Lewis Hamilton s'est mis au français... d'une manière assez originale

Lewis Hamilton. 35 ans, plus de 250 courses disputées en Formule 1, sextuple champion du monde de la discipline. Une référence, un pilote d'exception. Un privilège donc de l'accueillir pour un entretien exclusif.

Lewis, honnêtement, c'est toujours un privilège et un honneur pour nos téléspectateurs de passer quelques minutes avec le Champion du Monde, merci encore ! À cause du Covid-19, c'est impossible pour vous de passer autant de temps qu'auparavant à voyager, à vous occuper de musique, de mode... C'est un vrai challenge pour vous d'être confiné dans une "bulle" ?
"Oui, mais c'est un challenge pour tout le monde ! Moi, cela me donne plus de temps pour jouer de la musique. La différence, c'est que j'en joue à la maison maintenant. C'est bien, c'est une des nouvelles choses que j'ai pu apprendre. Ça, c'est pour le côté positif ! Mais évidemment, cette situation a causé beaucoup de mal à de nombreuses personnes, et j'espère que dans le futur, le positif l'emportera sur le négatif."

Vous êtes un leader. Un leader contre le racisme, pour plus de diversité... Pourquoi est-ce que cela vous tient autant à coeur ? Parce que vous avez vécu vous-même ces mauvaises expériences par le passé ?
"Enfant, j'ai toujours eu des problèmes à l'école. J'étais le dernier qu'on prenait dans son équipe, celui qui était le bouc émissaire des professeurs, celui qui était victime de racisme de la part des autres enfants essentiellement, mais souvent par des parents également, particulièrement quand j'ai commencé la compétition. J'ai été attaqué, attaqué physiquement, alors que je me promenais en rue et que je me mêlais de mes affaires. J'ai vécu des moments très difficiles quand j'étais enfant, et je devais gérer ça moi-même, à ma manière. J'ai remarqué que j'avais effacé énormément de tout ça, et je pense que beaucoup de gens à travers le monde font pareil, et effacent cela. J'ai donc le sentiment d'avoir cette responsabilité, avec la plateforme que j'ai en F1, avec cette plateforme que nous avons, de travailler pour faire bouger les choses. Je veux aider, c'est mon but."

Peut-on dire que vous voulez être plus qu'un Champion du Monde ? De laisser un héritage comme votre idole, Ayrton Senna ? D'essayer de faire bouger les choses ?
"Ce n'est pas une volonté de ma part, ce n'est pas quelque chose que je veux ! 
Dans la vie, on combat tous quelque chose. Mais au final, on essaie tous de trouver quel est notre but dans la vie. Gagner des titres mondiaux, pour moi, ce n'est pas assez important. C'est sensationnel, c'est une opportunité incroyable, c'est un très grand privilège d'être ici et de gagner, mais qu'est-ce que cela veut dire ? Que veulent dire les chiffres ? Rien, selon moi. Je suis là depuis si longtemps, cela fait 14 ans environ que je suis ici en F1, et les fondations sur lesquelles a été bâti ce sport n'ont pas changé depuis. C'est toujours un sport dominé par les hommes, je suis un des seuls pilotes de couleur. On peut sans doute compter sur les doigts d'une main les pilotes de couleur dans ce sport. Attention, je ne pense pas que tout le monde est raciste ici, c'est plutôt un manque de prise de conscience. Mais nous vivons une époque où nous devons tirer les leçons de ce qui se passe, et il y a déjà pas mal de choses qui ont bougé. Ici en Belgique, j'ai entendu parler des statues qui ont été enlevées, et le changement, la prise de conscience auxquels on assiste en Belgique est incroyable. C'est l'heure de changer, de grandir, d'accepter notre passé et de travailler ensemble à un meilleur avenir."

En plus de tout cela, je suis toujours très impressionné par la manière dont vous arrivez toujours à élever votre niveau, à en extraire toujours plus de vous-même pour rester la référence. À quel point est-ce difficile ?
"Mais je dois le faire ! Honnêtement, arriver en Formule 1, ce n'était pas facile. On en revient toujours à ces difficultés, à ces barrières, c'est plus difficile pour les minorités d'y arriver. Si vous demandez à quelqu'un de couleur ce que ses parents lui disaient petit, c'est qu'il faut travailler dix fois plus dur à l'école qu'un camarade qui est blanc. Et c'est pareil ici ! J'ai cette responsabilité. Je me dois de toujours tout donner. Je dois continuer à élever mon niveau."

Dernière chose : j'ai lu que pendant le confinement, vous aviez commencé à apprendre un peu le français.
"Oui c'est vrai, j'ai essayé, mais cela n'a pas duré très longtemps ! Je suis fou : j'ai voulu apprendre les leçons prévues pour une semaine en un jour. Une semaine en un jour ! Après six jours, j'avais suivi l'équivalent de six semaines de cours, mais c'était trop intense, j'en avais clairement fait trop ! Cela m'a ennuyé, et j'ai arrêté. J'espère ! Comment dit-on "J'espère" en français ?"

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