Open d'Australie : "Aslan Karatsev est en train de faire péter les stats"

On a envie qu’il explique l’incroyable. Mais Aslan Karatsev n’est pas très bavard. Une mauvaise maîtrise de l’anglais, un manque d’habitude des questions, une certaine timidité, peut-être. Il ne va pas forcément apporter les réponses à toutes les questions que l’on se pose à son propos. Sans doute ne les a-t-il pas lui-même…

Comment le joueur russe a-t-il fait pour arriver en demi-finale de l’Australian Open, alors qu’il n’apparaît que pour la première fois dans le tableau final d’un tournoi du Grand Chelem ? Et alors qu’il a déjà vingt-sept ans, qu’il a passé toute sa carrière dans les tournois "futures" et challengers, ne gagnant que trois rencontres sur le grand circuit.

Il a malgré tout donné une explication. "La clef a été de trouver la bonne équipe, et le bon coach, Yahor Yatsyk, il y a trois ans. J’ai eu de beaucoup de chance de le trouver".

Cela a peut-être été un déclic, mais il y en a forcément eu un autre, l’année dernière. En février 2019, il était 437e mondial. En février 2020, il était 262e mondial. Au début de l’Australian Open 2021, il était 114e mondial. Après ce tournoi, il sera au pire 42e.


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Tout a changé l’été dernier, quand le tennis a repris, après quelques mois de parenthèse "coronavirus". Au mois d’août, Aslan Karatsev a enchaîné une finale et deux victoires en challengers. On parle souvent des méfaits de la crise sanitaire sur les joueurs de tennis, mais il y en a qui ont manifestement profité de cette période pour se débloquer, mentalement. Il faut parler du mental, parce que quand on le voit sur un court, on se dit que ce joueur-là devait déjà être bon, tennistiquement, quand il végétait dans les profondeurs du classement.

Le Français Pierre-Hugues Herbert s’est incliné face à lui, au challenger de Prague, il y a six mois, quand le tennis a repris, après le confinement. "J’avais vu tout son potentiel. Je trouvais qu’il jouait extrêmement bien. J’étais donc conscient de ce qu’il était capable de faire. Mais je suis étonné, parce que d’habitude, tout ne va pas aussi vite. Je pense que même en demi-finale de l’Australian Open, il va falloir compter sur lui. Il va jouer à un bon niveau".

Peut-être joue-t-il le LE tournoi de sa vie, dans un pur état de grâce ? Pierre-Hugues Herbert ne le pense pas. "Quand je le regarde, je ne me dis pas qu’il est à 120%. C’est pour cela que j’ai cette analyse-là. Je n’ai pas le sentiment que ce qu’il fait soit dû à de la réussite. Je pense qu’il propose autre chose, qu’il impose son jeu contre ses adversaires, et qu’il peut gêner beaucoup de monde. Ce qu’il fait est étonnant, bien sûr, mais le niveau est là. Son jeu est impressionnant, parce qu’il a une grosse frappe de balles, et il trouve des zones en coup droit. Il a un jeu très complet, et cela sort très bien de sa raquette. Mais ce qui m’impressionne, c’est la 'normalité' de ce qu’il fait. Quand il termine ses matches, on ne sent pas qu’il est atteint par l’événement. Il joue point après point, et il ne doute à aucun moment. Il ne réfléchit pas trop. Il fait son truc, et voilà."

Comme Filip Dewulf !

En attendant, comme le dit le Français, Aslan Karatsev "fait péter les stats". Il est le premier joueur de tennis de l’histoire moderne (depuis le début de l’ère open, en 1968) à se qualifier pour les demi-finales dès son premier Grand Chelem.

Et il n’est que le cinquième joueur à atteindre les demi-finales d’un tournoi majeur en sortant des qualifications. Son cas est évidemment particulier, puisque pour la première fois, pandémie oblige, les qualifications n’ont pas eu lieu juste avant l’épreuve, mais trois semaines plus tôt.

Ceux qui avaient déjà réussi cet exploit sont un joueur australien oublié, une grande promesse américaine de l’époque, une fierté belge, et déjà un Russe. Soit Bob Giltinan à l’Open d’Australie 1977, John McEnroe à Wimbledon 1977, Filip Dewulf à Roland-Garros 1997, et Vladimir Voltchkov à Wimbledon 2000. Tous ont gagné huit rencontres lors de leur parcours en Grand Chelem, trois en qualifications, puis cinq autres. C’est une victoire de plus qu’il n’en faut pour gagner le tournoi quand on fait partie des 128 participants du tableau final.

A signaler qu’aucun de ces joueurs n’a réussi à atteindre la finale, dans la foulée. Aslan Karatsev peut-il le faire ? Ce sera compliqué, évidemment, jeudi, face à Novak Djokovic. Mais lui, qu’en pense-t-il ? Sa réponse ne sera pas très longue, on s’en doute. "Je ne sais pas quoi dire, on verra, je prends les matches les uns après les autres".

Cela lui a réussi, depuis le début de la quinzaine. Ses plus récentes "victimes", Diego Schwartzman, Felix Auger-Aliassime, Grigor Dimitrov, tous joueurs du top 21, peuvent en témoigner.

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