« Adieu Niki que l'on pensait invincible »

Il y a de ces réveils parfois que l'on aimerait ne pas connaître. Niki Lauda nous a donc quittés, lui que l'on pensait tout simplement invincible.

Lui qui restera éternellement lié à cet effroyable crash au Nürburgring en 1976 dont il était finalement sorti vivant après avoir été prisonnier des flammes pendant 50 secondes et inhalé tant de gaz toxiques.

Après avoir reçu l'extrême onction, il s'était battu pour survivre puis pour revenir...6 semaines plus tard à Monza...diminué, marqué au visage par les stigmates de cet accident mais vivant...

Le remarquable film « Rush » retrace son incroyable duel avec James Hunt pour le titre mondial cette année-là et son renoncement dans le déluge à Suzuka lors du dernier Grand-Prix où il s'était arrêté, conscient qu'il donnait le titre à son rival anglais.

Trois fois champion du monde, avec Ferrari et Mc Laren, avec une mini retraite et un come back au milieu de tout cela, l'autrichien était une légende du paddock. Un grand professionnel, méthodique, travailleur, metteur au point. Une inspiration pour tant d'autres pilotes et un symbole de courage et de détermination. Un amoureux de la course et de la Formule 1.

Après avoir fondé sa compagnie aérienne parce qu'il était aussi attiré par le monde des affaires, il était revenu dans le milieu comme consultant TV, remplissant également des rôles de management chez Ferrari et Jaguar.

Depuis 2012, il était Non Exécutive Chairman dans l'écurie Mercedes où il formait un duo...hors pair avec son compatriote Toto Wolff. Un racer qui avait le respect et l'écoute de ses pilotes.

Lewis Hamilton m'a dit un jour que Lauda n'était pas pour rien dans son passage chez Mercedes et dans l'accumulation de succès qu'il y connaît. J'ai souvent eu l'occasion de discuter avec lui. Il était toujours disponible, incroyablement direct, inconditionnel de la compétition.

Je le vois encore, alors que l'on évoquait les incidents de course sous investigation des commissaires, me lancer un fameux « Let them race ! ». Laissez les pilotes se battre en piste, la F1, ce sont les gladiateurs des temps modernes. 

Ou me confier que le respect entre pilotes était plus important autrefois parce qu'à l'époque, il y avait ce risque omniprésent de tuer l'autre en cas d'accident.

Je n'oublierai pas ces moments de discussions, parfois brefs, mais toujours intéressants, teintés de sincérité et d'humour. Un héros d'enfance qu'on avait ainsi la chance d'avoir en face de soi...

Je me souviens aussi de cette soirée dans le paddock où il m'avait raconté la difficulté de devenir champion du monde, tous les éléments qu'il fallait parvenir à réunir. Le premier titre est toujours le plus difficile à obtenir m'avait-il confié. Après, la tâche est un peu moins ardue...

Et puis un jour on avait eu cette nouvelle d'une transplantation de poumons après s'être senti affaibli en vacances à Ibiza. S'en étaient suivies de nombreuses semaines de convalescence puis un message sur les réseaux sociaux dont il n'était pas un grand fan.

On s'était dit qu'on allait revoir sa silhouette et sa légendaire casquette rouge dans le paddock. Début 2019, il etait repassé par la case hôpital suite à une infection. Depuis, les nouvelles étaient plus rares et les commentaires plus réservés.

Mais on ne se doutait pas que Niki allait ainsi nous réveiller de si triste manière un mardi du mois de mai pour un adieu définitif. Il s'était vu mourir une première fois en 1976...il avait survécu...La mort avait perdu sa première bataille.

Cette fois, le combat s'est achevé. La victoire a changé de camp... 43 ans plus tard. La Formule 1 a perdu un de ses héros.

Salut Niki...

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