Open d'Australie : Carnet de route d'un joueur en quarantaine, épisode 5 (la fin)

C'est bientôt la fin de la quarantaine de Melbourne, pour Joachim Gérard
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C'est bientôt la fin de la quarantaine de Melbourne, pour Joachim Gérard - © Joachim Gérard

C’est la dernière ligne droite, avant la délivrance. Joachim Gérard, le quatrième joueur mondial de tennis en fauteuil, nous raconte au jour le jour la quarantaine à laquelle il a été soumis dès son arrivée à Melbourne. Une quarantaine "souple", puisqu’il a eu la chance de ne pas être totalement confiné pendant deux semaines, contrairement à septante-deux de ses collègues. Après quatre jours d’attente, il a pu quitter sa chambre d’hôtel cinq heures quotidiennement, pour aller s’entraîner.

Voici donc l'ultime épisode d’une aventure dont les joueurs se souviendront (les liens vers les épisodes précédents se trouvent en bas de page).

Ce sont les derniers jours d’attente, avant de pouvoir, enfin, disputer des tournois. Dont, bien sûr, l’Australian Open, à partir du 8 février.

Mardi 26 janvier – jour 12 de la quarantaine

Journée de pluie, à Melbourne. Mais j’ai eu de la chance, mon entraînement était programmé tard dans l’après-midi, et les averses avaient cessé.

Et c’est le jour de la fête nationale, aussi, en Australie, "Australia Day". Pendant que nous étions sur le court, j’entendais les clameurs du public, venant d’un stade de football, juste à côté. C’était très bizarre, parce qu’on n’a plus l’habitude de cela, en Europe, avec les huis clos. Je ne dirais pas que c’était choquant, mais c’était très surprenant. Et on a eu droit à quelques feux d’artifice, par ci, par là. C’était un bon petit moment.

Mercredi 27 janvier – jour 13 de la quarantaine

C’est une journée particulière pour moi. C’était l’anniversaire de mon papa. Et puis, je suis parrain pour la première fois. L’un de mes meilleurs amis, avec qui j’ai fait mes études, est devenu papa d’un petit Charlie. Et j’ai l’honneur d’avoir été choisi comme parrain. Cela me permettra de "m’entraîner", avant, un jour, d’avoir mes propres enfants.

Go, go, go

Aujourd’hui, j’ai croisé David Goffin pour la première fois. Il faut que je vous explique ce que veut dire "croisé", en cette période de crise sanitaire. Je me suis entraîné toute la semaine sur un petit court, à côté du "John Cain Arena", l'un des trois grands stades de Melbourne Park. C’est là que David frappait ses balles. Et nous nous sommes vus, à l’endroit où les joueurs programmés dans ce coin-là prennent leur lunch. Lui et son entraîneur, Germain Gigounon, ont voulu nous dire bonjour, à mon coach physique et à moi. Mais au moment où ils ont tenté de nous faire un "check", la sécurité est intervenue, avec un "no, no, no, go, go, go".

Ces derniers temps, j’ai eu l’occasion de parler plusieurs fois avec David sur les réseaux sociaux, et j’aurais trouvé chouette de pouvoir le faire cette fois en vrai, et au calme. On n’a pas souvent l’occasion de se voir en tournois, et j’aurais aimé un peu profiter de ce moment. Dommage. On était si proches, et si loin à la fois. J’espère que ce n’est que partie remise, et que je pourrai le voir quand je reviendrai sur le site, dans deux semaines.

Jeudi 28 janvier – jour 14 de la quarantaine

A l’heure du bilan, j’ai envie de retenir un aspect positif de cette quarantaine. Ce qui a été génial, c’est la façon dont certains joueurs se sont amusés des contraintes. Il y en a qui se sont montrés très inventifs. Les vidéos de Pablo Cuevas, par exemple, ont vraiment marqué cette période. C’était un plaisir, que l’on attendait tous les jours. Il y a aussi eu Nicolas Mahut, Edouard Roger-Vasselin, Ons Jabeur, qui en ont proposé. Ce sont des gens qui ont réussi à transformer cette quarantaine en bons moments de décontraction. Et c’était souvent ceux qui ont dû rester enfermés pendant deux semaines, sans pouvoir sortir. Chercher leurs vidéos, tous les jours, est devenu une sorte de petit rituel.

J’y ai, moi aussi, mis mon grain de sel, en publiant une vidéo sur ma story Instagram. C’était au début, quand la première sortie, prévue le dimanche, a été reportée au lundi, puis au mardi. On me voyait, voulant quitter la chambre, mais butant contre une porte désespérément fermée. Moi-même, j’ai ri en la revoyant. Et j’ai adoré voir la réaction des gens qui me suivent sur les réseaux sociaux. Ils ont apprécié. Même David Goffin m’a envoyé un message privé, en me disant qu’il était mort de rire.

Quelques petits dégâts

Je termine ces dix jours d’entraînement avec des mains dans un sale état. J’ai une dizaine d’ampoules. La raison ? Je pense que c’est un tout. Il y a le fait de ne pas avoir pu travailler sur un court pendant sept jours, entre mon départ de Bruxelles et ma première sortie. Il y a l’humidité de l’air, cette semaine. Et il y a les entraînements intensifs. Parce que j’ai vraiment beaucoup bossé. J’ai six ampoules sur ma main droite, et quatre sur ma main gauche. Ces derniers jours n’ont pas été faciles, à cause de cela. Mais ça fait partie du métier. Et je préfère que cela m’arrive maintenant, plutôt que pendant l’Australian Open. On dit souvent : "c’est le métier qui rentre". Mais là, je dirais : "c’est le métier qui revient", après une semaine d’inactivité. Mais je sais que cela ne m’ennuiera pas lors de mes matches. S’il faut que je joue avec les mains défoncées, je le ferai.

Vendredi 29 janvier – la sortie

Voilà, la quarantaine est terminée. Contrairement aux valides, qui restent dans le centre de la ville, et qui joueront leur tournoi de préparation sur le site du Grand Chelem, les joueurs en fauteuil déménagent aujourd’hui. Nous sommes partis à Craigieburn, dans la banlieue de Melbourne. C’est là que je vais participer à deux tournois de préparation, du 3 au 6 février, puis du 8 au 11 février. Et puis, je reviendrai dans le centre de la ville.

Avant de penser à mes tournois, il y a le retour à une vie presque normale. J’en ai parlé avec mon équipe, ces derniers jours. La première chose que l’on a décidé de faire, c’est aller au restaurant. Mon premier restaurant depuis le jour de mon anniversaire, le 15 octobre dernier. Et certainement pas le restaurant du coin, mais un endroit un peu éloigné. Histoire de prendre un bon bol d’air en y allant, et de se sentir libres. Tous les trois réunis.

Parce que oui, c’est aussi le jour des retrouvailles pour mes deux entraîneurs. Mon coach tennis, Damien Martinquet, et mon coach physique, Quentin Verriest, ne se sont pas vus pendant quinze jours, puisque chacun sortait avec moi un jour sur deux. Ils sont restés en contacts, ils se sont appelés pour faire le feed-back des entraînements, mais ce n’est pas la même chose.

Toujours masqués

Après les mesures strictes, voici le temps d’une plus grande liberté. Les organisateurs du tournoi nous demandent de continuer à porter un masque dans les endroits clos, les transports en commun, les centres commerciaux, les cinémas, etc. C’est une forte recommandation, et pas une obligation. Pendant les trajets entre notre hôtel et le stade, on a vu très peu de gens masqués, dans la ville. Mais autant suivre les instructions. Personne n’a envie de se mettre en danger, ou le tournoi, ou les habitants.


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Une nouvelle saison va bientôt commencer, pour moi qui n’ai plus joué de match depuis ma finale à Roland-Garros. Mon objectif reste toujours le même, gagner enfin un tournoi du Grand Chelem en simple, après deux finales perdues. Je n’étais pas loin, l’année dernière, mais je me suis écroulé sur la dernière marche. Je veux montrer que ma finale de Roland-Garros n’était pas un coup de chance, et je voudrais que tout le travail effectué depuis le début du mois d’octobre finisse par payer.

Et les Jeux Paralympiques de Tokyo seront bien sûr mon autre grand objectif. J’avais gagné la médaille de bronze, il y a quatre ans. Et le but sera de faire encore mieux. J’ai envie d’aller chercher l’or. Et il y aura le double, aussi. Avec Jef Vandorpe, normalement. Je pense qu’on sera un peu des outsiders, mais qu’on sera capables, pourquoi pas, de ramener une médaille. On va travailler pour tenter d’y arriver.

Mais avant tout, la tournée australienne…

Joachim Gérard

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Le premier épisode du carnet de route de Joachim Gérard

Le deuxième épisode du carnet de route de Joachim Gérard

Le troisième épisode du carnet de route de Joachim Gérard

Le quatrième épisode du carnet de route de Joachim Gérard

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