Il y a 30 ans, Michael Chang remportait Roland Garros à 17 ans

Le 11 juin 1989, à seulement 17 ans et trois mois, le jeune américain Michael Chang a déjoué tous les pronostics pour remporter Roland Garros. Il est devenu, et reste à ce jour, le plus jeune vainqueur d’un tournoi du Grand Chelem messieurs. Ses deux semaines de matches à Paris restent encore gravées dans toutes les mémoires.

Un Mozart du tennis, un petit effronté, culotté, qui va battre les meilleurs joueurs du monde à un âge où ses principales préoccupations auraient dû être le lycée, les copains et la vie d’adolescent. 30 ans après, la victoire de Michael Chang à Roland Garros 1989 apparaît incroyable, comme un beau conte de fées. Son parcours cette année-là rend même les choses presque irréelles quand on y pense.

Chang dans l’ombre du duo Lendl-Wilander

En cette fin de mai 1989, Michael Chang arrivait à la Porte d’Auteuil dans l’ombre. Il était un jeune joueur en devenir avec un seul titre au compteur, obtenu dans le petit tournoi de San Francisco. Il pointait au 15e rang mondial et n’apparaissait pas comme favori. Il faut dire qu’il y avait pléthore de poids lourds comme le tchécoslovaque Ivan Lendl (vainqueur 1984, 1986, 1987), le suédois Mats Wilander (vainqueur 1982, 1985, 1988) ainsi que les volleyeurs Stefan Edberg (SUE) et Boris Becker (ALL).

À seulement 17 ans, Michael Chang semblait aussi tendre pour la victoire finale que ses coups de raquette. De son petit mètre 73, il n’envoyait pas des lourdes frappes, des services puissants ou des coups droits dévastateurs. Non, lui était plus un défenseur hors pair capable de renvoyer les balles indéfiniment, un fin géomètre du court qui pouvait placer la balle jaune où il le voulait. Un style que ses adversaires découvrirent vite.

Son début de tournoi se passa relativement bien. Il écarta le belge Eduardo Masso en quatre sets avant de corriger le jeune Pete Sampras au deuxième tour (6-1, 6-1, 6-1) pour la première participation de « Pistol Pete » à Paris. Au troisième tour, l’Espagnol Francisco Roig ne fit pas le poids non plus (6-0, 7-5, 6-3). Le voilà en huitièmes de finale face au n°1 mondial, Ivan Lendl, « l’ogre » de ce tournoi.

Un célèbre service à la « cuillère »

Ce match va devenir l’un des classiques du tournoi. Alors que Lendl a mené deux sets à rien, le jeune Chang réagit et s’adjugea les deux manches suivantes. Cinquième set, le match prit une tournure théâtrale. Chang fit le break menant 4-3 mais, pris de crampes, son service déclina. C’est alors qu’il stupéfiât le public : il réalisa un service à la « cuillère » pour surprendre Lendl et remporter le point. Il évita le « debreak » du tchécoslovaque pour mener 5-3. Sur la balle de match, deuxième acte de ce dénouement. Lendl servit et commit une faute sur la première balle. Chang rentra alors dans le court à hauteur du carré de service pour déconcentrer son adversaire. Malgré les plaintes du tchécoslovaque, il resta à sa position, provoqua la double faute du n°1 mondial engendrant son élimination (4-6, 4-6, 6-3, 6-3, 6-3).

 

Après ce match d’anthologie, Chang enchaîna face à des joueurs moins prestigieux : l’haïtien Ronald Agenor en quarts de finale (6-4, 2-6, 6-4, 7-6) puis le soviétique Andrei Chesnokov (6-1, 5-7, 7-6, 7-5). Il arriva en finale face au suédois Stefan Edberg (n°3). Ce spécialiste des surfaces rapides, surtout le gazon, a déjà triomphé dans trois tournois du Grand Chelem. Il ne lui manquait que Roland Garros, où la surface plus lente que représente la terre battue ne le favorisait pas.

Cette rencontre ne sera pas aussi épique que celle face à Lendl mais elle comptera le même nombre de sets. Chang démarra bien et remporta nettement le premier set (6-1) mais le suédois empocha les deux manches suivantes (3-6, 4-6). Edberg va voir son jeu, tout en service-volée, faiblir peu à peu face au jeu du jeune américain qui gagna les deux derniers sets (6-4, 6-2).

Un succès unique en Grand Chelem

Michael Chang inscrivait son nom comme plus jeune vainqueur d’un tournoi du Grand Chelem et, a fortiori, du tournoi parisien. Mais, ce qui semblait s’apparenter à une prise de pouvoir sur le circuit ne verra pas le succès espéré. Chang ne gagnera pas d’autres Grands Chelems. Il disputera trois finales dont une à Roland Garros en 1995 (perdue face à l’Autrichien Muster). Il sera même n°2 mondial en 1996 mais il paye son déficit de puissance face à l’émergence des attaquants de fond de court que représente Jim Courier ou André Agassi.

Depuis 2013, il apporte ses conseils au joueur japonais Kei Nishikori, qui a atteint la finale de l’US Open 2014 et la 4e place mondiale à ses côtés. Un joueur dont le style de jeu est similaire au jeune Chang. Nishikori qui aimerait bien imiter son aîné à Roland Garros, même si, pour cela, il devra aller plus loin que les quarts de finale, son meilleur résultat sur les bords de la Seine.

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