Dernier Dakar pour Jean-Marc Fortin : "On a perdu le côté aventure du Dakar"

Après 14 participations (7 comme copilote et 7 en tant que Team Manager), Jean-Marc Fortin s'apprête à disputer son dernier Dakar à la tête d'Overdrive. S'il visera la victoire avec notamment Nasser Al-Attiyah, un des pilotes Toyota, cité parmi les favoris, Jean-Marc Fortin a décidé de tourner la page. Le Hutois, âgé de 50 ans, ne se retrouve plus dans la philosophie actuelle du rallye-raid. 

Jean-Marc Fortin, vous vous apprêtez à participer à votre dernier Dakar.  Pour quelles raisons avez-vous pris cette décision ? 

"C'est tout d'abord une décision mûrement réfléchie. J'ai participé à cette épreuve à plusieurs reprises en tant que copilote avant d'endosser le costume de Team Manager pour Overdrive. Mais en réalité, il y a quelques détails du Dakar actuel qui me plaisent de moins en moins. Le format a changé. Le rallye-raid dure 10 jours et en cas de pépin, les pilotes peuvent désormais repartir la deuxième semaine. Ces changements cassent un peu l'image du Dakar et le mythe de l'aventure. Je vais quand même continuer avec Overdrive sur les dossiers du championnat FIA tout en assurant ma mission de consulting de temps à autre sur le rallye-raid. Je pense que ce n'est déjà pas si mal".

Vous ne vous retrouvez plus dans le Dakar actuel ? 

"Non, pas du tout. Le format, je l'ai dit, est différent, avec cette année un seul pays (le Pérou). Je ne veux pas cracher dans la soupe. Le Dakar m'a apporté énormément de satisfaction mais le rallye-raid a évolué. C'est sûr que j'ai la nostalgie des Dakar passés où j'ai vécu de grands moments. C'était vraiment de belles années mais il est temps pour moi de passer à autre chose. Cela fait 30 ans de sports moteurs. J'ai fait une belle carrière. Une belle aventure aussi avec Overdrive et j'espère qu'on va la conclure par une belle victoire cette année".

Quels sont vos meilleurs souvenirs du Dakar ? 

"Il y en a plusieurs mais je pense que c'est le Dakar 2012 où je me suis retrouvé en tête à la 5ème spéciale. Une édition où j'ai remporté quelques étapes de ce Dakar considéré comme un des plus difficiles avec une arrivée au Pérou précisément. C'est vraiment mon meilleur souvenir puisque nous avons occupé les premières places en nous battant pour la victoire. Même si le résultat final n'a pas été celui espéré, nous avons réalisé une super course. Je peux donc dire que ce Dakar 2012 restera mon meilleur souvenir".

Comment voyez-vous ce Dakar 2019, quelles seront les grandes tendances ? 

"Un Dakar difficile même s'il ne se déroulera que dans un seul pays et sur 10 jours. C'est un Dakar exceptionnel vu son format mais aussi son parcours avec 70% de dunes. C'est du jamais vu sur un Dakar. Auparavant, c'était 20 ou 30% de dunes sur le parcours, pas plus. Ce sera donc un rallye-raid avec moins de kilomètres mais plus de difficultés. Voilà pour le parcours. En ce qui concerne le plateau, on retrouve tous les grands noms : Carlos Sainz, Sébastien Loeb, Stéphane Peterhansel, Cyril Despres ou encore Nasser Al-Attiyah qui fait partie du team Overdrive. Ce sera donc un Dakar très ouvert".

Alors, quelles seront les chances de Nasser Al-Attiyah ? 

"Ses chances de victoire sont réelles. L'an dernier, Toyota a remporté 6 spéciales sur 13. Nous étions déjà bien dans le coup mais nous avons connu une mauvaise journée à cause d'un développement de pneumatiques qui n'était pas abouti. Cette année, en revanche, nous sommes très bien préparés en faisant de nombreux tests. C'est aussi la 2ème année de la nouvelle voiture et c'est peut-être l'année de la confirmation. Je l'espère en tout cas".

Peu de Belges à nouveau au départ (seulement 18) cette année ? 

"Je sais et je le déplore. On s'en plaint chaque année et c'est vraiment dommage. Cela s'explique par le manque de sponsors et le peu de médiatisation pour un tel événement, surtout depuis que le Dakar a migré en Amérique du Sud. On retrouve beaucoup de compétiteurs Sud-Américains. C'est pourquoi l'Europe délaisse un peu plus le Dakar qui est désormais beaucoup moins populaire chez nous qu'auparavant".

Un seul pays, 10 jours, c'est un peu la crise pour le Dakar qui ne fait plus rêver comme par le passé ? 

"Le choix d'un seul pays, c'est une raison essentiellement politique. Le Dakar est passé tellement de fois en Argentine et au Chili. Le Pérou était le seul pays qui était prêt à accueillir le rallye-raid. C'est dommage mais c'est la réalité. Quant au format, plus de 10 jours dans les dunes aurait attiré nettement moins de concurrents vu les difficultés. C'est en tout cas le choix de l'organisateur. Une décision  que je regrette car on a, selon moi, perdu le côté aventure du Dakar".

Quand vous jetez un coup d’œil dans le rétro, que vous a apporté le Dakar ? 

"J'ai eu la chance de faire mon premier Dakar en Afrique. Le fait d'aller en Mauritanie ou au Mali (ce serait très difficile d'y aller aujourd'hui pour des raisons géopolitiques) m'a fait ouvrir les yeux. Cela m'a permis d'évoluer dans ma vie professionnelle mais aussi dans ma vie privée. Quand on voit la pauvreté en Mauritanie, on voit la vie différemment. On ne s'imagine pas la chance que nous avons ici en Europe. Cela restera en tout cas une très belle expérience pour moi après le WRC. Je m'en souviendrai toute ma vie. Je pense que j'attache à présent de l'importance à d'autres valeurs".

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