Dehaes : "La différence de niveau entre Goffin et les autres est trop importante"

David Goffin
David Goffin - © BENOIT DOPPAGNE - BELGA

Fallait-il faire jouer David Goffin en double ? N’aurait-il pas fallu mettre un autre joueur que Steve Darcis pour le dernier simple ? Deux questions qui reviennent sans cesse à la machine à café depuis la défaite de l’équipe belge en finale de la Coupe Davis ce week-end. Pour en avoir le cœur net, nous avons fait le bilan du capitaine Johan Van Herck avec notre consultant Philippe Dehaes.

Philippe Dehaes, est-ce que le coaching de Johan Van Herck a été bon pendant cette finale ?
Philippe Dehaes : "Pour moi, il a même été excellent. Dans le dernier match, Johan Van Herck a accompagné Steve presque jusqu’à la ligne du fond. Il a essayé de trouver les mots quand Steve était mené 2 sets à 0, 5-0. Il a insufflé une vraie énergie depuis le début de cette campagne. Son slogan était "Everything is possible" et il y a mis de l’énergie. La problématique, ce n’est pas le choix des joueurs qu’il peut placer parce qu’on a pas beaucoup de joueurs. En comparaison, la France aligne sur le banc 6-7 joueurs du Top 50, c’est comparable au Real Madrid en football, le choix du capitaine français est donc beaucoup plus évident. Qu’est-ce que Van Herck aurait pu faire de plus ? Mettre Goffin en double ? Mais si David ne se sent pas capable de le faire parce qu’il doit se protéger d’un match difficile contre Tsonga, les choix sont limités parce qu’on n'a pas beaucoup de joueurs et il faut simplement accepter cela."

Aligner David Goffin en double, c’était quand-même envisageable ?
"Bien sûr mais choisir c’est renoncer. Imaginons qu’il se mette dans le double et que le double dure 4 ou 5 heures et qu’on le perde. Dans quel état arrive David le dimanche ? On ne peut pas tout prévoir. Pour moi, le nœud du problème c’est que Johan Van Herck dit dans ses interviews d’après match : "On va gagner la Coupe Davis !". Là j’ai un point d’interrogation. Je pense qu’on ne gagnera jamais la Coupe Davis si on a pas un panel de joueurs un peu plus important. Et dans un deuxième temps si on ne règle pas définitivement ce problème de double parce qu’on le voit systématiquement, notre double est notre talon d’Achille, on a là un vrai problème à régler sur le long terme."

Le choix de mettre Steve Darcis pour le dernier simple était-il discutable ?
"Qui pouvait-il mettre d’autres ? De Loore ? Bemelmans ? Lors du double, on a vu que Ruben Bemelmans n’a pas du tout géré l’événement émotionnellement. Aurait-il été capable de gérer un événement encore plus important comme le simple décisif du dimanche ? C’est difficile à dire. Est-ce que Joris aurait pu faire le travail ? Joris, il est 280ème mondial. Il n’a aucune expérience de ce niveau-là et il n’a pas d’expérience en simple en Coupe Davis. Or on sait que le côté émotionnel est très important et Steve restait sur 5 victoires de suite dans les 5èmes matchs de Coupe Davis. Johan Van Herck a peut-être pensé que la pression serait trop importante et impossible à gérer pour Lucas Pouille mais cela ne s’est pas avéré être le cas. Pouille a été exceptionnel. Il a géré l’événement comme un athlète de haut niveau, il a développé son meilleur tennis, malheureusement pour nous. Mais Pouille aurait aussi pu craquer et Steve aurait alors pu faire la différence avec l’expérience qu’il a accumulée. Cela ne s’est pas fait parce que Steve manquait de match, manquait de compétition et n’était pas du tout au point. De manière générale, Steve avait plus à revendiquer que les deux autres dans un match aussi décisif c’est donc le choix sportif qui a été posé par Johan Van Herck."

A quoi ressemblera l’équipe belge de Coupe Davis demain ?
"Cela dépendra de David Goffin. Il a dit qu’il serait à Liège en février contre la Hongrie. Rien n’est moins sûr parce que quand on voit le niveau de jeu de David Goffin, on se dit qu’il peut gagner l’Open d’Australie. Ses objectifs pour la saison prochaine peuvent légitimement être revus à la hausse et les semaines de Coupe Davis arrivent à des moments peu opportuns dans la programmation du haut niveau. Concrètement le 1er tour de la Coupe Davis tombera dans la semaine suivant la finale de l’Open d’Australie. S’il va en ¼ ou en demi-finale, je pense sincèrement que David Goffin ne sera pas à Liège pour jouer la Hongrie parce qu’il va privilégier, et on peut le comprendre, sa carrière de simple. Et puis il faudrait aussi demander à David comment il se sent dans le groupe. Pour lui ce n’est pas facile de se sentir peut-être un peu esseuler dans cette équipe, sans manquer de respect à Steve qui est évidemment exceptionnel et qui a fait un travail incroyable. Mais la différence de niveau entre David et les autres est trop importante. Cela dit, nous avons une belle équipe et je pense qu’elle ne changera pas. Le staff restera, pour les joueurs on verra. N’oublions pas qu’on est vice-champion du monde, que l’on a disputé deux finales en trois ans. C’est une vraie prouesse avec le peu de joueurs que l’on a. Il faut retenir l’osmose et l’énergie que l’on a dans cette équipe. Une vraie équipe construite avec des francophones, des néerlandophones et un public. Il y avait 8000 belges qui criaient derrière l’équipe, c’est cela qu’il faut retenir."

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