Aventures en Malaisie avec notre chauffeur Steven... Schumacher !

Nous sommes en Malaisie qui accueille un GP depuis 1999. Sur le circuit de Sepang, proche de l’aéroport et à une petite heure de route de Kuala Lumpur où nous avions l’habitude de loger. Malheureusement ce GP a vu sa dernière édition en 2017.

Rejoindre le circuit en taxi était toujours une petite aventure et idem le soir lorsqu’il fallait retourner à l’hôtel.

La qualité des taximen locaux, de leur voiture est très fluctuante. Sans parler du trafic parfois terrifiant, d’un code de la route disons à géométrie variable et de conditions météo transformant parfois les routes en torrents peu recommandables.

En 2004, un an après l’épidémie du SRAS dont je me souviens très bien et qui n’avait finalement pas empêché la tenue du GP , nous avions trouvé tout à fait par hasard un taximan qui se débrouillait très bien.

Nous lui avions demandé de venir nous rechercher le soir. Vu notre satisfaction, nous lui avions proposé de continuer avec nous tout le week-end. Ce qu’il a accepté.

Il s’appelait Steven. Vu son style de conduite, nous l’avions surnommé Steven Schumacher. Il nous avait demandé nos noms.

Thierry Tassin, mon consultant à l’époque, avait répondu Thierry pour lui et... Bas Leinders pour moi. Ne me demandez pas pourquoi, il n’y avait aucune raison mais Steven a tout de suite adopté ce surnom et n’arrêtait pas (à voir avec le style dans la vidéo) de me poursuivre avec des Bas Leinders par-ci, Bas Leinders par-là...

Steven était très typique, un peu pile électrique, édenté, pas à un petit crachat près mais l’entente était parfaite.

L’année suivante, quelques jours avant de partir au GP de Malaisie, je l’ai appelé sur son portable. Il a décroché.

- Allo ?... Allo Steven... Steven Schumacher ? Et la réponse a fusé : Bas Leinders, Bas Leinders how are you ?

Nous l’avons donc retrouvé à Kuala Lumpur, reparti pour de nouvelles aventures.

Rebelote les années suivantes.

Une année, je suis allé au GP... avec le vrai Bas Leinders.

Peu avant d’atterrir, j’ai dit à Bas qu’il s’appellerait Thierry... et moi Bas Leinders. Vous auriez dû voir la tête de Bas qui se demandait si j’allais toujours bien.

Le temps de lui expliquer et nous avons retrouvé Steven Schumacher.

Que de quiproquos lorsque Steven s’adressait à "Bas Leinders" et que c’est moi qui répondait et le vrai Bas réduit au silence. Un sketch.

D’autres années, je ne suis pas parvenu à le joindre sur son portable.

Sentiments mélangés... lui est-il arrivé quelque chose...? A-t-il arrêté d’être taximan...? Mais à chaque fois, sur place même à Kuala Lumpur, Steven nous a retrouvés.

Il faisait le tour de tous les hôtels où nous avions déjà séjourné et de mon côté je laissais toujours un message à la réception disant qu’un certain Steven allait sans doute me contacter.

Cela a toujours fonctionné. On s’est toujours retrouvé.

Je lui amenais un petit souvenir de Belgique et lui me remettait une petite attention au moment de repartir, pour moi "Bas Leinders" et pour ma compagne (il demandait toujours des nouvelles de ma famille) qu’il avait décidé d’appeler "Miss Belgium" .

C’est un des aspects fascinants de ce métier de journaliste globe-trotter, ce sont les aventures humaines qui jalonnent toutes ces saisons de GP.

Steven avait plus ou moins mon âge (sans prétention, il en paraissait 15 de plus), il était d’une autre culture, d’une autre religion, on ne parlait que en anglais, sauf quand avec beaucoup de fierté il nous disait au moment d’arriver au circuit "Voilà on y est !

Tout nous distinguait et pourtant on était devenu copains. Je lui laissais parfois mes valises dans son taxi, en totale confiance.

Une des dernières années, en arrivant à Kuala Lumpur, Steven était là bien sûr mais à peine dans le taxi, il m’a regardé et m’a dit : "Je sais que tu ne t’appelles pas Bas Leinders... ".

Un peu interloqué, j’ai maintenu ma position.

Il m’a alors raconté qu’il avait embarqué quelques semaines plus tôt un médecin belge. Quand il lui a dit qu’il venait de Belgique, Steven, fièrement, lui a dit qu’il connaissait très bien celui qui commentait les GP de F1 pour la télévision belge.

C’était Bas Leinders.

Le médecin belge lui disant non, non, c’est Vigneron.

A l’époque d’internet désormais, il ne lui fut guère difficile de prouver qu’il avait raison.

J’ai regardé Steven, lui ai dit qu’il m’appelait Bas Leinders depuis le premier jour, que cela faisait des années, que c’était plus facile à prononcer pour lui que Gaëtan, que cela ne changeait rien à nos relations.

Il m’a regardé à son tour...puis m’a dit (authentique dans le texte)...”Bon, Bas Leinders, on y va !

Et il a donc continué à m’appeler ainsi et moi Steven Schumacher.

En 2018, le GP de Malaisie a disparu du calendrier.

Je vous avoue que je pense parfois à lui, me demandant ce qu’il devient, si je le reverrai un jour ou plus jamais...

Sacré Steven Schumacher...