Insultes, pétages de plombs, matches balancés : Benoît Paire, balles et frasques

Benoît Paire est un oiseau à part dans l’univers, parfois (trop) aseptisé du tennis. Caractériel au possible, le Français de 31 ans colporte fièrement une image de sale gamin, sorte de cocotte-minute bancale, prête à exploser au moindre à-coup.

Empêtré dans une nouvelle polémique après ses diatribes controversées sur son manque de motivation, il a, pour une fois, opté pour le calme, décidant de ne pas répondre aux critiques acerbes de Toni Nadal.

Et même s’il a, une fois n’est pas coutume, adopté une position plus pacifique, l’occasion est trop belle de se rappeler des meilleures frasques du trublion des courts. Entre critiques, crachats, cassages de raquettes et déclarations tapageuses, on aura de quoi raconter. La preuve.

Viré du CNE à 20 ans

Pour comprendre le phénomène Benoît Paire, revenons à la genèse du joueur, en 2009. Véritable diamant brut qui ne demande qu’à être poli, le jeune Paire (20 ans) est adoubé par tout le monde et promis à un très grand avenir. "Quand il touchait la balle, c’était beau, tout simplement" explique Jérôme Prigent, son premier entraîneur au micro d’Eurosport.

Seulement voilà, le gros caractère est déjà là et bien là. Alors qu’il est affilié au CNE (le centre national d’entraînement) depuis moins de deux ans, Paire en est tout bonnement exclu. "Il était insupportable, ça créait même des difficultés avec l’encadrement" confie Patrice Hagelauer, le directeur sportif du centre à l’époque.

Le décor est planté, le TGV à frasques Benoît Paire, prêt à voguer vers de nouveaux horizons.

Quand Benoît Paire ses nerfs

Parce que Benoît Paire est un ovni. Un joueur au talent intrinsèque digne d’un Top 10 ATP, au toucher largement au dessus de la moyenne, au revers à deux mains presque dévastateur. C’est bien simple, quand il est en paix avec lui-même, il est capable de mettre en difficulté (presque) n’importe quel joueur du Top mondial. Mais attention à ce maudit grain de sable qui viendrait enrayer la fragile mécanique…

Après un premier pétage de plombs mémorable en 2012 à Wimbledon où il se met à copieusement insulter l’arbitre, Paire se fait définitivement un nom en 2013 alors qu’il affronte son compatriote Mickaël Llodra. Excédé par l’attitude nonchalante, désinvolte et presque arrogante de son adversaire qui ne semble (comme souvent) pas concerné par l’enjeu, Llodra balance un : "Ne te comporte pas comme un petit merdeux" en direction de Paire. Une phrase qui suffit à faire exploser la cocotte-minute pairesque qui se fendra d’un charmant "Espèce de mange-merde" avant d’expédier sa fin de match.

Un discours fleuri, préambule idéal à ce qui va suivre quelques mois plus tard. Amoindri par une douleur à la cheville, Paire ne fait que de la figuration à Bercy face à Pierre-Hugues Herbert et s’attire les sifflets des travées parisiennes. "Ils sifflent tout. Ce sont des abrutisJe suis top 30, j’aimerais bien voir combien ils sont classés. A Paris, j’ai l’habitude. C’est tous les ans comme ça, ça ne me touche même plus. Dès le début, quand on a énoncé mon palmarès, je me suis fait siffler par quelques personnes" expliquera-t-il par la suite, créant un gouffre définitif entre lui et le public local.
 

"Wimbledon ? Un Tournoi pourri"

Où qu’il passe, Paire ne laisse donc jamais indifférent, jonglant astucieusement avec les critiques pour se sublimer par moments. Une attitude de bad boy, d’anti-héros assumé, parfois exaspérant, qui n’épargne finalement personne.

Après avoir balancé son Wimbledon 2015 (Quitter Wimbledon, je m’en fous. Ce n’est pas un tournoi que j’aime bien. Tout est pourri ici"), incendié la Fédération française de tennis "Que la Fédé soit là ou pas, je n’en ai rien à foutre", Paire s’en prend violemment à sa raquette lors d’une confrontation face à Baghdatis en 2018.

En 2020, alors qu’il affronte Kei Nishikori en 8e de finale de Roland-Garros sur le Lenglen, il est abasourdi par la réussite de son adversaire, dont les coups touchent les lignes. Son cri de désespoir "La chatte qu’il a" est depuis devenu culte et repris dans de nombreuses parodies.

Dépression covidienne

Membre du Top 20 à l’ATP pendant quelques mois (18e en 2016), Paire navigue aujourd’hui aux alentours de la 30e place, bien loin des standards qui lui étaient promis en début de carrière.

Un Paire qui, face à l’impitoyable fadeur du confinement et à un début d'année médiocre, traîne aujourd’hui son spleen sur et en dehors des terrains. "La vie est lourde en ce moment. Ça me fait un peu peur. Le circuit actuel me dérange un peu. Je préférerais presque qu’ils coupent complètement et qu’on revienne dans de bonnes conditions. Je ne joue pas au tennis pour être enfermé dans une bulle."

Et même si on s’est tous surpris à adorer le détester, Paire reste un formidable animateur. Une énigme, capable du meilleur mais souvent du pire, un extra-terrestre, un vent de fraîcheur dans un monde où on ne peut souvent plus rien dire. Et le voir à ce point abattu n'est évidemment pas gai.

 

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