Rétro : Greg Van Avermaet, un cycliste en Or

Samedi 6 août, c’est sous un soleil de plomb que s’ouvrent les Jeux Olympiques de Rio. Coup de chance, on va passer cette première journée à la plage. Et pas n’importe quelle plage. Copacabana ! C’est en bordure du parc Flamengo au pied du Fort que sera jugée l’arrivée de la course en ligne masculine de ces Jeux. Malheureusement, l’équipe belge ne fait pas partie des favorites. Le parcours est trop sélectif pour les 5 coureurs belges. C’est du moins ce que l’on pense encore en nous installant devant l’écran géant qui fera office de salle de presse en plein air pour l’occasion. Mais dans un coin de notre tête on veut y croire. Les petits belges sont en forme et l’équipe est bien balancée.

Greg Van Avermaet sort d’un Tour de France époustouflant lors duquel il a gagné une étape et porté le maillot jaune pendant 3 jours. Serge Pauwels a aussi brillé sur la grande boucle avec cette magnifique deuxième place au sommet du Mont Ventoux (derrière Thomas De Gendt). Philippe Gilbert vient de décrocher son deuxième titre de champion de Belgique sur route et Tim Wellens a gagné le Tour de Pologne il y a 3 semaines à peine. Les rôles sont clairs. Le jeune Laurens De Plus et Tim Wellens devront accompagner les premières échappées. Pauwels pourrait lui travailler dans les côtes pour aider les leaders naturels que sont Philippe Gilbert et Greg Van Avermaet. Mais en cyclisme les plans se déroulent rarement comme prévus. Et les Belges ne jouent finalement aucun rôle marquant dans la première partie de la course.


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Dans le même temps, sur Copacabana, les touristes posent devant les anneaux olympiques, jettent un œil à l’écran géant. Mais on ne voit plus rien avec les reflets du soleil. Soudain, un attroupement. Des supporters, oranges de la tête aux pieds, se regroupent en criant. Un Néerlandais vient-il d’attaquer ? Non, c’est simplement le Roi des Pays-Bas, Willem-Alexander qui vient profiter de l’ambiance en famille.

Il reste 70 kilomètres, la course se décante enfin et un Belge est attentif. Greg Van Avermaet se retrouve à l’avant dans un groupe d’une dizaine de coureurs très costauds. Nibali, Fuglsang, Majka, Henao, et Geraint Thomas sont de la partie. On se croirait dans une étape de montagne du Tour. Van Avermaet s’accroche, mais ne peut plus suivre quand Vincenzo Nibali attaque, à 20 kilomètres de l’arrivée, dans l’ascension menant à la Vista Chinesa. Près de 9 kilomètres à 6% de moyenne, le terrain convient au grimpeur et le moment est idéal pour devancer les retours d’Alaphilippe et Froome qui s’épuisent en chasse-patate. Nibali est vite rejoint par le Colombien Henao puis par le Polonais Majka. A 15 kilomètres, de l’arrivée le trio semble bien parti pour se jouer les médailles. Mais le sicilien le sait il reste une longue descente, très technique. Nibali prend des risques. Trop de risques. A 12 bornes de l’arrivée, il se retrouve au sol avec Henao. Majka se retrouve seul en tête.

Les motos caméras ne suivent plus et sur la plage on ne sait plus trop où en est Greg. Nouvelle chute, Geraint Thomas est tombé.

On assiste à distance à une course à une élimination. Mais il ne reste que 10 kilomètres, nous devons quitter la plage pour rejoindre la zone réservée aux journalistes. Impossible de savoir ce qu’il se passe. Mais ça commence à sentir bon. Changement de plan, on va plutôt aller se mettre en bout de ligne près des voitures des équipes, ce n’est pas prévu par l’organisation mais cela nous permettra d’avoir des réactions plus rapidement si Van Avermaet est médaillé.

Plus que 5 kilomètres, Jakob Fuglsang place une attaque tranchante, Van Avermaet est encore une fois bien placé et saute dans sa roue.

Devant, Majka commence à faiblir, il se retourne sans cesse, la ligne d’arrivée n’est plus très loin. Mais c’est trop dur, à 1400 mètres Majka est repris. Les trois hommes s’entendent. Bien sûr, il y a trois places sur le podium !

Nous sommes en place, aux côtés de l’équipe belge. Laurens De Plus qui a déjà abandonné suit le final sur une tablette aux côtés des soigneurs belges et nous lance "Ce sera une médaille les gars, ils ne sont plus que 3". La pression monte.

Sauf incident, la Belgique va déjà décrocher sa première médaille dans ces Jeux. Mais dans quel métal ? Sur papier, le Belge est le plus rapide des trois, mais il a déjà beaucoup puisé dans ses ressources pour rester dans le groupe de tête et puis revenir. Peut-il le faire ? Oui c’est clair ! Dernier virage… Ça passe. Il reste 400 mètres, ils vont se jouer le titre au sprint. Greg est bien placé dans la roue de Fuglsang. Encore 200 mètres, le Belge prend l’initiative. Les mains en bas du guidon, il donne tout ce qu’il a, Majka est battu il se relève et se contentera du bronze, Fuglsang ne peut pas tenir la roue de Greg pour lui ce sera l’argent. Mais alors ? C’est l’or ? Greg Van Avermaet est champion olympique ? Oui il franchit la ligne et lève les bras au ciel… Incroyable !

En bout de ligne, c’est l’explosion de joie dans le clan belge. Mais avec le décalage de quelques secondes, Greg est déjà là. Il nous tombe presque dans les bras comme un cadeau. "C’est le plus beau jour de ma vie" lâche le nouveau champion olympique. Mais déjà il doit repartir direction le podium. Laurens De Plus craque, il est en larmes dans les bras du sélectionneur Kevin De Weert.

A 31 ans, Greg Van Avermaet remporte plus belle victoire de sa carrière et nous offre au passage le plus beau moment de la nôtre. Pas le temps de réaliser, ce sera pour plus tard. Il faut vivre l’instant pour mieux le raconter ensuite. Les interviews, le direct dans les journaux parlés en Belgique et puis cette Brabançonne, ce maillot bleu qui se perd dans le ciel de Rio au pied du Fort de Copacabana. Quel champion, Quelle journée !

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