F1 : Hamilton – Verstappen, un duel controversé, prélude à un « classic »…

Quel premier GP… ! Et quel duel entre ces deux formidables pilotes que sont Lewis Hamilton et Max Verstappen. Le champion du monde s’est imposé mais le pilote Red Bull aurait pu l’emporter également. Cela s’est joué à si peu de choses. A ce fameux "turn 4’" qui a engendré pas mal de polémiques, avec à nouveau le débat sur le respect des limites de la piste.

En début de week-end la direction de course avait stipulé (dans le Race Director Event Notes) qu’il n’y aurait pas de monitoring particulier au sujet de ce virage 4. Mais après la première séance d’essais libres, vu les excès, la politique a radicalement changé : si une voiture met les roues au-delà du vibreur, le chrono est annulé. Règlement valable pour les essais et la qualification.

Pour la course, re changement de politique : pas de sanction par rapport aux chronos réalisés et donc seuil de tolérance. Le directeur de course, Michael Masi, avait néanmoins prévu deux personnes affectées spécifiquement à cette tâche pour contrôler d’éventuels abus.

En début de course, Hamilton n’a pas manqué d’utiliser cette largesse pour aller presque systématiquement au-delà des limites de la piste. L’ingénieur course de Verstappen en est d’ailleurs arrivé à conseiller à son pilote de faire de même. Trop c’est trop et la tour de contrôle fait passer le message à Mercedes, les avertissant qu’il faut stopper cela au risque d’être sanctionné. Hamilton se montre même étonné de ce changement de position des officiels. Une confusion évitable. Dès que l’on laisse une petite place à l’interprétation, on s’expose à des soucis.

Cela dit, et c’est là que se situe toute la subtilité, le dépassement que l’on croyait décisif de Verstappen, est un tout autre cas de figure. Le règlement sportif (article 27.3) est très clair : si un pilote sort des limites de la piste et dépasse un concurrent en s’octroyant un avantage déterminant (le cas ici), il doit rendre sa position. Verstappen n’a pas été traité différemment d’Hamilton, ce sont deux dossiers différents mais reconnaissons que la confusion aurait pu être évitée.

Mais il n’y a pas que cela qui a orienté l’issue finale, sans évoquer les petits soucis d’accélérateur et de différentiel du côté de la Red Bull. Les stratégies de pneus d’Hamilton et de Verstappen étaient opposées. Déjà dans le choix des gommes qui restaient à disposition pour le GP. Verstappen avait un train neuf de medium et un train neuf de durs. Hamilton deux trains neufs de durs. Une stratégie plus efficace quand on sait que le medium a cinq tours de moins de durée de vie.

Une stratégie de pneus différente qui a d’abord donné un duel à distance avant le combat rapproché. Mercedes a choisi de faire un premier arrêt anticipé, au 13e tour (passage de médiums en durs), privilégiant la position en piste et permettant à Hamilton de prendre la tête et de miser sur un " undercut ". Son autre arrêt s’est situé au 28e tour (passage de durs à durs).

Verstappen n’a pas répliqué au premier stop d’Hamilton, misant sur des pneus plus frais en fin de GP. Au 18e tour, il est repassé par les stands pour mettre des mediums puis au 39e tour pour mettre des durs. Se lançant alors à la poursuite de la Mercedes, 17 tours avant l’arrivée, avec des gommes plus fraîches de 10 tours, en étant à 8 secondes du champion du monde.

Bottas, du fait d’un pitstop prolongé, n’avait plus droit au chapitre et surtout n’était plus d’aucune aide pour son équipier.

Sinon, Verstappen aurait été face à un fameux dilemme : répondre tout de suite à l’arrêt d’Hamilton avec un avantage de pneus réduit ou rester en piste mais avec alors l’obligation de passer deux Mercedes en fin de parcours.

Je me demande si sur ce type de tracé, Red Bull n’aurait pas dû aussi privilégier la position en piste. Après, une fois le dépassement controversé effectué et la position rendue suite à l’injonction de la direction de course, c’en était fini. On prend une fois Hamilton mais pas deux. Et surtout les pneus de Verstappen, trop longtemps dans le sillage de son adversaire, ne lui permettaient plus de placer une nouvelle attaque.

Au bout du compte, on s’est bien amusé. Le duel annoncé a eu lieu et laisse présager de belles luttes à venir. Un prélude à un " classic ".

Il y a un an, Red Bull serait sorti ravi d’un tel scénario. Aujourd’hui les voilà déçus, la preuve de leur confiance et de la désormais certitude d’avoir une voiture qui pourra défier une Mercedes… qui reste une Mercedes, c’est-à-dire une top voiture d’un team champion du monde aux mains d’un compétiteur qui n’a rien d’un préretraité.

C’est la F1 tout entière qui sort gagnante.

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