Gérard Neveu : "La présence d'Alonso va booster l'endurance"

Gérard Neveu : "La présence d'Alonso va booster l'endurance"
Gérard Neveu : "La présence d'Alonso va booster l'endurance" - © ANDREJ ISAKOVIC - AFP

Après les départs d'Audi et de Porsche, l'avenir du championnat du monde d'endurance (le WEC) a été remis en question. Avec un seul constructeur, Toyota, engagé en LMP1 (la catégorie reine), les promoteurs du WEC ont du réagir afin de trouver des solutions pour assurer la pérennité du championnat.

A l'aube de cette ère nouvelle, l'Endurance semble avoir encore de beaux jours devant elle avec des bolides de plus en plus performants, l'apport de 5 constructeurs en GT, ainsi que la présence massive de pilotes de renom dont Fernando Alonso, l'Espagnol toujours actif en Formule Un. Rencontre avec Gérard Neveu, le Directeur Général du WEC, ravi d'être à Spa pour lancer la nouvelle Super Saison 2018-2019.

Gérard Neveu, le Mondial d'Endurance est à la croisée des chemins avec cette Super Saison. Une nouvelle formule du championnat qui démarre pour la première fois à Francorchamps avec les 6 heures de Spa ? 

Gérard Neveu : "C'est en effet l'épreuve qui va ouvrir la Super Saison. C'est donc la première fois que nous allons retrouver les pilotes du crû 2018-2019 ensemble sur la piste. C'est une épreuve unique car Spa a son histoire. Spa a aussi un caractère inimitable. D'abord parce que son tracé est incomparable. Le raidillon se trouve à Spa et nulle part ailleurs. Tous les pilotes le disent, c'est une expérience à elle seule. Ensuite, nous avons eu la chance de rencontrer depuis plusieurs années un public véritablement passionné à Francorchamps. Ce sont de vrais fans qui chaque année reviennent un peu plus nombreux. Il y a ici un véritable enthousiasme autour du sport-endurance, des prototypes et des GT. J'ajoute que c'est une épreuve capitale mais aussi une course-référence dans la saison. Quand vous gagnez Spa, vous êtes un candidat sérieux à la victoire au Mans. C'est donc un rendez-vous incontournable dans la saison, qui plus est 2 fois cette année puisque dans le cadre de la Super Saison, c'est la seule épreuve avec Le Mans qui se déroulera à deux reprises".

Parlons de cette Super Saison d'endurance. Elle sera étalée sur 14 mois, de mai 2018 à juin 2019 avec 2 fois les 6H de Spa et 2 fois les 24H du Mans. Pourquoi ce changement ? 

"Il faut d'abord préciser que cela n'arrivera qu'une seule fois. La raison est simple. C'était juste pour inverser le calendrier afin d'installer les 24H du Mans à la fin de la saison. Donc, 2018-2019 à cheval avec 2 fois ces deux épreuves mythiques. Cela dit, à partir de septembre 2019, nous partirons sur des saison régulières. Des saison qui démarreront donc en septembre pour se terminer systématiquement en juin aux 24H du Mans et qui passeront forcément par Spa, au mois de mai, chaque année".

Un mot sur le plateau proposé pour cette édition 2018-2019 ?

"C'est un plateau tout simplement incroyable. Il y aura 37 voitures sur la grille de départ de ces 6H de Spa, ce qui n'est encore jamais arrivé avec autant de prototypes que de GTE. On attend des bagarres à tous les étages avec en LMP1 (la catégorie reine) l'ogre Toyota, le seul constructeur officiel, et son système hybride contre les équipages privés qui seront des clients à prendre très au sérieux. Rebellion avec Oreca ; BR avec Dallara et le Team ART ; Manor avec Ginetta sans oublier ByKolles. Bref, ce sont des équipages privés qui viennent tous pour contester la victoire de Toyota ou du moins mettre le constructeur japonais dans l'incertitude avant le Mans. En LMP2, nous aurons pour la première fois les 3 chassis représentés : Dallara, Oreca et Ligier. Enfin, en GTE, ce sera un autre championnat du monde avec 5 constructeurs : Ferrari, le tenant du titre ; Porsche ; Aston Martin ; Ford et BMW. Un plateau de rêve !...".

Seul bémol, mais il est de taille, c'est le retrait de Porsche, un an après celui d'Audi. Toyota semble désormais bien isolé en LMP1. Un nouveau coup dur pour l'endurance ? 

"Ecoutez, si nous n'avions pas eu le dieselgate, on se porterait mieux, ça c'est sûr. Mais c'est comme ça. Le retrait de ces constructeurs est embêtant. C'est vrai mais en même temps, cela nous a poussé à modifier un règlement et modifier une situation qui aurait peut-être été fatale à un moment donné. Dans la vie, il y a des hauts et des bas. L'an dernier, on a connu un bas avec l'annonce du retrait de Porsche. Nombreux sont ceux qui avaient prédit la fin de l'endurance mais ce n'est pas du tout la fin. Au contraire, c'est plutôt une renaissance absolue avec plus de voitures et plus de bons pilotes. J'ajouterai que la fin de l'hégémonie des constructeurs allemands va peut-être permettre à d'autres de venir éclore leur talent. C'est une véritable ouverture et même une bouffée d'oxygène. L'endurance en sports moteurs existe depuis 100 ans et je suis convaincu que l'endurance sera encore là dans 100 ans parce que c'est une discipline à part entière. C'est une façon de vivre le sport automobile autrement".

Quid des pilotes engagés dans ce championnat ? 

"Le line-up de pilotes est assez exceptionnel. On songe évidemment à Fernando Alonso. C'est comme si en football, on avait Ronaldo, Messi ou Neymar. Mais Alonso n'est pas le seul car il a autour de lui une équipe exceptionnelle et ce sera sur cas sur la grille ce samedi avec pas mal d'anciens pilotes de F1 comme Buemi, Fisichella, Bruno Senna, Maldonado ou Petrov sans oublier Jenson Button, absent à Spa mais que l'on devrait retrouver aux 24H du Mans. Il y aura aussi Maxime Martin, qui roulera à domicile sur un circuit qu'il affectionne particulièrement, au volant d'une Aston Martin qui visera la victoire en GTE. Et puis, n'oublions pas André Lotterer, triple vainqueur des 24H du Mans, Neel Jani, ou encore José Maria Lopez (Pechito) triple champion du monde en WTCC. Ce sont des pilotes qui font partie du gotha mondial. Ils seront à Francorchamps pour la gagne car ils veulent tous accrocher les 6H de Spa à leur palmarès".

A propos de Fernando Alonso, il va découvrir l'endurance avec l'ambition de gagner Spa et Le Mans ?

"Tout à fait. Cela prouve que c'est un sacré pilote. Il est toujours en course en F1 et il va donc faire deux championnats du monde en parallèle pour le plaisir de piloter et de remporter des victoires. Il a donc toujours faim de victoires. C'est un compétiteur incroyable. Un fighter exceptionnel. Il va assurer le spectacle tout en visant la performance. Pour nous, c'est aussi la garantie d'un véritable enthousiasme dans le paddock. D'ailleurs, les essais hivernaux réalisés avec Toyota vont dans ce sens. Les autres teams sont ravis et ses partenaires apprécient sa présence à leurs côtés. Fernando Alonso est comme un gosse qui découvre un nouveau jouet. Il se fait plaisir et cherche toujours à être le meilleur. Sa présence va booster la compétition".

Précisément, Alonso passe d'une F1 à une LMP1. On peut comparer les performances ? 

"On sait très bien que les prototypes sont des voitures qui vont très, très vite avec plus de 300 km/h en ligne droite. Des voitures très puissantes avec près de 1.000 chevaux. Soit une puissance phénoménale. Ce sont aussi des voitures très délicates à conduire car il faut gérer la récupération d'énergie pour les  hybrides. Le spectacle sera en tout cas grandiose sur la piste vu que ce sont des voitures plus volumineuses que les F1 et quand ces protos passent à plus de 300 km/h, croyez-moi ça déménage. C'est un sentiment unique. Ensuite, ces voitures d'endurance, elles font du bruit et beaucoup de bruit. Ce n'est peut-être pas politiquent correct de dire ça mais j'aime le sport automobile pour l'émotion qu'il procure et le bruit en fait partie. Et c'est un bruit merveilleux !...".

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