Eric de Seynes (Président Yamaha Motor Europe) sur la mobilité: " On a des vraies solutions. Ecoutons-les ! "

Dans une interview exclusive que nous avons réalisée à Milan, à l’occasion du plus grand salon de la moto au monde, le président de l’un des plus grands groupes européens, Yamaha Motor Europe, Eric de Seynes, s’est offusqué des récentes mesures prises à Paris à l’encontre des deux roues motorisés ainsi que des éventuelles mesures à Bruxelles ! Il a tenu à préciser que la norme Euro 5 attribuée à une moto n’est pas équivalente à celle attribuée à une automobile et il s’en est expliqué !

"L’automobile a été la première industrie à considérer qu’il fallait normer les émissions, les consommations. Dans la moto, c’est arrivé beaucoup plus tard parce que la moto était tellement vertueuse par rapport à l’automobile qu’il n’y avait pas ce besoin de mesurer ! Après, on s’est dit qu’il fallait le faire aussi pour la moto. On a démarré avec (une norme) Euro 1 dans la moto qui correspondait déjà à (une norme) Euro 3 dans l’automobile. Ça ne veut pas dire qu’on est des arriérés ! On a simplement accroché le wagon plus tard ! "

Le président de Yamaha Motor Europe nous a aussi précisé qu’on "arrive à obtenir aujourd’hui des engins de mobilité urbaine où on est à 2,2 litres de consommation pour 100 kilomètres. Il n’y a pas beaucoup d’automobiles qui arrivent à obtenir ça ! En termes de grammes de CO2, on estime qu’on est aux alentours de 30-40 gr."

 

« On a un handicap par rapport à l’automobile, c’est l’exigence de compacité, de légèreté ! »

" Quand l’ABS est arrivé sur les voitures, c’était une boîte à chaussure de 4 kilos. Sur une moto, on ne case pas une boîte pareille ! Et donc, il a fallu oser attendre que ça se miniaturise, se démocratise… et un jour l’ABS est arrivé à la moto. Et maintenant, il est généralisé ! C’est pour ça que vouloir éradiquer et vouloir passer tout le monde sous la même toise, est une grande ignorance ! "

Interdire en ville toutes les motos qui ne sont pas Euro 4 est un non-sens scientifique et politique pour Eric de Seynes !

"Une moto, c’est 4x moins de place sur la route !"

Le président de Yamaha Motor Europe nous a aussi rappelé que beaucoup d’efforts ont été faits par le secteur moto ces dernières années pour les homologations européennes. Malgré cela, il déplore que "la tentation du monde politique est de vivre dans un monde idéal sans penser à la réalité", en faisant écho au portefeuille du client et à la réalité d’utilisation du produit. Car une moto prend 4x moins de place sur la route et sur les parkings. Son temps de déplacement est plus court car elle est moins pénalisée par les bouchons. Son moteur est généralement plus petit et plus vertueux. C’est, selon lui, un mode déplacement thermique qui présente "plus de vertus que (ce que) les politiques ont du mal à entendre !"

Le secteur de la moto est passé à la norme Euro 4 il y a 2 ans. De nombreux modèles présentés à Milan sont déjà Euro 5, alors que cette norme ne sera obligatoire que dans 15 mois.

"Donc les politiques ont la tentation d’éradiquer le parc avant Euro4, càd le parc réel, actif, et d’ignorer 80% de la mobilité réelle, du besoin de mobilité réel des gens. En France, la Mairie de Paris est partie dans cette voie et très vite, ils ont été obligés d’assouplir en autorisant la possibilité de rouler le soir, les week-ends, et ils se retrouvent maintenant sur un espace de "no man’s land" pas très confortable ! Soyons raisonnables pour que le client ne soit pas l’otage des réglementations ! "

Moto = accès le plus économique à la mobilité

"Une société qui ne sait plus se mouvoir est une société qui se révolte. On l’a vu avec les gilets jaunes, rappelle Monsieur de Seynes. La première liberté individuelle est celle de se déplacer ! Plus on pourra avoir des véhicules récents, mieux ce sera ! Mais nous sommes la seule industrie au niveau européen qui n’a jamais bénéficié de primes à l’immatriculation pour aider les clients à renouveler le parc ! L’automobile a déjà eu des primes à la casse. Il n’y en a jamais eu dans la moto, et on voudrait que ce soit le client qui l’assume… je ne suis pas d’accord, s’exclame-t-il avec fermeté ! "

" Dans une métropole européenne, le transport représente moins de 10% de la pollution atmosphérique réelle ! On est beaucoup plus dépendant des chauffages individuels, des sites industriels, et de l’agriculture et des épandages. Quand il y a des pics de pollution à Paris, je suis prêt à parier avec n’importe qui, qu’il y a un vent d’Est et le vent d’Est vous ramène les vents des centrales de la Ruhr qui fonctionnent encore au charbon, et au printemps ce sont les épandages agricoles en Seine-et-Marne qui ramènent des mauvaises particules sur la région parisienne ! Et vous pouvez regarder, à chaque fois que la Mairie décide de faire une circulation alternée, c’est la veille d’une bascule de vent !! "

Dès lors, à ses yeux, les tentatives d’interdiction de certaines motos en ville, "c’est que politique, et il y a beaucoup de manipulations derrière tout ça, et ça m’agace ! "

" On a des vraies solutions. Écoutons-les ! "

" Aujourd’hui, ce n’est pas sérieux… de promettre aux gens qu’ils pourront se déplacer avec leur (véhicule) électrique avec le même usage que celui qu’ils font avec le moteur à combustion ! "

Eric de Seynes défend également ses usines françaises et italiennes de fabrication de petits moteurs thermiques "vertueux": "Pourquoi faudrait-il tuer les producteurs (français et italiens) de moteurs vertueux ? Pour de l’électrique où il y a un seul producteur au monde, qui est quasiment en Chine, qui est subventionné par le gouvernement chinois ? Et le Parlement européen voudrait promouvoir l’apport de cette technologie ? Soyons raisonnables ! Aujourd’hui, le moteur thermique a sa place à jouer, le moteur hybride également et le moteur électrique aussi… pour la mobilité de proximité ! "

Eric de Seynes ne rejette donc pas la solution du moteur électrique, il la nuance : "il faut l’utiliser pour ce pour quoi il est fait ! Nous avons présenté au salon de Tokyo deux nouveaux scooters (électriques) que nous allons mettre en production dans les 2-3 ans qui viennent… parce qu’on arrive aujourd’hui à un (bon) compromis de capacité batterie/temps de recharge. On pourra proposer un " super-charger " qui recharge votre batterie en 20 minutes avec une autonomie de 100 kilomètres. Donc, là il nous semble qu’on commence à atteindre quelque chose de raisonnable dans l’usage ! "

Le patron de Yamaha Motor Europe ne voit de sens à la mobilité électrique que pour les courts trajets urbains. Il croit beaucoup également au scooter hybride "qui bascule en électrique en arrivant en ville." Un poids de 240-250kgs est devenu possible aujourd’hui avec des solutions hybrides devenues plus légères. Eric de Seynes défend donc avec conviction et intérêt les 2 roues et les 3 roues légers pour désengorger et dépolluer la mobilité dans les villes. Il nous a aussi confirmé que les différents acteurs (constructeurs, clients, politiques) de la mobilité sont perdus et ne savent pas avec certitude ce que sera le moteur idéal de demain. Peut-être parce qu’il n’y en aura pas qu’un seul…

 

 

 

 

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