Débriefing F1 : Bahrein, le jour d'après...

​​​​Bahrein, le jour d’après… Que d’émotions dimanche ici sur le circuit de Sakhir… On a quitté un paddock choqué mais soulagé. Oui on peut parler de miracle pour Romain Grosjean qui a passé la nuit à l’hôpital militaire de Manama où il a été transféré par hélicoptère et soigné pour des brûlures aux mains notamment. Mais pas de fractures constatées.

Quel crash… ! La Haas qui va s’encastrer dans le rail à plus de 220 k/h sans véritable décélération. Un choc de 53 G semble-t-il. Voiture coupée en deux et boule de feu. La voiture médicale qui suit le peloton lors du départ arrive la première sur place avec à son bord Alan Van der Merwe, ancien pilote de monoplace et le Docteur Ian Roberts, assistés de quelques valeureux commissaires de piste. A réfléchir peut-être, ils sont équipés de casques ouverts sans visière, pas l’idéal pour affronter les flammes.

S’ensuivent d’interminables secondes d’attente… Pour les secours sur place, la direction de course qui voit tout en live sans savoir où se trouve le pilote, pour nous commentateurs conscients de la gravité de la situation mais sans aucune précision et pour les pilotes dans leurs bolides demandant à leur ingénieur de les rassurer…sans succès.

28 interminables secondes puis Romain Grosjean apparaît, s’extrayant du brasier, perdant une chaussure dans l’aventure. On ne veut pas imaginer ce qui se serait passé si le pilote avait été inconscient, coincé dans les flammes… Le Docteur Roberts, assisté par les extincteurs des commissaires aide le français à sortir du feu. A réfléchir, l’équipement un peu dérisoire des commissaires face au feu. Grosjean est choqué, tremblotant mais vivant. Le docteur lui applique un gel sur les brûlures des mains, contrôle son casque à la visière opaque pour vérifier s’il n’a pas inhalé de fumée nocive. Puis c’est le processus logique, ambulance, centre médical, hôpital.

Un scénario de film catastrophe. Cette F1 coupée en deux, encastrée dans le rail brisé, en feu. Première fois que l’on revoit un tel brasier depuis Imola 1989. Certainement le plus terrible crash depuis celui de Jules Bianchi au GP du Japon 2014. On saluera l’intervention des occupants de la Medical Car. Dimanche dans le paddock, on les a retrouvés pour échanger quelques mots, sans cesse interrompus par Toto Wolff, Laurent Mekies, Christian Horner et d’autres, venus les remercier pour leur travail salutaire. Chaque seconde c’est vrai est cruciale dans ce genre de situation.

Ils nous ont dit que rien n’était dû au hasard, même s’il y a toujours une part instinctive. Mais tout est le fruit d’une minutieuse préparation, d’un entraînement rigoureux qui les voit répéter chaque matin au circuit toute une série de scénarios. Essayant de prévoir l’imprévisible. Leur checklist est longue. Modestement ils nous ont fait remarquer qu’ils n’étaient qu’un maillon d’une chaîne particulièrement bien huilée.

Oui les progrès de la F1 en matière de sécurité sont exemplaires. C’est une croisade sans fin de la FIA. Tout est visé : les circuits, les voitures, l’équipement des pilotes, les crash tests… Ici, la cellule de survie a parfaitement joué son rôle. Il s’agit d’un espèce de cocon en carbone réputé pour ses propriétés d’absorption des chocs et enveloppant totalement le pilote. Le Halo, lui, a sauvé Grosjean, lui évitant d’être décapité par le rail. Cette structure en titane introduite en 2018 protège la tête du pilote dans le cockpit, conçue pour résister à 125 KiloNewtons de forces verticales et latérales. On notera que la Halo n’a pas empêché Grosjean de s’extraire de sa monoplace disloquée.

La FIA va mener son enquête pour tirer les leçons de cet incroyable accident. Faudra réfléchir à la pénétration de la voiture dans le rail. Sans doute que l’angle de l’impact a joué un rôle. Au feu aussi. Le réservoir, situé dans le dos du pilote, est hyper solide. Il est clair que les 100 kilos d’essence n’ont pas brûlé, l’explosion aurait été bien plus grave encore. Il y a aussi tout l’équipement électrique, les connections complexes dont certaines ont sans doute été rompues.

Plusieurs collègues de Grosjean déploraient dans le paddock la diffusion des images du terrible crashPas facile pour eux qui devaient garder leur influx pour un GP encore à disputer. Cela souligne l’émotion qui les éreintait, la piqûre de rappel aussi qu’ils risquent leur vie en se glissant dans ces bolides. Petit bémol toutefois, ces images n’ont été diffusées qu’une fois la confirmation que Grosjean était sorti du brasier. A l’époque de Senna, on avait assisté en direct au massage cardiaque à même la piste, avec cette énorme flaque de sang qui me hante encore aujourd’hui.

Une chose est sûre, ces images nous ont ramenés dans les années 70. Je me souviens petit avoir assisté à la mort en direct de Roger Williamson, brûlé vif dans sa monoplace. Je me souviens notamment des Jochen Rindt, Joe Siffert, François Cevert qui n’ont pas eu la chance de Romain GrosjeanRomain qui prenait dimanche le 179ième GP de sa carrière. Ce serait top que l’on puisse le revoir au volant à Abu Dhabi dans 2 semaines pour un dernier tour de piste chargé de beaucoup d’émotions.

A propos d’émotions, je me suis encore rendu compte en direct qu’elle nous envahissait vite, partie prenante que nous sommes de cette famille F1 bien chanceuse dimanche de ne pas avoir perdu un de ses membres.

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