Open d'Australie : Carnet de route d'un joueur en quarantaine, épisode 4

Séance d'exercices, avec Joachim Gérard et son entraîneur physique, Quentin Verriest
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Séance d'exercices, avec Joachim Gérard et son entraîneur physique, Quentin Verriest - © Joachim Gérard

L’Australian Open, premier tournoi du Grand Chelem de l’année, commencera le 8 février, à Melbourne. Tous les futurs participants sont arrivés en Australie il y a une dizaine de jours, avec leurs staffs. Et depuis, ils respectent une quarantaine de quatorze jours, avant de pouvoir disputer leur tournoi de préparation. Ou leurs deux tournois de préparation, dans le cas des joueurs de tennis en fauteuil.

Joachim Gérard, numéro quatre mondial dans cette catégorie, tient pour nous une sorte de journal de bord, pendant cette période si particulière. Heureusement pour lui, aucun cas de coronavirus n’a été détecté dans l’avion qui l’a amené à Melbourne. Donc, contrairement à septante-deux de ses collègues joueurs, il peut désormais sortir de sa chambre d'hôtel cinq heures par jour, pour aller s’entraîner. Mais les mesures sanitaires restent strictes, et les sorties très encadrées.

Voici le quatrième épisode de son carnet de route (les liens vers les trois premiers épisodes se trouvent au bas de cet article).

Samedi 23 janvier – jour 9 de la quarantaine

Jusqu’à présent, nous avons un partenaire d’entraînement, toujours le même. Dans mon cas, c’est l’Argentin Gustavo Fernandez. Chaque "cohorte" est composée de deux joueurs et de deux accompagnateurs. Moi, je travaille au stade un jour sur deux avec mon entraîneur tennis, Damien Martinquet, et l’autre jour avec mon entraîneur physique, Quentin Verriest.

A partir d’aujourd’hui, nous aurions pu élargir notre bulle, lors des sorties. Il était prévu depuis longtemps que lors de la deuxième partie de la quarantaine, les cohortes se regroupaient, deux par deux. J’aurais donc pu m’entraîner avec trois joueurs différents. Et notre bulle aurait alors été composée de quatre joueurs, et de leurs entraîneurs.

Mais finalement, cela ne se fera pas. Les organisateurs ont un peu pris peur, après l’annonce de quelques cas de coronavirus, parmi les personnes arrivées de l’étranger pour le tournoi. Ils ont donc demandé aux joueurs de prendre eux-mêmes la décision, à propos de l’élargissement des cohortes. Et la situation est claire : si jamais un membre d’une bulle est testé positif au coronavirus, les joueurs qui la composent sont tous exclus de l’Australian Open. Donc élargir la bulle, c’est prendre deux fois plus de risques de ne pas pouvoir participer au tournoi. Les joueurs ont tranché : on ne change rien, on continue à s’entraîner avec notre seul binôme du début. 


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Travailler toujours avec le même joueur, ce n’est pas gênant, ni lassant. On a choisi une personne avec laquelle on s’entend bien, donc pas de problèmes. Et libre à nous de varier les exercices et de réussir à pimenter nos entraînements. Tout en sachant qu’une fois la quarantaine terminée, nous aurons encore quatre jours avant le premier tournoi. A ce moment-là, on pourra aller sur le court quand on veut, et avec qui on veut.

Un petit manque

Pour le moment, la routine ne m’ennuie pas. Ne pas aller au restaurant, on en a l’habitude, depuis quelques mois, en Belgique et ailleurs. Rester dans ma chambre dix-neuf heures par jour, je m’y suis fait. En revanche, ce qui me manque, c’est la liberté. Même quand on est dehors, même quand on va au stade, on est escortés en permanence, d’un point A à un point B, du point B jusqu’au point C, de la navette à la salle de sport, et puis jusqu’au court. On ne peut absolument pas dévier de notre route.

C’est vrai que l’on sort, on prend l’air, et c’est appréciable. Quand nous sommes dans notre chambre d’hôtel, nous pouvons nous faire livrer la nourriture que nous aimons, et c’est très bien. Donc, je n’ai pas à me plaindre. Mais il y a ce petit manque de liberté, qui est parfois difficile à vivre. Dans quelques jours, tout changera. Nous pourrons choisir notre hôtel, et prendre une chambre avec balcon, si c’est notre souhait. Nous pourrons aller au restaurant, sans regarder notre montre. Je ne vis pas mal cette quarantaine, mais une plus grande liberté me fera beaucoup de bien.

Dimanche 24 janvier – jour 10 de la quarantaine

Aujourd’hui, c’était la première journée de grosse chaleur, depuis mon arrivée en Australie. Il faisait 36 degrés. Et j’ai eu la malchance de devoir jouer l’après-midi. Il faisait lourd, et c’est cela que j’ai du mal à supporter, plus que la chaleur elle-même. Ce n’était pas comme l’année dernière, ou l’année d’avant, quand il faisait plus de 40 degrés, et qu’il était impossible de rester sur le court. Là, on a pu travailler.

Quand on vient ici, on sait que l’on va être amené à jouer par de telles températures. Et à en subir les conséquences. A cause de l’humidité, j’ai attrapé deux ampoules aux mains. Mais au moins, sous ce soleil de plomb, on se sent vraiment en Australie. Et ça, c’est plutôt bien. Cela dit, j’espère ne pas devoir subir la canicule pendant les trois tournois que je vais jouer à Melbourne.

Des timings à respecter

J’en profite pour vous expliquer nos horaires de sortie. Comme je le disais, je me suis entraîné pendant l’après-midi, ce dimanche. Demain, les mêmes températures sont annoncées. Mais ce sera moins compliqué à gérer, parce que je quitterai ma chambre dans la matinée, quand il fera plus frais. Ce n’est pas nous qui établissons notre programme. Chaque jour, nous recevons notre feuille de route du lendemain, et nous devons nous y tenir.

Les organisateurs essayent de varier le moment des sorties, pour que chaque joueur puisse s’entraîner à toutes les heures possibles. Les premiers trajets vers le stade sont à 7 heures 30 du matin. Et c’est ce qui est prévu pour moi, demain. Donc, je me lèverai vers 6h15 ou 6h30. L’arrivée au stade, à 7h50, sera suivie d’un entraînement physique et d’exercices de musculation, jusqu’à 9h20. J’enchaînerai avec le tennis, jusqu’à 11h20. Puis, j’aurai la possibilité de manger sur place, jusqu’à 12h20, avant de rentrer à l’hôtel. Et les cinq heures hors de la chambre seront passées.

Les sorties les plus tardives se font à 16h30, avec retour à l’hôtel à 21h30. J’ai eu la chance de ne pas encore avoir été désigné pour cet horaire, qui n’est pas le plus amusant.

Lundi 25 janvier – jour 11 de la quarantaine

Un joueur de tennis a parfois besoin de souffler un peu, et de passer une journée sans aller sur le court d’entraînement. Aujourd’hui, Gustavo Fernandez avait décidé de se reposer, et je n’ai travaillé qu’avec mon coach. La séance a été plus "cool", et on l’a agrémentée de petits jeux. On a, par exemple, organisé un duel.  C'était à celui qui viserait le mieux le "T" de la ligne de service. Et on a pris plus de temps pour se parler, entre les exercices. Mais quand il fallait travailler sérieusement, on l’a fait.

Comme j’ai déjà eu l’occasion de le dire, je trouve que cette quarantaine passe finalement assez vite, surtout depuis que je peux sortir de ma chambre cinq heures par jour. Là, on entame la dernière ligne droite, avant de retrouver une liberté totale. Cette expérience est compliquée, même si je comprends évidemment les raisons pour lesquelles le gouvernement australien nous l’impose. Mais j’espère ne pas devoir la vivre trop souvent.

Cela risque encore d’arriver cette année, même si pour nous, les joueurs en fauteuil, pas mal de tournois commencent à être annulés. Si on nous impose trois ou quatre quarantaines ces prochains mois, ce sera vraiment beaucoup, et même trop. Notre métier, c’est voyager, jouer, s’entraîner. Là, on a déjà loupé sept jours d’entraînement, auxquels il faut ajouter les deux jours de remise en route de la machine. Je plains la personne qui devrait subir cela quatre fois cette année. Ces semaines d’inactivité forcée, ce sont des semaines durant lesquelles l’argent ne rentre pas non plus dans les caisses. J’ai des sponsors, mais tout le monde n’en a pas. Y compris chez les valides.

Besoin d’aide ?

Si par hasard un joueur vit mal cette période de confinement total pour les uns, ou de semi-confinement pour les autres (comme moi), il peut se faire aider. Tous les deux jours, une cellule médicale nous appelle dans notre chambre, pour prendre de nos nouvelles. Nous pouvons parler de nos éventuels soucis physiques, mais surtout de notre état psychologique. Les membres de cette cellule médicale nous posent des questions, et nous répètent qu’en cas de besoin, il ne faut surtout pas hésiter à les contacter. Notre situation n’est pas forcément facile, même quand on peut sortir. Et je dois dire que les organisateurs prennent bien soin de nous.

Plus que quatre jours avant la grande sortie de vendredi. La prochaine fois, je vous raconterai la fin de cette période inédite dans ma carrière…

Joachim Gérard

>>> A lire aussi :

Le premier épisode du carnet de route de Joachim Gérard

Le deuxième épisode du carnet de route de Joachim Gérard

Le troisième épisode du carnet de route de Joachim Gérard

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