Pierre-Olivier Beckers, président du COIB: "Je privilégie un report de quelques mois"

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JO 2020: - © JUAN MABROMATA - AFP

Pierre-Olivier Beckers, président du COIB, était l’invité ce dimanche soir de l’émission spéciale "Viva Sport" sur VivaCité avec David Houdret et Christophe Reculez. Il est revenu sur la situation, toujours en suspens, des Jeux Olympiques d’été prévus à la fin du mois de juillet prochain à Tokyo. "Les ramifications et les conséquences de chaque scénario sont extrêmement complexes. Je privilégie personnellement à ce stade, en tant que président du COIB, le report de quelques mois."

Les chances que les Jeux Olympiques soient maintenus sont de 100%

"Je n’envisage pas une seule seconde que les Jeux soient annulés. Ce serait un drame à tous niveaux, non seulement sur le plan sportif, sur le plan économique également pour le Japon. Mais je dirais plus que tout encore, ce serait un drame pour tout citoyen de la planète. Parce qu’au moment où on va sortir de cette crise dramatique, le monde sera différent. Le monde aura besoin de retrouver des valeurs fondamentales. Le monde aura besoin de se raccrocher à des points de référence, à des fondations sur lesquelles on pourra à nouveau s’élever. Et plus que tout autre événement planétaire, les Jeux Olympiques ont cette capacité d’être le catalyseur, le booster de moral, et il sera nécessaire que tous les athlètes du monde entier et nos athlètes de Team Belgium puissent redonner du moral aux Belges. Nous montrer comment gagner en équipe et se relever quand on perd un match. C’est ce que nous sommes en train tous de vivre à différents niveaux, dans nos maisons, dans nos pays. Et bien sûr, les Jeux ont ce rôle fondamental. Nelson Mandela disait : 'Le sport a le pouvoir de changer le monde' et j’y crois personnellement plus que jamais."

Je sens que le Comité international olympique est sur le pont avec tout le leadership qu’on attend de lui

"Il serait très naïf et il est naïf, quand je vois certains athlètes de certaines organisations, de penser que le CIO n’envisage rien d’autre que simplement tenir les Jeux avec ouverture prévue le 24 juillet. ll est clair que le CIO travaille d’arrache pied 24 heures sur 24, dimanches compris. J’étais en contact avec eux, plus récemment, cet après-midi. Tout le monde est en train de voir, bien sûr, avec les meilleurs spécialistes de l’Organisation Mondiale de la Santé, les fédérations internationales, les comités nationaux olympiques, les représentants des athlètes et, bien sûr, les autorités du Japon. Tout le monde est en train de voir quelle est la meilleure décision à prendre. Ceci dit, nous sommes aujourd’hui à 122 jours de l’ouverture prévue des Jeux du 24 juillet et il n’y a pas encore de raison de s’obliger à prendre une décision sans avoir toutes les cartes en main. Parce qu’évidemment, cette décision sera lourde de sens, même si cette décision est celle d’un report.

Bien sûr, nous sommes focalisés sur le soutien aux athlètes, sur la préparation. Aujourd’hui, nous essayons de leur trouver par tous les moyens, des possibilités encore d’entraînement, souvent de manière individuelle. Nous essayons de voir avec les fédérations comment assurer encore leur qualification parce qu’une petite moitié des athlètes n’ont pas pu encore garantir leur qualification. Il y a donc des problèmes à très court terme qui sont fondamentaux. Mais au-delà de la pure performance sportive, nous pensons, et les athlètes également, qu’il y a derrière cette performance une valeur de symbole. Il faut faire vivre, par la performance sportive, les valeurs de solidarité, d’amitié, de respect et d’excellence qui sont les valeurs de l’Olympisme et qui font partie des valeurs les plus fondamentales de la vie. On a besoin et on aura besoin, à la sortie de cette crise de la solidarité pour rebondir. Beaucoup auront perdu un match, mais le monde n’aura pas perdu la guerre et les athlètes vont montrer qu’il y a moyen de se relever, de relever les défis, de retrouver le moral. Les athlètes vont nous redonner le moral grâce aux JO. C’est pour cela que ces Jeux doivent se jouer. Je dirais que c’est même un devoir de tenir les Jeux olympiques dès que possible."

Nos athlètes ne demandent pas un report, ils demandent que les Jeux puissent se tenir si toutes les conditions sanitaires sont réunies

"Si tous les athlètes qui ont le potentiel de se qualifier pour les Jeux ont eu des chances équitables de se qualifier et de pouvoir participer. Je trouve cette approche raisonnable. Est ce que nos athlètes et nos entraîneurs sont anxieux ? Bien sûr. La période que nous vivons, au moins jusqu’au 5 avril, est idéale pour se préparer ? Evidemment, non. Ce n’est pas idéal, loin de là. Ceci étant dit, nos athlètes sont des professionnels et ont la capacité de surmonter cette période de quelques semaines. Il est vrai que si le confinement devait durer plusieurs semaines encore au delà du 5 avril, ça deviendra très difficile. Mais n’oublions pas que le problème est le même. En fait, aujourd’hui, on le voit après chaque jour qui passe, on se rend compte que plus en plus de pays se retrouvent en confinement extrêmement fermé, comme celui que nous vivons.

Je pense que le CIO est très conscient et désireux d’offrir à chaque athlète du monde entier des chances équitables de participer aux Jeux. Et donc la raison pour laquelle le CIO veut s’accorder aujourd’hui, ces quelques jours et quelques semaines, peut être pour prendre la bonne décision. Parce que si la date du 24 juillet est maintenue, ça ne sera que dans la mesure où il y a une certitude que le coronavirus pourra être loin pour chaque continent. Et si ça n’était pas le cas, évidemment, ou si les probabilités sont que ça ne soit pas le cas, le CIO n’hésitera pas à prendre les mesures qui seraient, à mon avis, celles d’un report."
 

On a entre trois et quatre semaines, pas plus. D’ici là, il faudra prendre une décision sur le plan sportif

"Nous sommes tous, organisateur de mouvement olympique, nationaux ou international, préoccupés d’abord et avant tout par la santé des athlètes, de tous les accompagnateurs. N’oublions pas qu’il y a 20 000 personnes, 11 000 athlètes plus accompagnateurs qui vont aux Jeux. Plus les spectateurs et environ cent mille bénévoles. C’est donc la santé qui prime. Mais derrière, vous pensez bien que l’organisation des Jeux est un défi opérationnel énorme. C’est l’équivalent d’organiser 33 championnats du monde en même temps au même moment. Avec des stades dont plusieurs sont temporaires. Les Jeux paralympiques, qui suivent immédiatement les Jeux olympiques. Et une décision de report, ne se prend pas à la légère non plus. Il faut prendre tous les éléments en considération, avoir toutes les cartes en main et c’est avec beaucoup de maturité et de conscience que le CIO fait ce travail aujourd’hui.

Vous n’aurez pas besoin de faire de grandes déclarations et des effets de manches. Ce travail, on le fait effectivement tous les jours, de manière discrète avec les autorités du CIO. Et surtout, nous espérons que le plus grand nombre gardera son sang froid et ne cédera pas à la panique et aux grandes déclarations !"

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