A deux ans et demi, Steve Darcis épatait déjà une star du ballon rond…

Steve Et Alain Darcis
Steve Et Alain Darcis - © VIRGINIE LEFOUR - BELGA

Voilà, c’est fini, Steve Darcis a disputé le dernier match de sa carrière sur le sol belge. Il a donné énormément de bonheur au public noir-jaune-rouge, au fil des années, en Coupe Davis. Mais là, il n’a pas réussi à faire durer le plaisir bien longtemps, au premier tour du tournoi d’Anvers. Il a été battu 6/1-6/2 par le Français Gilles Simon.

La carrière de "Shark" n’est pas tout à fait terminée, puisqu’il jouera encore quelques épreuves d’ici au mois de janvier. Et il rangera définitivement sa raquette du côté de l’Australie, loin des supporters belges, loin de sa famille.

Alain Darcis, le papa de Steve, était à la Lotto Arena, pour les adieux belges de son fils. Il a accepté de livrer quelques-uns de ses souvenirs.

Entretien…

Alain, quels sont vos sentiments, maintenant que tout est presque terminé ?

Depuis qu’il a pris la décision de mettre fin à sa carrière au mois de janvier, j’ai un sentiment de satisfaction. Parce que, comme il l’a dit à plusieurs reprises, il est au bout physiquement, et il est au bout nerveusement. Il a eu une très belle carrière, mais une carrière compliquée, avec ses blessures. Et je voyais que ces derniers mois, il ne pouvait plus défendre ses chances normalement. Donc, j’ai un sentiment de soulagement, mais je ressens aussi une grosse émotion, parce que c’est sans doute la dernière fois que je l’ai vu jouer en compétition. Et après 25 ans de suivi intensif, c’est vrai que c’est un jour particulier.

Depuis qu’il a annoncé sa future retraite, vous sentez du soulagement de son côté aussi ?

Avant l’annonce, on en avait parlé ensemble, il m’avait demandé mon avis. Je pense qu’il a pris une bonne décision parce que jouer dans les conditions actuelles, ce n’était plus possible. Il ne sait plus s’entraîner parce qu’il est blessé. Donc c’était très dur physiquement, et c’était dur mentalement. Quand on a très bien joué au tennis, et qu’on joue moins bien, on perd des matches qu’on ne doit pas perdre, et ce n’est plus vivable.

C’est vous qui lui aviez donné sa première raquette ?

Oui. Il y a une anecdote dont je me souviens. J’étais professeur de tennis. Quand Steve avait deux ans et demi, il était un jour venu me voir après mes cours. Je donnais cours à Alexandre Czerniatynski, le joueur de football que l’on connaît bien, et qui est un ami. Et Alex m’avait dit "je n’ai jamais vu ça de ma vie, un petit gamin de deux ans et demi qui remet la balle comme ça". Ce jour-là, j’ai eu un déclic, je me suis dit "il est doué". En tant que prof, je n’avais jamais vu ça. Et d’ailleurs, je n’ai plus jamais vu ça. Et c’est le moment où je me suis dit que mon fils pouvait très, très, bien jouer au tennis.

Et il a aimé ça tout de suite ?

Au départ, il a fallu un peu le pousser, parce qu’un gamin, même à onze ou douze ans, n’est pas capable de décider lui-même. Je pense qu’on l’a poussé à jouer au tennis. Moi, je l’ai entraîné jusqu’à 12 ans. Je n’ai jamais été un père qui disait "oh du moment qu’il s’amuse, c’est bien". Non, je croyais en lui, donc je le poussais. Pour aller au tennis-études, il a fallu le pousser aussi. Mais dès qu’il a eu douze ou treize ans, et qu’il a été capable de prendre certaines décisions, il a tout fait tout seul.

C’est après sa carrière que tout le monde va vraiment réaliser ce qu’il a fait ? Même vous ?

Moi je m’en suis toujours rendu compte au moment-même. Ses exploits, je les vivais au jour le jour. Mais je considérais que le match le plus important était le match du lendemain. J’ai pris beaucoup de plaisir à ses victoires, on les fêtait, mais il fallait toujours "remettre le couvert", comme on dit. Donc je pense qu’aujourd’hui (et c’est pour ça que je parlais de soulagement), on va pouvoir souffler, lui comme moi, et revoir des belles images. Et encore une fois, il a tiré le maximum de ce qu’il pouvait tirer, avec ses blessures. Et il n’y a aucun regret. Une nouvelle vie s’ouvre à lui.

Les gens parlent beaucoup de la Coupe Davis, de sa victoire sur Nadal à Wimbledon, de ses deux tournois gagnés. Peut-être que votre meilleur souvenir à vous, il est différent, et il est ailleurs…

Mon souvenir à moi, il est anecdotique. Toutes ces victoires-là ont énormément compté, et c’est vrai qu’il n’est pas possible de choisir l’un de ces matches. Mais moi, mon meilleur souvenir de lui, c’est quand j’ai fait un double messieurs avec lui, dans la région liégeoise. Il avait dix-sept ans, et il venait d’atteindre la demi-finale de Wimbledon, chez les juniors. Et on a gagné le tournoi, alors qu’on jouait contre deux B-15.4, et que je n’avais pas le niveau. Mais grâce à lui, on a gagné le tournoi. Et c’est quelque chose qui nous a marqués, parce que c’était une victoire "père et fils".

Ce qui doit vous rendre fier, c’est son palmarès, mais aussi le fait qu’il soit resté quelqu’un de bien…

Ce qui me rend le plus fier, c’est qu’il s’est imposé dans le circuit professionnel. Il est apprécié par tous les dirigeants de l’ATP, mais aussi par tous les joueurs, ce qui est très important. Les bons, et les tout bons. Quand je le vois croiser Federer ou Nadal, ils parlent avec beaucoup de respect. Et quand Steve rentre dans un vestiaire ou dans le player-lounge, je sens un respect de la part de tout le monde. Ce n’est pas évident de s’imposer dans un milieu comme ça. Alors, ses grandes victoires, c’est la cerise sur le gâteau. Mais ma grande satisfaction, c’est qu’il se soit imposé humainement dans un milieu qui n’est pas toujours facile.

Vous ne vous faites aucun souci pour la suite de sa vie, il va trouver une activité ? Là, il dit qu’il attend des propositions. Il va être heureux, et il va très bien se débrouiller ?

Oui, et là, ça montre encore toute son humilité, quand je l’entends dire "j’attends les contacts". Je sais qu’il est déjà sollicité. Un papa s’inquiète toujours pour l’avenir de son fils. Mais je suis serein. Il a tellement traversé d’épreuves que je le pense immunisé. Et il s’en sortira toujours avec dignité et succès.

Il aime le tennis, il adore le tennis. Est-ce qu’on peut parfois dire d’un joueur qu’il aime trop le tennis, et qu’il sacrifie trop de choses au tennis ?

Steve a beaucoup sacrifié, comme tous les professionnels. On n’arrive pas à un niveau pareil sans sacrifices. Donc oui, il a sacrifié des loisirs, il a sacrifié d’autres sports. Steve a aimé le tennis, énormément. Mais Steve ne mange pas tennis, ne dort pas tennis. Steve aura très vite fait de s’adapter dans d’autres milieux. Et il va pouvoir profiter de la vie, en pratiquant le golf, en pratiquant le ski. Et en faisant un peu la fête, comme il dit. Je pense qu’il sera raisonnable, mais je pense qu’il va vraiment, vraiment, profiter de la vie.

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