elle obtient gain de cause : ses matches sont repositionnés. Le lendemain elle joue son match de double. Son match de simple, postposé à cause de la pluie se dispute le samedi mais l’accueil du public est extrêmement froid. Elle gagne de manière expéditive sans réaction du public. Elle décide donc de quitter le tournoi. Cet événement précipitera son départ vers le professionnalisme.

Foudroyée par la leucémie

Elle change donc de statut et quitte l’amateurisme. Elle part faire une tournée rétribuée aux Etats-Unis où elle affronte à nouveau Mary Kendall Brown. Elle la surclasse une fois de plus. C’est l’heure de l’ultra starification pour la Française. Elle voyage en train privé, a une femme de chambre… Elle ne perd aucun de ses matches. De retour en Europe, elle effectue une tournée en Angleterre avant de décider en 1928 de stopper sa carrière.

Elle se reconvertit dans une grande maison de couture où elle collabore aux modèles de tenues sportives. Elle fait de la publicité, du cinéma, tout en ouvrant une école de tennis à Paris. En juin 1938, on lui détecte une leucémie. Son état empire rapidement. Elle devient aveugle et décède le 4 juillet de cette même année, avec à son palmarès : 241 titres et un pourcentage de 98% de matches gagnés…

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