Le jour où Ickx a perdu le Dakar à pile ou face

La Peugeot de Ickx en 1989
La Peugeot de Ickx en 1989 - © Belga

Samedi 7 janvier 1989. Peugeot écrase le Dakar avec ses deux pilotes, Ari Vatanen et Jacky Ickx. Afin de ne pas tout perdre et d'assurer une victoire à la marque française, Jean Todt, Directeur de Peugeot Talbot Sport, décide de tirer au sort le futur vainqueur du Dakar...

La course aura été à couteaux tirés à chaque étape, et ce, dès les premiers mètres de la course, comme en témoigne le tonneau réalisé bien involontairement par Ari Vatanen, seulement 300 mètres après le départ du prologue, à Barcelone. Tonneau sans conséquence pour la voiture mais ce fait de course marque bien l'état compétitif des deux pilotes.

Ickx prend la tête du rallye dès la première spéciale et fait la course devant. Vatanen ne ménage pas ses efforts - et sa voiture - pour revenir petit à petit sur Jacky Ickx, qui après les premiers jours a creusé l'écart sur Vatanen et gère son avance en préservant son véhicule.

L'étape qui mène les pilotes de Niamey à Gao est simplement surréaliste. Les deux pilotes Peugeot jouent un mano à mano plus que limite. Vatanen est le plus fougueux. Il veut reprendre son retard et prend des risques inconsidérés. Auteur de nombreux têtes à queue, de plusieurs tonneaux, Vatanen est sauvé par des motards qui l'aident redresser sa voiture.
Il ramène sa Peugeot en piteux état à l'arrivée. Jean Todt demande des explications et Vatanen avance qu'il est passé sous arbre pour justifier son toit défoncé et son pare brise explosé.
Il faudra l’honnête d'un des motards ayant aidé Vatanen pour que Todt apprenne la vérité.

"On est allé trop fort, j'ai failli faire un tonneau par l'avant" avoue de son côté Ickx à Todt. "La voiture a dû souffrir. Depuis quatre jours c'est dur, très dur."

Devant cette bagarre, Jean Todt prend la décision de lui-même désigner qui gagnera le Dakar. Reste à choisir! D'un côté, Ari Vatanen, le pilote maison, qui a déjà gagné plusieurs courses avec la marque française. De l'autre, Jacky Ickx, dont c'est la première course avec Peugeot, et qui a géré sa course en bon père de famille.

Ne pouvant pas choisir, Jean Todt place tout d'un coup ses mains dans ses poches et se rend compte qu'il a une pièce de 10 francs français. Il propose alors de simplement jouer la victoire au hasard, à pile ou face.

La pièce tourne dans les airs et retombe sur pile. Pile, qui désignait Ari Vatanen.

Gentleman, Ickx accepte le sort et soutient son directeur: "Depuis quelques jours, nous prenions de plus en plus de risques. Jean Todt a choisi la sagesse et je lui donne raison." Ce n'est pas le cas du co-pilote de Jacky Ickx, Christian Tarin, qui furieux, fonce faire ses bagages pour quitter le rallye. Il faudra tout la diplomatie de Ickx pour l'en dissuader.

Le rallye reprend le lendemain et Ickx respecte sa parole. Il laisse filer Vatanen et se contente de sa deuxième place.

Alors que le rallye semble joué, Vatanen commet un erreur de pilotage et perd du temps dans l'avant-dernière étape. Ickx, qui pensait que le Finlandais le suivait à quelques centaines de mètres, reprend 5'51 minutes à Vatanen et se retrouve, de nouveau, en tête du rallye.

Vatanen est furieux et pense que le Belge a repris sa parole.

Il n'en est rien. Fidèle à sa promesse, Ickx s'arrête à 200 mètres de ligne d'arrivée du rallye, sur la plage du célèbre lac rose. Il attend Vatanen et lui laisse la victoire sur l'édition 1989 du plus célèbre des rallyes.

S. Rouquet

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