Naomi Osaka veut devenir la meilleure joueuse de tous les temps, avec l'aide de son coach belge

Wim Fissette est l’ancien entraîneur, à succès, de Kim Clijsters, Simona Halep, Johanna Konta, Angelique Kerber, Victoria Azarenka. Il est depuis le début du mois de décembre le nouveau coach de Naomi Osaka, la tenante du titre à l’Australian Open. Et il a dû s’adapter à la personnalité de la joueuse japonaise, une fille assez timide en dehors des courts, mais une battante sur le terrain, et une joueuse très ambitieuse. Ce qui n’est pas forcément péjoratif. Elle n’a pas de limite, donc Wim Fissette n’en aura pas non plus.

Entretien avec Wim Fissette, à propos de Naomi Osaka, mais aussi du retour de Kim Clijsters…

Wim, vous avez déjà entraîné pas mal de grandes joueuses. Là, c’est un nouveau défi. Quand Naomi vous a appelé (ou son agent), quel était le but ? Que voulait-elle que vous lui apportiez ?

Ses ambitions sont très grandes. Elle veut gagner le plus de Grands Chelems possible. Et dans un premier temps, elle veut gagner à Melbourne. Après cinq semaines d’entraînement, et un tournoi à Brisbane, je suis convaincu qu’elle est vraiment la meilleure joueuse. Et si elle reste calme pendant les matches, bien concentrée sur elle-même, je suis sûr qu’elle sera très difficile à battre. Elle veut devenir la plus grande joueuse.

De tous les temps ?

Oui…

C’est bien d’oser le dire, il faut donner à son coach ses vrais objectifs…

Elle n’a pas de problèmes à citer ses objectifs. Et pour elle, redevenir numéro un mondiale en est un autre, pour cette année. Elle croit fermement qu’elle va y arriver.

Quand un coach et une joueuse commencent à travailler ensemble, ils doivent apprendre à se connaître. Cette période est passée ? Vous vous connaissez maintenant parfaitement ?

Oui, c’était le but, pour moi, en décembre. Je voulais gagner la confiance de la joueuse. Le père était là, et c’était important. J’ai beaucoup parlé avec lui, il m’a donné beaucoup d’informations. Son préparateur physique aussi, qui travaille depuis deux ans avec elle. Pendant les deux ou trois premières semaines, beaucoup parler était vraiment le plus important. Pour savoir comment elle voit les choses, comment je dois la coacher. Chaque joueuse est différente. Tout s’est très bien passé, pendant ces cinq semaines de préparation.  Je suis très content.

Naomi Osaka est une joueuse célèbre, mais on a du mal à cerner sa personnalité. Parfois, elle semble timide ; mais c’est une lionne sur le court. Quelle est sa personnalité ?

Elle se sent très bien sur le terrain, sur les plus grands terrains. En dehors, oui, elle est un peu timide. Mais avec son équipe, elle est plus ouverte, elle parle beaucoup.  C'est amusant de travailler avec elle. On passe du bon temps ensemble.

Elle a déjà gagné beaucoup de choses, et connu beaucoup de choses. Mais elle est très jeune, et sa carrière est encore à construire. C’est intéressant pour vous aussi, sans doute…

Oui, elle est encore très jeune, mais elle a déjà gagné deux Grands Chelems. Elle veut apprendre, et devenir une meilleure joueuse. C’est mon job, d’améliorer son jeu, sa technique, son sens tactique.

On a l’impression que toutes les joueuses du monde sont irrégulières. Une joueuse peut gagner un Grand Chelem, et avoir des difficultés au premier tour du Grand Chelem suivant. Vous voulez aussi lui amener de la régularité ?

Oui. Et c’est pour cela qu’elle a décidé de jouer moins de tournois que l’année passée, et de se préparer le mieux possible pour les tournois qu’elle va jouer. Jusqu’à présent, elle n’a pas encore bien joué en Europe. Trouver un plan de jeu sur terre battue et sur gazon est un grand objectif. Selon moi, elle a le potentiel pour pouvoir gagner ces tournois européens. Mais il faut améliorer son plan de jeu.

Quand vous coachez différentes joueuses, vous avez affaire à différents caractères, mais aussi à différentes cultures. Naomi Osaka a la culture japonaise, la culture américaine, la culture haïtienne…

C’est très intéressant pour moi. C’est une autre manière de travailler. Pour Angelique Kerber, il était très difficile d’être favorite. Naomi, elle, elle veut être la favorite. Si je lui dis qu’elle joue contre une très bonne adversaire, qui semble plus favorite qu’elle, elle va me regarder et me répondre : "Wim, qu’est-ce que tu dis, je suis la meilleure joueuse". C’est une autre manière d’entraîner une joueuse, et il faut s’adapter.

Vous devez vous adapter aussi à la façon dont elle vous appelle. On a lu, sur les réseaux sociaux, qu’elle vous surnommait "Fissettey"...

Elle aime donner des surnoms. "Fissettey", ça change. Mais ça me va ; on prend plaisir à travailler ensemble.

Pour parler d’autre chose, Kim Clijsters qui reprend la compétition, cela a été une surprise pour vous aussi ?

Oui, ça a été une grande surprise. Je connais Kim, elle aime la compétition, et elle aime se fixer des objectifs. Donc j’avais pensé qu’elle tenterait peut-être un come-back il y a deux ou trois ans. Mais là, elle n’a plus joué depuis sept ans. Cela va être intéressant. Je n’ai pas vu Kim à l’entraînement, et je ne connais pas son niveau. Mais le tennis a changé, a évolué, il y a beaucoup de joueuses qui frappent très fort, qui ont un bon service, qui sont physiquement très fortes. Cela va être intéressant.

Déjà, lors de sa deuxième carrière, le plus grand danger, pour elle, c’était les blessures. Ce sera encore logiquement la même chose ?

Son physique, cela va être la plus grande interrogation. Comment va-t-elle gérer des matches à un très haut niveau, surtout sur les plus petits tournois, où l’on joue chaque jour. C’est toujours la même chose, on peut s’entraîner, se préparer pendant des mois, mais jouer un tournoi, jouer de longs matches, c’est autre chose. On ne peut pas vraiment se préparer à cela. Son retour est une bonne nouvelle pour le tennis belge. Mais on verra. Je ne sais pas ce qui est encore possible pour elle.

Ecoutez Wim Fissette...

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