Rome se désiste: les Jeux Olympiques sont-ils encore source d'inspiration ?

 Virginia Raggi, maire de Rome
Virginia Raggi, maire de Rome - © ANDREAS SOLARO - AFP

‘Inspirer une génération’. Tel était le slogan emphatique des Jeux Olympiques de Londres en 2012; un slogan qui reflétait la joie d’être ville hôte, et le désir que les JO puissent servir de réservoir d’idoles pour la jeunesse et les rapprocher du sport. L’enthousiasme britannique est loin d’avoir inondé l’Europe. Rome a officiellement retiré sa candidature pour les JO de 2024, pour des raisons économiques et sociales.

Qualifier d’hostile la position de la maire de Rome Virginia Raggi est un euphémisme. Parmi ses positions tranchées, on peut notamment évoquer les suivantes : "Non aux Jeux Olympiques du béton, non aux cathédrales dans le désert !" et "Les Jeux Olympiques sont un rêve qui vire au cauchemar. Je n’ai pas toutes les informations sur Rio, mais nous avons les images des citoyens de Rio dans nos têtes."

A travers ces déclarations, Raggi rejette la vision sportive des Jeux Olympiques, en les réduisant à une course effrénée vers des infrastructures massives, qui perdraient leur utilité au lendemain de l’événement. Cette image des Jeux Olympiques semble s’être répandue dans d’autres villes candidates. Hambourg a en effet rejeté les JO par référendum et Boston a également quitté la course l’année dernière, à cause du manque de soutien de la société civile.

En appui de ses déclarations concernant sa perception des Jeux Olympiques, Raggi souligne les difficultés économiques auxquelles la ville de Rome est confrontée. "Cette ville est invivable" a-t-elle déclaré lors d’une conférence à l’hôtel de ville. "Nous voulons améliorer les services, rendre aux citoyens une ville qui est aussi digne que n’importe quelle autre capitale européenne." Raggi refuse d’accumuler davantage de dettes dans une ville qui est déjà accablée par la corruption et qui propose des services publics de faible qualité. D’après elle, les Jeux ne feraient que fragiliser encore plus la ville.

Arrêtons-nous cependant sur les fondements de son refus. La maire de Rome a souffert lors de ses premières semaines à la tête de la ville, ayant été la cible d’accusations de mauvaise gestion et de dissimulations.Rejeter les Jeux Olympiques aurait pu être une stratégie pour la reconquête de sa popularité et pour l’assertion de son influence sur la ville. Bien que l’idée des JO n’ait réjouit que peu de Romains, des boycotts à l’échelle de ceux de Rio avant la Coupe du Monde et les JO n’ont pas fait surface. Toujours est-il que le manque d’enthousiasme populaire pour accueillir les Jeux Olympiques n’est jamais bon signe.

Avant Rio, il y eût Londres, Pékin et Athènes: deux centres financiers mondiaux et la terre natale des Jeux Olympiques. S’ajoute à cela le fait que le Royaume-Uni et la Chine aient gagné de nombreuses médailles, émerveillant de fait un public déjà conquis par le fait d’accueillir les Jeux à domicile.

Avoir une culture des Jeux Olympiques prononcée ainsi que des résultats intéressants, être une ville au PIB massif avec des citoyens enthousiastes ; voici donc les critères pour pouvoir accueillir les Olympiques avec plaisir. Un cercle fermé semble-t-il…

Utiliser des infrastructures existantes est un moyen efficace afin d’éviter les ‘cathédrales dans le désert’ que Raggi déplore, et pourrait permettre à n’importe quelle ville – ayant déjà des centres sportifs – d’accueillir les JO, sans avoir à faire porter à ses citoyens les répercussions économiques et sociales de tels investissements. Le projet de Paris 2024 est soutenu par la garantie que 95% de l’infrastructure, qui serait utilisée pour les Jeux, existe déjà. En outre, les Jeux Olympiques peuvent stimuler l’économie d’un pays et attirer de l’investissement, comme l’illustrent les JO de Londres : grâce aux Jeux, l’économie du Royaume-Uni s’est vue croître de £9.9 milliards, dépassant a priori les coûts des JO (£8.9 milliards). De tels chiffres sont encourageants. Trouver des modèles qui garantiraient leur reproduction modifierait certainement la perception de certain que les JO ne sont qu’un simple fardeau économique porté par une élite sportive.

Le modèle de Paris 2024 s’attaque aussi à un autre élément important, puisque celui-ci a su jusqu’ici stimuler l’engagement de la société civile. La candidature de la ville promeut la citoyenneté active et a, à travers la création d’ateliers, rassemblé un grand nombre d’acteurs des secteurs privés et publics, des ONGs et la société civile.

Pour les JO de 2004, douze villes étaient en course. Pour ceux de 2024, seules trois villes sont alignées. Les crises économiques récentes peuvent en partie expliquer la réticence de certaines villes à déposer leur candidature, notamment à cause du taux astronomique de l’investissement requis. Toutefois, des alternatives qui utilisent intelligemment les ressources existantes doivent être mises en valeur. Encourager une délibération sur comment maximiser ces dernières est vital pour assurer la viabilité des JO. Raggi a raison : les JO sont un rêve, mais ne lui laissons pas croire que celui-ci fait sortir les monstres qui se cachent sous le lit.

Maxime Leblanc, Responsable des Affaires européennes, Think tank Sport et Citoyenneté et Timothée Louette, Chargé de mission, Think tank Sport et Citoyenneté

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