Ferrari F40 : j'ai essayé la légende !

Ça y est, elle est là ! J’ai du mal à réaliser. Je l’ai tellement caressée du regard lorsque j’étais ado ! Elle est là, statique, magnifique dans ce grand hall de l’aérodrome de Namur-Temploux. J’ai l’impression qu’elle transpire. Son histoire. Qu’elle me parle. Qu’elle me raconte les 40 premières années du constructeur dont elle symbolise l’anniversaire. Sortie en 1987. Elle me confie aussi qu’elle est la dernière Ferrari de série qu’Enzo a vue avant de s’en aller rejoindre ses héros tout là-haut, un an plus tard. Elle en est fière ! Elle se considère comme le testament roulant du Commendatore.

Je suis ému

Ça ne m’était jamais arrivé devant une voiture d’essai. Mais celle-ci est encore plus vraie que la réplique que j’exposais fièrement dans ma chambre ! Un sentiment bizarre. Celui de bientôt piloter ce qui n’était jamais qu’une miniature, une voiture de collection, pour moi. Un objet bestial V8 bi turbo inaccessible. Sa cote commence à 900.000€ et dépasse souvent le million d’euros. Entre 1 million et 1,5 millions pour un des 400 premiers exemplaires selon plusieurs critères très précis : historique parfait, première peinture, non accidentée, non brûlée (je comprends mieux l’énorme extincteur devant le siège passager et la manette rouge à actionner en cas d’incendie !), réservoir remplacé tous les 10 ans, certificat Ferrari Classique, non catalysée, suspension fixe).

D’abord, elle te fait peur !

Elle est légère (1100kgs), puissante (478cv), sans aucune assistance électronique (pas d’ABS, d’antipatinage,…) et son couple maxi (577Nm) débarque brutalement sur les seules roues arrière à partir de 4000 tours/min. L’effet turbo à l’ancienne. Le genre de supercar qui, lorsque tu la démarres, t’inspire naturellement le respect ! Je ne fais pas le malin. J’ai envie d’en profiter, mais je n’ai pas envie qu’elle me domine. Alors, je décide de l’apprivoiser !

L’embrayage est dur. La pédale de frein aussi. Celle d’accélérateur est très réactive. Je glisse fermement la première vitesse en bas à gauche. Comme sur les anciennes bêtes de course ! Grille en H métallique. Je relâche l’embrayage et j’y vais piano. Pas de direction assistée. Chauffer les pneus, chauffer les freins, température d’eau et d’huile ok, je vais pouvoir accélérer. Je suis au volant d’une des voitures les plus légendaire de l’histoire automobile. Je n’arrive pas à y croire. Et mon pied droit va devenir lourd !

Une puissance et un châssis phénoménaux !

Me voici face à la plus grande ligne droite de l’aérodrome. J’y vais ? Directement à fond ou….? Pas vraiment ! Il y a bien trop de couple annoncé qui risque de débarquer brutalement sur les roues seules roues arrière. Si une Ferrari F40 se pilotait comme la tondeuse rouge de mon voisin, ça se saurait ! J’accélère donc progressivement, le moteur prend gentiment ses tours comme une Clio (j’exagère un peu, mais juste un peu !) avant littéralement de me catapulter dès 4000 tours/min ! Quelle violence !!!! C’est carrément bestial. Plus la vitesse augmente, plus elle semble s’enfoncer dans le sol grâce à son énorme aileron et son fond plat notamment. Mes yeux se fixent sur le prochain point de freinage. Mon corps est scotché dans le baquet. Ça gueule comme dans une auto de course ! Le sol est sec. "Pédale contre le métal, cette fois j’y vais !" J’ai l’impression de piloter une F1 des années 1980. Je me surprends à rire. Rire de plaisir en entendant l’essence non brûlée exploser dans l’échappement à la décélération. Allez, on reste concentré ! Cette F40 n’autorise aucun relâchement. Le châssis est prévenant mais exigeant ! Un tubulaire associé aux doubles triangles et combiné amortisseurs-ressorts très proches de l’axe de roue, il est le fruit de 40 ans d’expérience de la Scuderia Ferrari en sport automobile ! Elle est terrrriiiiiiiiiiiible cette F40. Elle rugit, elle crache des flammes, elle vire à la moindre injonction, elle motrice étonnement… il lui manque juste un freinage un peu plus mordant et une boîte de vitesse plus rapide et moins sensible. J’ai adoré. Je dois la rentrer.

Privilège

Lorsque je coupe le contact, que le V8 s’éteint et que le silence revient, je savoure le privilège que je viens de vivre. Si c’était la mienne, je ne suis pas sûr que je le savourerais de la même façon. Le véritable luxe, c’est de ne jamais s’habituer ! Jamais une voiture de série ne m’avait procuré un sentiment aussi grisant ! Bien sûr, ce n’est pas avec elle que je signerai le meilleur chrono sur route ou sur circuit, elle est trop exclusive pour ça ! C’est une F40. Point à la ligne ! Un modèle unique dans l’histoire. Jamais on n’avait osé, jamais plus on a osé fabriquer une telle voiture d’ingénieurs homologuée pour la route ! Avec de telles performances et sans assistances électroniques, c’est devenu inconcevable ! C’est la seule, l’unique, et je l’ai conduite. C’était mon dernier essai "auto" pour le magazine Auto Mobile. Il restera gravé !

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