Open d'Australie : "Depuis septembre, on se croirait dans une série Netflix"

Kirsten Flipkens
Kirsten Flipkens - © PATRICK HAMILTON - BELGA

Kirsten Flipkens a été éliminée au deuxième tour du double, à l’Australian Open. Son tournoi est terminé, mais elle ne sait pas encore si elle va rester en Australie pour en disputer un autre, ou si elle va rentrer en Belgique. C’est de cette façon-là qu’il faut vivre en ce moment, quand on est joueur ou joueuse de tennis. En ne sachant rien, en ne prévoyant rien.

Et en s’adaptant à toutes les situations. Le début de l’Australian Open s’est joué devant du public. Et maintenant, toutes les portes ont été fermées pendant cinq jours au moins.

Entretien avec Kirsten Flipkens, qui raconte l’atmosphère de cette première journée de reconfinement, à Melbourne…

Kirsten, comment est l’ambiance, aujourd’hui, à Melbourne Park ? Tout est vide, tout est triste, tout est silencieux ?

Oui, il n’y a personne, à part les entraîneurs et les joueurs. C’est triste. Ce n’est pas comme les jours précédents. A ce moment-là, il n’y avait pas beaucoup de spectateurs, mais quand même, il y avait une certaine ambiance, et on jouait devant du public. C’est dommage, qu’il y ait ce nouveau lock-down.

C’est encore plus dur qu’à l’US Open ? Parce qu’ici, vous avez eu de la liberté, et puis vous l’avez perdue…

Oui, c’est clair que ce n’est pas facile, mentalement. On a fait les deux semaines de quarantaine, avec l’espoir d’avoir la liberté après. On savait qu’après ces quatorze jours, on pourrait aller au restaurant, au cinéma, faire du shopping. Et puis, voilà. C’est dommage qu’hier, à partir de minuit, tout s'est arrêté, pour cinq jours. On verra après ces cinq jours. Mais en attendant, on est de nouveau dans une bulle, en fait. Hôtel, club, hôtel. Et je pense que ce sera comme cela les prochains mois.

Tout est fermé, dans la ville ?

Oui, tout est fermé dans la ville. Il n’y a que les supermarchés et les pharmacies qui sont ouverts. Les restaurants sont fermés. C’est très triste, pour le moment, dans la ville.

Les joueurs et les joueuses peuvent-ils sortir de leur hôtel, pour aller se promener ?

Je pense que l’on peut faire une promenade, ou un jogging, pendant deux heures par jour. Mais il n’y a rien à faire dans la ville, tout est fermé. On peut se promener, et sortir de l’hôtel pour prendre un peu l’air.

Avez-vous regardé à la télévision ce qui s’est passé hier, avec une ambiance de folie pendant le match de Kyrgios, et puis les gens obligés de quitter le stade pendant le match de Djokovic ? C’était des images assez terribles, non ?

En voyant cela, je me suis dit qu’on vivait dans une série Netflix depuis l’US Open, en septembre. C’est n’importe quoi, pour le moment. J’ai vu le match entre Thiem et Kyrgios, et l’ambiance était super. Et puis, après cette rencontre, c’était à nouveau fini. On a interrompu le match de Djokovic, pour faire sortir le public. C’est bizarre. C’est incroyable...

Racontez-nous la façon dont vous avez profité des quelques jours de liberté totale que vous avez eus…

Je suis allée presque chaque soir au restaurant. Je savais qu’on pouvait le faire à Melbourne, mais pas en Belgique, pas en Europe. J’ai vraiment bien "profité" du fait de pouvoir aller au restaurant, avoir un peu de liberté, et m’amuser. Vivre un peu. Les dernières semaines ont été dures, mentalement, pour moi. Je suis partie de chez moi au début du mois de janvier, et le 8 janvier je me suis blessée à la cheville. Il était vraiment nécessaire que je m’amuse un peu à côté du terrain. Parce que sur le terrain, il est clair que ce n’est pas facile pour le moment, avec ma blessure.

Et cela risque de ne pas être facile non plus dans les semaines et les mois qui viennent, parce que vous ne savez pas grand-chose à propos des futurs tournois. Ni s’ils auront tous lieu, ni dans quelles conditions vous pourrez les jouer…

Non, il y a beaucoup d’incertitudes. On ne sait rien du tout. Il y a par exemple le tournoi d'Adelaïde, la semaine prochaine, mais on ne sait pas s’il aura lieu à Adelaïde ou à Melbourne. Il y a beaucoup de questions, et les réponses n’arrivent que petit à petit. On a reçu un e-mail hier, nous disant que le tournoi de Lyon se jouera bien. Puis, j’ai entendu dire qu’à Doha et Dubaï, il y avait à nouveau une bulle. Ce qui est normal, vu la situation sanitaire là-bas. A Miami, il devrait y avoir une bulle aussi. Pour le moment, on ne peut que jouer des matches, et c’est tout. Mais bon, on sait que la situation n’est pas vraiment meilleure en Belgique. Je ne sais pas si c’est mieux d’être en Belgique, ou de jouer des matches.

Il y a forcément toujours des gens qui disent que les joueurs n’ont pas à se plaindre, puisqu’ils ont la chance de pouvoir exercer leur métier. C’est vrai. Mais d’un autre côté, n’y a-t-il pas un risque de déprime, chez les joueurs et les joueuses ?

Oui, c’est certain. Mentalement et physiquement, c’est difficile. Je ne pense pas qu’il y ait beaucoup de joueurs et de joueuses heureux pour le moment, vu la situation. On est ici, on joue des matches, et effectivement, on a de la chance de faire notre job. Mais on prend des avions, donc on prend des risques aussi. On a toujours peur d’être positifs. C’est dur de voyager dans ces conditions, c’est clair.

Ecoutez Kirsten Flipkens...

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