Guy Forget: "David Goffin est unique, j'adore le voir jouer"

Guy Forget et David Goffin
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Guy Forget et David Goffin - © Belga

La Coupe Davis, Guy Forget la connaît par coeur. Il l'a gagnée comme joueur, et il l'a gagnée comme capitaine. Sur le court, c'est lui qui a apporté le point de la victoire, à Lyon, en 1991, face aux Etats-Unis, quand la France a gagné la Coupe Davis pour la première fois depuis 59 ans. Sur la chaise, c'est lui qui officiait quand la France a gagné la Coupe Davis pour la dernière fois, il y a 16 ans.

Les joueurs actuels, Guy Forget les connaît aussi par coeur. Il les cotoie chaque année en tant que directeur du tournoi de Roland-Garros et du Masters 1000 de Paris.

Et les joueurs belges, Guy Forget les aime et en parle bien... Entretien...

David Goffin aborde cette finale après quelques semaines très intenses. Il est certainement fatigué. Cette fatigue pourrait-il l'empêcher de bien jouer cette finale ?

Ce n'est pas pour parler de moi, mais en 1991, quand on avait joué la finale à Lyon, j'avais aussi eu une fin de saison assez chargée, et j'avais gagné le tournoi de Bercy. Mais la Coupe Davis est un rendez-vous tellement incroyable, que je n'avais pas senti la fatigue. Je passais des nuits blanches la veille des matches, et quelques jours avant. Je tournais dans mon lit pendant des heures et des heures. Je n'arrivais pas à dormir, et je ne voulais pas prendre un somnifère, de peur d'être tout mou le lendemain. Et malgré tout, je n'ai jamais senti la fatigue en match, pendant cette finale de Coupe Davis. L'adrénaline, le soutien populaire, l'ampleur de l'événement font que tu tiens, tu tiens, tu tiens. C'est tellement incroyable... Quand on est entraîneur de l'équipe, on n'a pas besoin de motiver ses joueurs. Au contraire, il faut plutôt les calmer. Je ne suis pas inquiet sur la source d'inspiration des uns et des autres.

Depuis qu'il est entré dans le top 20, David Goffin ne l'a plus quitté. Et il est en progression constante...

David fait son petit bout de chemin, progressivement, sûrement. Ce n'est pas un feu de paille, ce n'est pas quelqu'un qui a réussi un résultat puis qui disparait. On sent une progression logique, un travail qui a été mis en place et qui porte ses fruits. Et on sent une sortie de sérénité, de force. Malgré son petit gabarit, sa timidité, on sent que c'est un très bon joueur de tennis. Je crois qu'il gagne à être connu, même si on parle beaucoup de Nadal, Federer, Tsonga, ou en ce moment de Kyrgios et Zverev. Je vois, à travers les réactions des gens, qu'ils l'adorent. On aime voir le garçon plus petit que les autres, un peu moins puissant, mais qui prend la balle très tôt et qui est malin. On aime encourager ce genre de joueur et se dire qu'il est chouette, sympa. David dégage cette sympathie. Au même titre qu'un Nadal, à un autre niveau. On sent que ce sont des garçons humbles, qui se battent sur le terrain quel que soit le score. Pour qu'un sport se porte bien, il faut qu'il y ait parmi les têtes d'affiche une diversité de joueurs. David est original, d'une certaine manière. Il a un gabarit particulier, il est francophone, il est sympa. Et je trouve qu'il a un jeu incroyable, j'adore le voir jouer. Alors, s'il y avait dans le top 10 neuf David Goffin, je n'aimerais pas non plus, je dirais que le tennis est un sport réservé aux petits gars rapides et malins. On a aussi envie de voir un John Isnrer, qui sort des deuxièmes services à 185. Et si David bat John Isner, cela peut donner un très bon match. On passe deux heures à se régaler, à voir un match pareil. Sur cet aspect, David est un joueur très particulier. Il est unique...

Quelles sont les principales qualités de David Goffin ? Il y a déjà le talent, mais ce n'est pas tout...

Qu'est-ce que le talent ? Ce n'est pas parce qu'un mec fait une amortie rétro qu'il a du talent. Si...  Mais moi je connais des gens dans mon club qui arrivent à faire des amorties rétro que Nadal ne sait pas faire. Ca ne veut rien dire, le talent. Pour moi, David est un joueur qui a beaucoup de talent, mais il est surtout intelligent. Et c'est un grand professionnel. Il a progressé ces dernières années parce qu'il est travailleur, et qu'il est intelligent. Et qu'il a une bonne structure autour de lui. Y arriver, c'est tellement de travail, tellement d'efforts, tellement de remises en question, de voyages, de blessures, le tout pour arriver dans ce Top 10. En plus, avec le jeu qu'il a, il ne peut pas faire comme Federer et Del Potro par exemple? Quand ils en ont parfois marre, en deux coups de raquette, ils finissent le point. David, les points, il les visualise, il les imagine, il les prépare, il les travaille. C'est une autre manière de jouer, mais il joue avec ses armes. C'est un garçon intelligent. C'est très réfléchi. Il n'est pas loin d'exploiter 100% de son potentiel, ce qui est génial.

Et Steve Darcis ? C'est un joueur qui se donne à fond pour la Coupe Davis. On dit souvent qu'il est "prêt à mourir" sur le court...

Oui, mais moi, je connais beaucoup de joueurs qui sont prêts à mourir sur le court en Coupe Davis. Ce que j'admire chez Steve Darcis, et ce que je lui reconnais, c'est son talent. Là où il est fort, c'est qu'en plus d'avoir été courageux dans ses rencontres de Coupe Davis, il a été très bon. Et puis, c'est un joueur que je trouve un peu sous-évalué. Il y a peu de joueurs qui peuvent dire qu'ils ont battu Nadal en Grand Chelem. Il y a peu de joueurs qui peuvent, dans un bon jour, battre n'importe qui. Et Steve fait partie de cette catégorie-là. Quand on est capitaine de Coupe Davis, et qu'on a un joueur comme ça en face, on est obligé de se préparer à avoir un Steve Darcis des bons jours. Et quand il est dans un bon jour, il peut faire partie des meilleurs joueurs du monde...

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