Jules Bianchi, cinq ans déjà...

Jules Bianchi et Gaëtan Vigneron
Jules Bianchi et Gaëtan Vigneron - © Belga Image / RTBF.be

En route donc pour le Japon et son fabuleux tracé de Suzuka. Peut-être le plus beau de la saison. Voir ces F1 dans les Esses du premier secteur avec tous les si rapides changements de direction, c’est juste ébouriffant. L’atmosphère à Suzuka est unique également.

Les fans, toujours polis et respectueux, sont passionnés et enthousiastes. Tôt le matin jusque tard le soir, ils sont là à profiter de chaque instant du week-end et à attendre de pouvoir obtenir un autographe ou une photo avec un des pilotes. Parfois même, ça m’est arrivé, ils viennent vers les commentateurs télé -nos cabines sont au sommet de la tribune principale - pour demander de signer leur programme. Le simple fait de faire partie du "Grand Cirque de la F1" suffit pour être considéré comme un visiteur particulier.

De nombreux Grand-Prix disputés à Suzuka restent dans ma mémoire. Si je devais en pointer un plus particulièrement, j’opterais peut-être pour l’édition folle de 2005 où Kimi Räikkönen s’était imposé dans le dernier tour, en passant Fisichella, alors qu’il s’était élancé 17ieme... Je me souviens hélas aussi du Grand-Prix 2014. C’était il y a 5 ans. Je commentais avec le pilote français Charles Pic. C’était le déluge. La Sauber d’Adrian Sutil venait de quitter la piste, entraînant les drapeaux jaunes. Quelques instants plus tard, la Marussia du jeune Jules Bianchi perdait toute adhérence et allait s’encastrer dans l’engin prévu pour dégager la voiture de Sutil. Un choc effroyable que les images du direct n’avaient quasi pas montré. Le drapeau rouge avait été brandi et les visages blêmes des mécanos de chez Marussia avaient fort accentué notre inquiétude. Charles Pic essayait de téléphoner à gauche et à droite pour avoir des précisions.

Après avoir rendu l’antenne, nous étions retournés dans le paddock. J’y avais croisé Adrian Sutil revenu des lieux de l’accident. Il ne disait rien mais son visage en disait tellement. Il était sur les lieux du drame, il avait vu le choc et ses conséquences. Il savait déjà que l’issue serait terrible. J’avais eu, off the record, accès à certaines images jamais diffusées. J’avais compris qu’on ne reverrait jamais Jules... Pauvres parents qui se sont accrochés à un fol espoir pendant plusieurs mois. Je me suis souvent demandé ce qui se serait passé si Jules Bianchi était toujours là. Aurait-il été le Charles Leclerc d’aujourd’hui... ? Il avait le talent, il était dans le giron Ferrari ...mais il n’est plus là... Je garderai toujours en tête les dernières images, mes dernières images de Jules... Outre le fait qu’on parlait la même langue et les interviews qu’on avait faites dans le paddock, j’avais eu l’occasion de faire un vol long courrier à ses côtés. On avait sympathisé.

Ce funeste dimanche là, il avait laissé sous-entendre qu’il était sur le point de s’engager avec Sauber pour la saison suivante. Je l’avais croisé sur le chemin de ma cabine avant la course.  Il pleuvait. Je lui avais dit que c’étaient des conditions pour lui. "Go for it Jules"... Il m’avait dit... "tu peux compter sur moi "..., s’était essuyé les bottines sur une sorte de paillasson à l’arrière de son stand et avait disparu non sans un dernier sourire... Ce sourire génial qu’il avait aussi quand un bon mois plus tôt, il avait fait une photo avec mes 2 filles qui l’attendaient à la sortie du paddock à Francorchamps. Je la regarde parfois encore cette photo... Trois jeunes d’une petite vingtaine d’années, riant à la vie et l’un des trois n’est plus là... Je pense à ses parents en me disant que c’est une épreuve dont on ne se remet jamais... Son rêve, disent-ils, c’était de piloter. Le nôtre désormais, c’est d’essayer qu’il ne soit pas oublié. Ils doivent savoir qu’on ne l’oublie pas...

On est 5 ans plus tard et les conditions météo risquent cette fois encore d’être bien mauvaises. Un gros typhon est annoncé sur cette partie du Japon pour le week-end. J’ai déjà vécu cela quelques fois à Suzuka. C’est impressionnant. Comme les secousses d’un tremblement de terre que nous avions ressenties une année en plein commentaires des essais. Cela ne sert à rien de se fâcher sur les choses, cela ne leur fait rien disait je ne sais plus qui. On verra donc ce qui va se passer. On se tient au courant.

Pour terminer sur une note plus positive, chaque Grand-Prix du Japon est l’occasion pour moi de retrouver mon ami Nori, devenu médecin à Osaka, et qui m’avait, dans les années 90, sorti d’un bien mauvais pétrin dans un train bloqué dans la Pampa japonaise suite à des soucis électriques. On a toujours gardé le contact. Ces aventures humaines, c’est aussi le Formula One Circus...

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