Arthur De Greef : "Ce n'est pas aux joueurs du top de payer pour moi"

Arthur De Greef : "Ce n'est pas aux tops joueurs de payer pour moi"
Arthur De Greef : "Ce n'est pas aux tops joueurs de payer pour moi" - © ERIC LALMAND - BELGA

Comme l'ensemble des joueuses et joueurs de tennis du pays, Arthur De Greef a enfin pu reprendre sa raquette en main. Un retour vécu comme un soulagement pour le Belge mais aussi pour le club qu'il dirige depuis janvier du coté de Namur.

Arthur De Greef, comment avez-vous vécu ce retour sur les courts?

"Je suis heureux évidemment mais je dois avouer que cet arrêt forcé fut un moment agréable. J'ai pu passer plus temps avec ma copine et ma famille. Des moments très rares durant une saison normale. Pour en revenir au tennis, ce retour se fait en douceur puisqu'on a pas encore d'objectifs fixés. On ne sait pas quand les tournois reprendront et je suis de ceux qui pensent que cela ne sera pas avant janvier 2021. Cet arrêt est d'autant plus fâcheux pour moi que j'étais sur le retour après une blessure au dos. J'avais repris depuis 2 mois et je me sentais de mieux en mieux. Et puis, il y a eu cette crise sanitaire qui a tout arrêté."

On a beaucoup parlé des joueurs hors du Top 100 qui connaissent des difficultés financières. Vous êtes actuellement 324ème, qu'en est-il pour vous  ?

" Cette histoire de classement n'est pas très révélatrice. Un cas n'est pas l'autre. Tu peux très bien avoir été 300ème toute ta carrière et avoir très bien gagné ta vie. Prenons l'exemple des Anglais: ils n'ont pas beaucoup de joueurs du top pour le moment. Par conséquence, un joueur moyen va rapidement être pris en charge par la fédération, éventuellement disputer la coupe Davis, recevoir une wild card pour Wimbledon. Idem pour les Français avec Roland Garros. Et tout ça, mis bout à bout, cela fait de fameux gains. Par contre, à ce petit jeu, il y a des joueurs qui sont dans le top 150 qui gagnent beaucoup moins parce qu'ils sont issus d'un pays et d'une fédération moins riches. Je pense aussi aux jeunes qui n'ont pas encore de sponsors privés. Dans mon cas, je fais partie des chanceux. La fédération me soutient depuis que j'ai 12 ans. Je dispute des tournois du Grand Chelem depuis 5 ans. Pour le moment, je n'ai pas de gain mais pas de frais non plus puisque je ne dispute pas de tournoi. Sans compter que j'ai des sponsors qui continuent de me soutenir.


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Pour leur venir en aide, un fond de 6 millions de dollars a été créé via des dons de l'ATP (circuit masculin), WTA (circuit féminin), ITF (Fédération internationale) et les quatre tournois du Grand Chelem. Une somme qui sera rehaussée par des dons venant de joueurs plus aisés...

" Oui et je rentre dans les critères vu mon classement (NDLR (324 à l'ATP). On a pas encore les détails mais, si il faut saluer le geste, j'ai du mal a comprendre pourquoi des joueurs devraient contribuer à ce fond."

Parce que, pour eux, la crise n' a pas le même impact... non?

" Oui mais je ne comprends pas pourquoi des joueurs qui ont mieux joué que moi devraient payer pour leur réussite. Dans le lot des bénéficiaires, il y a des joueurs qui ont tout simplement moins travaillé qu'eux, moins sacrifié leur vie au tennis. Le problème est plus profond. Il faudrait une meilleure répartition des gains dans les grands tournois. Mais aussi faire en sorte que les prize money soient plus importants dans les plus petits tournois. Tout le monde n'arrive pas à atteindre le tableau final d'un tournoi du Grand Chelem malgré de grands efforts. Mais, même en Grand Chelem où les montants sont très importants, la part des recettes générées durant la quinzaine revenant aux joueuses et joueurs, 7% chacun, reste trop faible. Beaucoup de joueurs ont essayé de changer la donne mais ce n'est pas évident. Je connais beaucoup de joueurs qui nous représentaient dans les instances de l'ATP. Ils en sont sortis, se rendant compte que rien ne bougeait."

Pour en revenir au retour du tennis dans notre pays: votre club est à nouveau ouvert!

" Oui et c'est une super nouvelle. Le club-house et le restaurant restent fermés mais on est content de revoir nos membres. Même s'il est compliqué de surveiller en permanence, les joueurs respectent bien les règles de sécurité. J'ai repris ce club avec mon papa en janvier (NLDR: tennis club de Géronsart du coté de Namur). Avec le recul, ce n'était sans doute pas le meilleur moment mais on tente de rester positif. C'est dur pour tout le monde en ce moment et on est pas les plus à plaindre."