Goffin : "Cette blessure m'a au moins permis de bien me préparer pour la saison sur terre"

Il y a tout juste deux mois, le 17 février, David Goffin recevait une balle dans l'oeil gauche, alors qu'il était en train de jouer sa demi-finale, au tournoi de Rotterdam, contre le Bulgare Grigor Dimitrov. On ne pensait pas forcément, à ce moment-là, que le joueur belge mettrait autant de temps à s'en remettre. Et encore, il a eu de la chance, cela aurait pu être plus grave.

Il a tenté de revenir à la compétition, quelques semaines plus tard. Il s'est testé à Miami. Résultat négatif, il a perdu 6/0-6/1 contre Sousa. Sa vision était toujours affectée. Sa vision en relief, plus précisément. Et on sait à quel point David Goffin "voit" bien le jeu, combien ce point-là est important pour son tennis.

Le voilà une nouvelle fois de retour. Et là, il semble vraiment aller mieux. Il a profité de cet éloignement forcé pour énormément s'entraîner, beaucoup travailler physiquement. Le tournoi de Monte-Carlo, c'est aussi le début de sa saison sur terre battue. Goffin manque de compétition, et cela peut être un problème. Mais il est bien préparé, il est frais, il a envie.

L'an dernier, après la blessure survenue à Roland-Garros, il avait mis quelques semaines à retrouver son meilleur niveau. Mais ensuite, il avait réussi une fin de saison assez exceptionnelle. Alors, pourquoi ne pas espérer le voir réussir la même chose. Dès cette semaine, ou un peu plus tard...

David Goffin entame son tournoi de Monte-Carlo par un match de double, ce lundi. Pour le simple, contre Denis Shapovalov, ou contre un qualifié, il faudra attendre mardi ou mercredi, probablement mardi.

En attendant, le joueur belge s'est confié, sur son état de forme, sa préparation, ses ambitions, ses adversaires. Entretien...

David comment allez-vous ? On ne vous a pas beaucoup entendu ces dernières semaines, on sait que vous étiez en train de soigner cet œil. Est-ce que tout va bien ? Vous êtes remis à neuf ?

Ça semble remis, oui. L'œil va bien pour le moment, les entraînements vont bien. Après, on verra comment ça va se passer en match, avec le stress de la compétition. Mais j'espère que ça va bien se passer, que je suis bien reparti. J'ai pu vraiment bien bosser physiquement, j'ai bien repris les entraînements sur terre battue, avec une bonne intensité. Donc pour le moment, tout va bien.

On imagine les exercices qu'il faut faire, les soins qu'il faut recevoir, quand on est blessé à la jambe, ou au bras. Mais quand on est touché à l'œil, il y a des exercices à faire ? Il y a des choses que vous devez continuer à faire maintenant ?

Il y a des exercices, pour le zoom de l'œil, pour essayer vraiment de renforcer un peu les petits muscles derrière l'oeil, qui ont été choqués par la balle. J'ai une lentille, aussi, maintenant. Elle m'aide à camoufler la perte que j'ai eu. Je fais tout pour que ça redevienne comme avant. Je pense que la lentille compense pas mal, pour le moment.

À Miami vous saviez que ça n'irait pas ?

À moitié, oui. Parce que c'était compliqué, c'était vraiment un tournoi-test, pour voir si cela se passerait bien ou pas. Et là, je n'étais pas dans le rythme, pas dans le coup. Il y avait encore une gêne. C'était vraiment un test à Miami, et au moins j'ai pu voir où j'en étais.

Mine de rien, quand on se blesse de façon plus "classique", on perd quelques mois de compétition. Et là, on ne s'en doutait pas au moment-même, mais vous avez aussi perdu deux mois de compétition. Ca a des conséquences sur votre confiance ?

Oui, mais ça m'a permis de bosser et de faire la préparation hivernale que je n'avais pas faite. On a vraiment bossé très dur, physiquement. Et maintenant, c'est une nouvelle surface, une nouvelle saison qui commence, celle sur terre battue. J'espère vraiment tout de suite renouer avec la victoire, avoir des matches dans les jambes, pour immédiatement repartir, et retrouver le rythme de la compétition.

En plus, vous devez avoir envie de cette adrénaline que vous n'avez plus connue depuis quelques semaines. Vous devez avoir faim de tennis...

Bien sûr. Maintenant, je ne vous cache pas que ça m'a fait du bien aussi de rester un petit peu à la maison et de me préparer. Mais il est certain que maintenant, j'ai envie de repartir. Surtout ici, au tournoi de Monte-Carlo, où j'ai de bons souvenirs, où je joue souvent bien. Donc j'espère vraiment bien redémarrer.

Vous avez des ambitions, des objectifs précis, pour la saison sur terre battue ? Ou bien, vous vous dites qu'on verra bien ?

C'est compliqué, après les semaines que je viens de vivre. Comme j'ai dit, j'espère jouer le maximum de matches, et pourquoi pas dans ce tournoi-ci. Mais on verra bien, match après match. J'espère déjà bien commencer, bien gérer la première rencontre. Parce qu'il y a toujours pas mal de stress, pas mal de pression, quand on recommence. On a envie de bien faire, on a envie de trop bien faire, parfois. Je verrai ça lors de mon premier match. Et puis, s'il y a un deuxième, ce sera déjà une première victoire.

Plus que jamais on a l'impression que la hiérarchie est complètement bouleversée. Peut-être que Nadal restera le meilleur sur terre battue, on verra bien. Mais au-delà de ça, tout peut arriver. Vous pouvez être battu par beaucoup moins fort que vous, sur le papier. Mais l'inverse est vrai aussi, vous pouvez peut-être battre tout le monde.

Oui, bien sûr, à condition d'être en top-forme. On a vu qu'il peut se passer beaucoup de choses. Il y en a qui reviennent, d'autres qui sont toujours un peu blessés. Certains sont absents, comme Wawrinka, ou Roger Federer, qui ne joue pas sur terre battue. Il y a Rafa qui revient, Djoko qui va peut-être revenir à un bon niveau. C'est ça qui est gai, aussi. Maintenant, tous les tableaux sont ouverts, et le vainqueur est toujours différent, on l'a vu depuis le début de l'année. Donc, on verra bien. Il y a beaucoup de challengers, et j'espère faire partie de ceux-là.

On se pose beaucoup de questions à propos de Djokovic. Certains disent que c'est fini pour lui. Qu'en pensez-vous ?

Cela dépend ce qu'on veut dire par "fini". Va-t-il refaire des saisons comme il y a quelques années, quand il perdait trois matches par an ? Je ne sais pas, parce que c'était vraiment monstrueux, à l'époque. C'était probablement le meilleur niveau de tennis qu'on n'ait jamais atteint dans l'histoire. Quand il jouait Federer ou Nadal, peu importe la surface, et qu'il arrivait à les battre, il était numéro un incontestable. Va-il retrouver ce niveau-là, je ne sais pas. En tout cas, il a repris son ancien coach, Marian Vajda. Je me suis entraîné avec lui, samedi, et il était vraiment très concentré. J'ai senti qu'il était déterminé, prêt à revenir. Mais où va-t-il revenir, ça je ne sais pas encore.

Et Nadal ? Vous avez joué contre lui à l'entraînement aussi et il reste normalement le meilleur.

Oui, Nadal, c'est la même attitude que d'habitude. Il est irréprochable sur chaque balle, il joue chaque balle à fond sur terre battue. Il est vraiment très fort. Et là, il a tout de suite bien retrouvé ses marques. Je pense qu'il va très vite revenir à son meilleur niveau sur terre battue.

Vous avez dit que ça vous avait fait du bien de vous arrêter un petit peu. Les saisons sont vraiment trop longues, surtout si, comme vous, on joue la finale du Masters, et la finale de la Coupe Davis. Des saisons aussi longues gâchent un peu le début de la saison suivante ?

Parfois oui. Et là, clairement, l'Australian Open est arrivé trop vite. Je ne me suis même pas mis un tournoi de préparation, parce que je savais que c'était trop tôt. C'est pour cela que j'étais à Perth avec Elise Mertens, pour jouer la Hopman Cup. C'était pour essayer de reprendre en douceur. Et tout de suite, j'étais à l'Australian Open, c'était vraiment très rapide. J'avais joué dans des conditions difficiles, par 40°, et c'était très compliqué de vraiment bien performer. Ensuite, j'étais bien reparti, à Montpellier, et à Rotterdam. Et ma blessure à l'oeil m'a un peu bloqué. Mais bon, j'espère bien repartir.

Vous jouez le double, à Monte-Carlo, avec Grigor Dimitrov. Pourquoi le double, et pourquoi Dimitrov ?

Parce qu'on s'est entraînés ensemble, et on s'est dit que ça pouvait être une bonne idée pour se relancer, de faire des bons retours, de jouer des points décisifs On doit jouer des points importants avec un peu de pression, quand même, en double. Et pourquoi ne pas jouer en double, pour bien rentrer dans le tournoi ?

Vous êtes toujours aussi heureux de faire ce boulot ? Parce que vous n'êtes pas épargné par les blessures, la bâche à Roland-Garros, la balle dans l'oeil à Rotterdam. Vous vous dites parfois que vous faites un métier un peu trop dur, ou bien vous arrivez à évacuer très vite tous ces points négatifs ?

Je ne m'apitoye pas sur mon sort, mais j'essaye de rebondir, et de prendre les choses positivement. Et puis, j'adore ce que je fais, donc on fait tout pour bien revenir, pour pouvoir revivre de bons moments sur le court. Je pense que le plus dur est derrière moi, en ce qui concerne ma dernière blessure. On essaye de bien performer, pour à nouveau vivre de belles émotions.

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