Il y a 20 ans jour pour jour, Justine Henin gagnait son premier tournoi

Déjà 20 ans... Petit coup de vieux garanti...

Le 16 mai 1999, Justine Henin remportait le premier de ses 43 tournois. Anvers accueillait la première édition d'une nouvelle épreuve WTA, sur terre battue. Et les organisateurs avaient offert une invitation à la jeune fille de presque 17 ans. On le savait, elle et Kim Clijsters, presque 16 ans, promettaient beaucoup. On ne savait pas encore à quel point elles allaient concrétiser tous les espoirs des amateurs de tennis, dans notre pays.

Quelques jours avant de gagner son premier tournoi, Justine Henin avait donc eu la chance de tout simplement pouvoir jouer son premier tournoi WTA. Elle a franchi le premier tour et le deuxième tour, elle a passé les quarts de finale, puis les demi-finales. Et elle s'est retrouvée sur le court, le dimanche, pour la grande finale. Elle a balayé la Française Sarah Pitkowski, tête de série numéro un de l'épreuve, 6/1-6/2. Pas mal pour des débuts...

Quand on demande à Justine Henin, vingt ans plus tard, si elle aurait repensé à la date, sans notre demande d'interview, elle répond par la négative. Ce tournoi était important, c'est vrai, mais elle ne s'attache pas aux dates, et elle ne pense pas au passé en permanence. Le présent est déjà assez riche. L'ancienne championne s'occupe de ses deux enfants, elle tient les rênes de son Académie, elle dirige sa Fondation, et il lui arrive de voyager, avec ses jeunes joueuses, ou pour promouvoir Roland-Garros à l'étranger (en Inde, très récemment).

Mais elle accepte, bien sûr, d'évoquer ce qui s'est passé pour elle, il y a déjà deux décennies, sur la terre battue anversoise...

Justine, vous avez gagné votre premier tournoi WTA il y a vingt ans jour pour jour. Et c'était le premier tournoi WTA auquel vous participiez, sur la terre battue d'Anvers. Cette victoire a-t-elle une place particulière dans votre vie ?

Je ne me souviens pas de tout ce qui s'est passé, mais j'ai évidemment des souvenirs très forts. Bien sûr la finale, et le fait que ma famille était très présente pendant ce tournoi. C'était quelque chose d'assez incroyable à l'époque, parce que c'était mon premier tournoi WTA. J'avais le sentiment que je rentrais vraiment sur le circuit. J'avais déjà plutôt bien joué dans des tournois ITF, que j'avais gagnés. Mais là, c'était la première fois. Et c'était en Belgique, ce qui par la suite ne m'aura pas toujours réussi non plus, puisque j'ai soufflé le chaud et le froid. Mais Anvers 1999, c'est un souvenir incroyable. J'avais tout juste 17 ans, et ce qui m'est arrivé était inespéré. Tellement de choses se sont passées depuis. A l'époque, j'étais vraiment une gamine, et c'était le début d'une grande aventure. Que j'avais au fond de moi, mais je ne savais quand même pas encore jusqu'où elle allait me mener. C'était le début de quelque chose de très fort, oui...

Quand une joueuse commence sa carrière, elle a comme ambition de gagner au moins un tournoi. Vous l'avez fait dès votre première semaine sur le circuit WTA. Est-ce que ça libère ? Est-ce que ça apprend des choses sur soi, sur ses ambitions, sur ce dont on est capable ?

Moi, je voyais beaucoup plus loin, en fait, qu'une simple victoire en tournoi. Je ne veux pas du tout que ça paraisse prétentieux, mais j'avais vraiment de l'ambition. Cela a été une vraie construction, dans mon développement, avec une logique, des étapes à franchir, une planification mise en place avec Carlos (NDLR: Carlos Rodriguez, son coach). Par exemple, je n'ai pas joué les juniors pendant tellement longtemps, mais dès que j'ai senti que je pouvais passer à l'étape supérieure, on a commencé à jouer des tournois plus importants. Je ne me disais pas que je devais tout de suite trouver ma confiance dans ces tournois-là. Pour moi, il y avait un objectif à long terme qui était très clair, gagner un Grand Chelem, devenir numéro un mondiale. Je savais que pour arriver là, il allait falloir franchir toute une série d'étapes. Alors, probablement qu'inconsciemment, ce genre de moments vous donne beaucoup de confiance et vous libère de quelque chose. Mais j'ai toujours essayé d'être dans l'instant, tout en n'oubliant pas mon cap à long terme. C'est ce qui m'a permis, je pense, de traverser des hauts et des bas, peut-être plus facilement que d'autres. Parce que j'avais tout le temps en tête cet objectif de carrière, et pas seulement de tournois.

Beaucoup de filles seraient déjà contentes d'avoir participé à un tournoi WTA, puis déjà contentes d'avoir franchi le premier tour. Le « déjà contente », ça n'a jamais été pour vous...

J'ai beaucoup de respect pour tous les projets sportifs, et pour toutes les ambitions. Mais la mienne était très différente. C'est peut-être un peu dingue, mais depuis que je suis toute petite, j'ai toujours clamé haut et fort mon ambition. C'est quelque chose que je n'ai jamais voulu qu'on me prenne. On est peut-être dans un pays où il est parfois difficile d'entendre ça, ou de l'accepter, parce qu'on a beaucoup d'humilité. Et j'en ai aussi. Mais on peut avoir des rêves très forts, dans plein de milieux différents, et pas que dans le sport. Il ne faut pas avoir peur de le dire, et ne pas avoir peur de se donner les moyens pour y arriver. Je remarque parfois, aujourd'hui, que les jeunes, dans le monde du tennis en tout cas, ont du mal à déterminer leurs objectifs, et à les dire. Parce que les dire, c'est aussi prendre le risque de ne pas y arriver. Il y a une mise en danger, mais elle est inévitable, dans le sport de haut niveau. Moi, je n'ai jamais reculé devant ça. Non, je n'aurais peut-être pas été satisfaite de ne passer qu'un tour. Ou j'aurais peut-être été très heureuse, c'est difficile à dire, vingt ans plus tard. Mais chaque tournoi a nourri un peu plus mon ambition. Et j'y ai pris beaucoup de plaisir. En tout cas, ce souvenir-là, il est assez magique. Il y avait encore, pas une certaine innocence ou une certaine naïveté par rapport à tout ce qui allait m'attendre, mais ce n'était que le début. Je ne voyais pas encore tout le chemin à parcourir pour y arriver. Et c'est ça qui est très beau dans l'histoire.

Sans l'invitation que vous aviez reçue, à ce tournoi d'Anvers, vous auriez réussi la même carrière, on en est persuadés. Mais ce serait peut-être arrivé un tout petit peu plus tard. C'est important d'avoir des tournois en Belgique ? On n'a plus qu'un tournoi ATP. Pour aider les jeunes à commencer leur carrière, c'est important d'avoir des tournois ?

Evidemment. Et à tous les niveaux. C'est important d'avoir des événements, si on veut continuer à promouvoir le tennis, à le développer, à lui donner une place forte en Belgique. C'est important, des petites animations dans les clubs, jusqu'aux tournois pour les joueurs professionnels. C'est important de donner l'envie, et du soutien. Les tournois de haut niveau, oui, ça facilite la vie d'un joueur. Ce n'est pas déterminant, pour être tout à fait honnête, parce que le joueur doit faire son chemin, qui est long et difficile. Parfois, ce ne sont que des petits déclencheurs, ou des petites étapes. Ca peut faire partie du processus. Et cela peut être des moments où une confiance se gagne. Mais il y a aussi la difficulté de jouer dans son propre pays. J'admire beaucoup les joueurs qui ont un Grand Chelem dans leur pays, et qui doivent pouvoir s'y illustrer. Parce que pour moi, jouer en Belgique n'a pas toujours été facile, les attentes sont grandes. Mais c'est important de continuer à donner la possibilité à des joueurs et des joueuses, en Belgique, de pouvoir s'exprimer, de leur donner des opportunités qu'ils n'auront peut-être pas dans d'autres pays. On doit continuer à mettre nos sportifs en avant. C'est quelque chose de fondamental, parce qu'en s'illustrant, ils vont donner l'envie aux petits, de commencer ce sport.

Pour une jeune de 17 ans qui commencerait sa carrière maintenant, ce serait plus difficile qu'à votre époque ? Ou plus facile parce qu'actuellement les filles ont moins peur, et savent qu'à peu près tout le monde peut battre tout le monde ? Est-ce comparable ?

Je ne sais pas. C'est très difficile à dire. Je ne suis probablement plus assez sur le circuit pour pouvoir donner une vraie réponse objective. Ce qui est sûr, c'est que fondamentalement, beaucoup de choses ont changé. Est-ce que c'est le niveau général qui a augmenté, ce qui serait plutôt une bonne chose ? Est-ce que ce sont les mentalité des joueuses, du top en particulier, qui ont changé, leur enlevant cette constance qui a caractérisé le circuit pendant de très nombreuses années ? Je pense qu'il y a de la place, dans le tennis féminin, à l'heure actuelle. Et je suis convaincue que les filles qui ont un certain potentiel de base, et qui vont avoir l'envie de travailler et de se donner une ligne de conduite, pourront se faire une place. Mais il faut garder un cap, comme je le disais, ne pas changer d'entraîneur tous les deux mois quand il se passe quelque chose de négatif. Il faut avoir une logique, à moyen et à long terme. Après, c'est toujours une question de caractère. C'est ça, la clef. On a beau avoir le talent dans la raquette, que va-t-on pouvoir développer comme ressources pour franchir tous les obstacles qui vont se présenter à nous ? C'est une vie qui nécessite beaucoup de courage, beaucoup de résilience. Et c'est à l'opposé du confort dans lequel on peut être, à certains moments. Je pense que pour faire des carrières à un haut niveau, il faut être capable de sortir de sa zone de confort, quelles que soient les générations, et quelles que soient les époques.

A-t-on des chances de voir, dans onze ans, Justine Henin accompagner sa fille pour son premier tournoi de tennis ?

Je ne pense pas (rires)... Ma fille est hyper-curieuse de beaucoup de choses. Elle aime bien taper dans la balle. Je ne suis pas sûre qu'elle ait un grand sens de la balle, mais elle a énormément de talents divers. Mon petit garçon a l'air de plutôt adorer ça. On verra... Je ne cours pas du tout après ce genre de choses. Je ne freine pas non plus. Je les suivrai de toutes façons, quoi qu'ils décident de faire, dans le sport ou dans plein d'autres domaines. J'essayerai de les guider au mieux, c'est vraiment mon objectif. J'ai eu la chance de beaucoup m'accomplir dans ce que j'ai fait, et c'est ce que je souhaite à mes enfants. Sans être dans des vies forcément extraordinaires, au niveau de la notoriété. Mais qu'ils soient bien dans leurs baskets, en tout cas. Et puis, du côté de l'académie, là j'espère que je pourrai accompagner certains projets sportifs. C'est une ambition, pour moi, dans les années qui viennent, de pouvoir essayer de transmettre. De pouvoir essayer de donner quelque chose de ce que j'ai appris de ma carrière, à ceux qui en ont envie. Ce serait triste de garder pour moi cette expérience-là. Je n'ai pas du tout envie d'être là-dedans.

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