Bilan F1 2020 : La légende Hamilton, la cata Ferrari, surprises, déceptions et courses d'anthologie

Après un faux départ en Australie, la Formule 1 a réussi à confectionner un calendrier de 17 Grands Prix alors que le monde entier tournait au ralenti en raison de la pandémie de Covid-19.

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Et entre le coup d'envoi de la saison, le 5 juillet dernier en Autriche, et le coup de sifflet final, il y a une quinzaine de jours à Abu Dhabi, les Grands Prix spectaculaires se sont succédé à un rythme effréné : stratégie gagnante ou foireuse, drame, panique dans les stands, météo capricieuse, dépassement osé...

Et même si, comme le claironnent souvent les détracteurs de la F1, "c'est toujours Lewis Hamilton ou une Mercedes qui gagne", cette saison 2020 aura été tout sauf ennuyeuse et aura permis de découvrir de nouvelles têtes, de nouveaux circuits, tout en offrant deux heures de divertissement en direct le dimanche après-midi. Une petite "bulle d'oxygène" pour de nombreux téléspectateurs de la RTBF en cette période compliquée...

Les records de Lewis Hamilton, la domination de Mercedes

"It's hammer time" : les supporters de Lewis Hamilton s'en sont donné à cœur joie en 2020. LH a remporté onze de ses seize Grands Prix disputés cette saison (positif au Covid-19, il n'a pas pu participer au Grand Prix de Sakhir) et a complété sa collection de records. Le Britannique en est à présent à sept titres mondiaux, comme Michael Schumacher, et règne seul en maître sur le nombre de victoires (95), de pole positions (98) et de podiums (165), pour ne citer que ses records les plus marquants. Mais au-delà des chiffres, Lewis Hamilton a pris une nouvelle dimension en dehors de la piste.

"Cette saison, je l’ai trouvé différent, souligne Gaëtan Vigneron. Comme tout le monde, il a été ébranlé par le coronavirus. Je me rappelle qu’à Melbourne, lors de la traditionnelle conférence de presse qui précède le Grand Prix (on ne savait pas encore que tout allait être annulé), ses propos étaient assez interpellant : "je ne sais pas ce qu’on fout ici", "l’argent est roi"... Je l’avais trouvé assez engagé, mais en même temps, cela collait assez bien à son rang de sextuple Champion du Monde à l’époque. On a  pu s’en rendre compte plus tard au cours de la saison, notamment lors d’entretiens en face-à-face, ce ne sont pas des paroles en l’air, il voulait donner un sens à sa vie, ses courses, ses victoires... Il s’est engagé contre le racisme, et c’est assez hallucinant de se dire qu’il a réussi à entraîner Mercedes, un tout grand constructeur mondial, dans ses croisades ! Mercedes a transformé ses Flèches d’Argent en bagnoles noires, les combinaisons des pilotes en noir, et la F1 et les autres pilotes ont suivi (genou à terre avant les Grands Prix...). Je l’ai trouvé plus engagé à différents points de vue, il se questionnait sur son futur, sa vie personnelle... et il continue à mûrir, ce n’est plus du tout le "chien fou" qu’on a connu dans le temps."

Côté sportif, sa performance la plus remarquable est sans doute sa victoire au Grand Prix de Turquie, où il semblait incapable de revendiquer la victoire sur la patinoire d'Istanbul avant de remonter un à un ses adversaires et de remporter la course avec plus de trente secondes d’avance sur le deuxième, Sergio Perez (Racing Point), et de décrocher avec panache son septième titre mondial.

"Devenir Champion du Monde en jouant à l’épicier, il n’en avait pas envie. Il voulait devenir Champion du Monde avec la manière, et il l’a fait ! Beaucoup de pilotes étaient les premiers à reconnaître que là-bas, tout le monde n’aurait pas pu faire avec la meilleure voiture du plateau ce dont il a été capable. Je pense qu’avec cette Mercedes, beaucoup de pilotes du plateau gagneraient des Grands Prix, mais il n’y en a pas tellement qui gagneraient autant de courses que lui, et encore moins autant de titres ! Cette course-là illustre parfaitement qui il est. Il n’abandonne jamais, il remet tout en question, il essaie d’orienter les stratégies de l’équipe.... Il a été très impressionnant. C’est un travailleur incroyable : il remue tout, il questionne tout, il essaie de donner de nouvelles pistes de développement... C’est la marque de fabrique des plus grands, Ayrton Senna et Michael Schumacher faisaient la même chose."

L'image de l'année : Romain Grosjean et sa "boule de feu"

Tout a déjà été dit et écrit ou presque sur le crash de Romain Grosjean lors du Grand Prix de Bahreïn, et ses 28 secondes passées dans une Haas en feu.

Le Français a échappé de peu à la mort et a provoqué une véritable onde de choc dans le paddock, comme le détaille Gaëtan Vigneron, qui était présent à Sakhir au moment des faits.

"Dieu sait si Romain Grosjean n’est pas, ou n’était pas, le plus populaire dans le paddock, j’ai donc été frappé par le côté très "humain" de la F1 à ce moment-là. Quand on dit que c’est une grande famille, ce ne sont pas que des paroles en l’air. Tout le monde était vraiment touché, marqué, il y avait de la sensibilité, rien n’était "joué". Même son coéquipier Kevin Magnussen a dit "je ne savais pas que j’aimais autant Romain", c’est quelque chose !"

Nos coups de cœur : Pierre Gasly, Sergio Perez, George Russell

Désigner ses "coups de cœur" de la saison, c'est un exercice toujours très subjectif. Certains noms s'imposent pourtant, comme celui de Pierre Gasly, vainqueur d'un Grand Prix déjanté à Monza et auteur d'une saison irréprochable avec AlphaTauri, ou de Sergio Perez, brillant et régulier alors qu'il savait son avenir en F1 incertain. Le Mexicain a ponctué sa prestation par une victoire lors du Grand Prix de Sakhir alors qu'il s'était retrouvé bon dernier en début de course !

"Pierre Gasly et Sergio Perez, ce sont les deux nouveaux vainqueurs cette saison. Il y avait de l’émotion des deux côtés, c’était rafraîchissant... et mérité !, précise Gaëtan Vigneron. Pierre Gasly, il est passé par des galères invraisemblables, et ce gars a dû endurer des trucs incroyables. Il s’est accroché, il n’a renoncé à rien en restant très correct, alors qu’il aurait pu lâcher certaines bombes. Il ne l’a pas fait, tout en se défendant. Il a pris une étoffe incroyable, ce n’est plus le même pilote. C’est devenu un tout bon !"

"Sergio Perez, il a fait l’année de sa vie. Il termine à la quatrième place du Championnat du Monde en ayant loupé deux Grands Prix ! Il gagne à Sakhir, et il aurait pu monter sur le podium une ou deux fois de plus avec un peu de chance. C’est un mec au sommet de son art, il gère parfaitement ses pneumatiques, il est positif, facile à gérer… Si tu le prends dans ton équipe, tu es sûr qu’il va marquer des points et signer des podiums."

L'écurie Red Bull en semble également convaincue, puisque Christian Horner a choisi d'offrir un contrat à Sergio Perez pour épauler Max Verstappen en 2021, au grand dam d'Alex Albon.

Et puis, que dire de la prestation de George Russell lors de ce Grand Prix de Sakhir. Le jeune Britannique, qui remplaçait Lewis Hamilton, positif au Covid-19, dans la Mercedes après avoir été brillant durant toute la saison au volant de la modeste Williams, a survolé la course avant d'être privé de la victoire à cause de la boulette de l'équipe Mercedes dans les stands.

"Si vous saviez tout ce que j’ai entendu quand il a été préféré à Stoffel Vandoorne pour remplacer Lewis Hamilton à Sakhir... Mais il n’y a pas beaucoup de pilotes qui pourraient signer un 36/36 en qualification face à leurs coéquipiers, quels qu’ils soient (Robert Kubica en 2019, Nicholas Latifi en 2020). Cela n’arrive pas fréquemment. Il a aussi été champion en GP3 et en F2. A Sakhir, il se glisse dans la voiture pour la première fois et il est impeccable, en restant calme, serein. Et pourtant, il était super mal installé dans la Mercedes (il est six centimètres plus grand que Lewis Hamilton), il avait des bleus partout, il devait porter des chaussures trop petites, comme Bourvil dans La Grande Vadrouille, chapeau !"

Nos flops : Ferrari, Sebastian Vettel, Valtteri Bottas et Alex Albon

La plus grosse contre-performance de la saison 2020, elle est sans conteste à mettre à l'actif de Ferrari, l'équipe la plus titrée en Formule 1. Pas la moindre victoire pour la Scuderia, et une modeste sixième place au Championnat des Constructeurs.

"Ferrari dans cette position, c’est catastrophique !, martèle Gaëtan Vigneron. Je le dis souvent, nous sommes tous perdants dans ce cas de figure. Je suis neutre, mais cela me fait mal. J’aimerais voir Ferrari devant, j’aimerais voir Ferrari se battre avec Mercedes et Red Bull... Ils ne peuvent pas être complètement largués, hors des points... Ils ont de temps en temps fait illusion, mais ils finissent très loin. C’est inquiétant, même pour le futur. Il faut remettre de l’ordre dans la baraque, et aujourd’hui, je n’ai aucune garantie là-dessus pour le moment. Chez Ferrari, il y a des époques où on court dans tous les sens comme un coq sans tête. Rappelons que Michael Schumacher, en son temps, avait tout fait pour partir au début de son aventure chez Ferrari, et qu’il avait fallu du temps à Jean Todt et Ross Brawn pour mettre de l’ordre et de la discipline dans la Scuderia, avant que cela devienne une machine à gagner. J’espère pour eux qu’on va arriver à ça, mais c’est inquiétant !"

"Je pense que l’explication aux mauvaises performances de Sebastian Vettel, il faut la chercher avant même le début de la saison. On lui a appris par un coup de fil, alors qu’il n’y avait pas eu de réelles négociations, qu’il serait remplacé par Carlos Sainz en 2021. Il ne s’y attendait pas ! Il est assez sensible, et il a été détruit par Ferrari. En l’espace de quelques mois, il est passé de N.1 à "un des deux N.1", puis à N.2. Cela n’a pas été facile à vivre pour lui. La voiture était extrêmement compliquée à piloter, et puis, il y avait un extraordinaire pilote en face, Charles Leclerc. Lui n’avait rien à perdre. Il est très fort, malin, et sous ses airs de gentil petit Monégasque, c’est un tueur ! Ce sera d’ailleurs intéressant de le voir face à Carlos Sainz en 2021, parce que là, c’est l’Espagnol qui n’aura rien à perdre. Pour en revenir à Sebastian Vettel, il avait besoin d’une voiture qui convient à son style de pilotage, tout était ligué contre lui. Il devait aussi penser à son avenir, et les portes se refermaient les unes après les autres. Il devait vivre avec tout ça, avec le coronavirus, avec trois jeunes enfants, ses 33 ans... face à un jeune de 22-23 ans qui fonce tête baissée. Je suis curieux de voir si Sebastian Vettel va rebondir ou pas chez Aston Martin en 2021."

Valtteri Bottas a lui décroché deux victoires en 2020 et un nouveau "titre" de vice-Champion du Monde, mais il a été dominé par son coéquipier Lewis Hamilton. Et lorsque le septuple Champion du Monde a été contraint de déclarer forfait à Sakhir, il s'est fait "ridiculiser" par George Russell, qui ne débarquait pourtant pas chez Mercedes dans les meilleures conditions.

"Valtteri Bottas, avec la même voiture que Lewis Hamilton, s’est retrouvé complètement largué en 2020 si on ne regarde que le bilan chiffré. Je pense sincèrement que c’est un très bon pilote, il n’était d’ailleurs globalement pas loin de Lewis Hamilton en qualification. C’est vrai qu’il a parfois joué de malchance, mais en fin de saison, off the record, certains chez Mercedes m’ont dit qu’il était touché mentalement, qu’il accusait le coup, qu’il commençait à perdre ses nic nac. Et puis, arrive George Russell chez Mercedes à Sakhir... Là, on se dit qu’il doit prendre le dessus et montrer que c’est lui le maître... quand le vrai maître n’est pas là. Et c’est l’inverse qui se passe... OK, il n’a pas eu de chance, mais tout le monde parle du week-end de George Russell et pas du week-end de Valtteri Bottas. Il était de nouveau derrière, ou en tout cas pas devant comme il aurait dû l’être. Cela dit, Lewis Hamilton est très content d’avoir Valtteri Bottas à ses côtés, ils ont une certaine harmonie qui n’a jamais existé avec Nico Rosberg. George Russell associé à Lewis Hamilton chez Mercedes, ce serait génial, mais cela risquerait de faire des étincelles. L’an prochain, soit Valtteri Bottas élève carrément son niveau, soit il s’apprête à laisser sa place à George Russell en 2022."

Enfin, c'est devenu une habitude chez Red Bull, le N.2 n'a pas fait le poids face à Max Verstappen. Après des débuts très prometteurs en 2019, Alex Albon est passé sous le rouleau compresseur néerlandais en 2020. Il ne sera plus "que" pilote de réserve en 2021, puisque Sergio Perez sera titularisé aux côtés de Max Verstappen.

"Alex Albon, il n’est pas mauvais, comme n’était pas mauvais Pierre Gasly (son prédécesseur chez Red Bull), on en a eu la preuve cette année. Mais Max Verstappen, c’est une bête, un animal. C’est le N.1 chez Red Bull, tout est fait pour lui, c’est très difficile d’être son coéquipier. Mais Alex Albon était trop loin de Max Verstappen en qualification, et en course, il n’était d’aucune aide à Red Bull pour, par exemple, mettre la pression sur Mercedes via des choix stratégiques audacieux. C’était deux Mercedes contre une Red Bull, et si Red Bull veut lutter, ils ont besoin de deux voitures à l’avant."

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