Ysaline Bonaventure, entre les courts de tennis et les cours de math...

Les sportifs de haut niveau n'ont pas forcément toujours le temps et les possibilités, quand ils sont adolescents, de combiner leur début de carrière et leurs études secondaires. Et c'est l'école qu'ils sacrifient le plus souvent, parce qu'ils vivent déjà au rythme des entraînements et des compétitions. Parfois, ils le regrettent plus tard, même s'ils n'avaient pas toujours d'autres choix. C'est le cas d'Ysaline Bonaventure, qui s'apprête à disputer son premier tournoi du Grand Chelem, dans un tableau final. A 24 ans, elle a décidé, en novembre dernier, de reprendre ses études, pour pouvoir terminer ses secondaires...

Entretien...

Ysaline, vous êtes une joueuse un peu particulière. On peut dire que vous êtes joueuse et étudiante, ou c'est exagéré ?

Je pense que c'est un petit peu exagéré. Depuis quelques mois, depuis novembre, j'ai repris les cours par correspondance, pour passer ma sixième, ma rétho. Je voudrais avoir un diplôme, et donc une porte de secours, si jamais cela ne se passe pas bien dans le tennis. Je fais cela avec l'aide de l'Adeps et de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Pour être honnête, je n'ai pas encore vraiment commencé, mais c'est quelque chose qui va m'occuper en dehors du terrain. J'aurai un peu plus la tête dans les livres, quand je m'y mettrai. Et même si ça doit me prendre cinq ou six ans pour réussir cette rétho, je prendrai le temps qu'il faudra.

Concrètement, cela se passe comment ? Vous recevez des cours, et vous devez être prête à passer des examens en mai ou en juin ?

J'ai plusieurs matières à étudier, anglais, néerlandais, mathématiques, français, et les matières de base. Il y a certaines matières que je ne dois pas passer, parce que je suis "Elite Sportive". On reçoit des cours sur internet, sur des modules. Et on doit les préparer comme on veut, avant de s'inscrire à des sessions d'examens, en janvier ou en juin. Les dates sont prédéfinies, donc c'est un petit peu particulier, parce que je n'ai pas envie de sacrifier des tournois. Si je suis disponible au moment de devoir passer les examens, j'irai passer mes examens. Sinon, je les repousserai en juin, ou en janvier de l'année prochaine. Mais je n'ai surtout pas envie de faire de mes études une priorité, parce qu'il faut que je me concentre toujours à fond sur mon tennis. Et les études restent un plus pour pouvoir penser à mon après-carrière.

C'est très courageux de faire ça, parce que c'est plus difficile d'étudier quand on n'est plus dedans depuis plusieurs années...

Oui, ça fait tellement d'années que je n'ai pas étudié, et que je ne me suis pas concentré sur des cours, donc c'est difficile, et il faut que je m'y mette. Il y a deux matières dans lesquelles je ne vais pas avoir de difficultés, c'est anglais et néerlandais. Là, je pense que je pourrai aller passer les examens sans étudier. Maintenant, pour le reste, il va falloir que je m'y mette, et que je prenne le temps. Mais je ne me mets pas la pression. Si j'arrive à passer les examens, je le fais. Si je rate une fois, deux fois, trois fois, je repasserai une quatrième fois, il n'y pas de soucis. Je peux les passer autant de fois que je veux. Donc voilà, c'est une petite chose qui m'occupe, en dehors des entraînements et des matches. On a énormément de temps morts, en dehors du terrain, donc ça pourra m'occuper. Je passerai moins ma vie sur mon téléphone et sur les réseaux sociaux (rires)...

Vous allez devoir "sacrifier" certains de vos loisirs...

Je ne dirais pas "sacrifier", parce qu'on voyage énormément, donc on a toujours du temps libre pour faire un peu ce qu'on aime faire. Maintenant, ça ne me fera pas de tort, de passer un peu moins de temps sur les réseaux sociaux. On a tellement pris l'habitude de passer notre vie sur Facebook, sur Instagram... Mon copain me rappelle souvent que j'ai d'autres choses à faire. Il faut arrêter de passer sa vie sur les réseaux sociaux, parce qu'au final, ça ne sert à rien. Mais c'est la chose qui me rattache à mes proches, qui sont loin de moi, et c'est devenu une habitude, un peu une addiction. Mais j'essaye d'y passer moins de temps.

Vous avez quelque chose à dire à ceux qui auraient tendance à laisser tomber les études ? Vous avez envie de les encourager à continuer, parce que c'est plus dur de devoir rattraper ça plus tard ?

Je me rends compte que c'est vraiment très difficile de s'y remettre après autant d'années. Et moi, j'ai arrêté en rhéto, donc il ne me restait qu'une année. On voyage tellement, on est tellement concentrés sur son tennis, et on veut tout donner pour y arriver. Et puis, c'était dans une période spéciale dans ma vie, avec ma première sélection en Fed Cup. Je m'étais rendu compte qu'avec quatre jours d'entraînement par semaine, c'était un peu compliqué d'être au top niveau. Et donc c'est un sacrifice que j'ai fait. Maintenant, je pense qu'une année d'études de plus n'aurait peut-être pas changé grand chose. On ne le saura jamais. En tout cas, je suis super-fière d'être là où je suis. Et je vais tout faire pour avoir un diplôme pour mon après-carrière.

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