Les organisateurs des Jeux de Tokyo ont des astuces contre les problèmes de pollution et de chaleur

Claire Michel
Claire Michel - © THIERRY DEKETELAERE - BELGA

Les test-events de triathlon ont lieu à Tokyo, en cette fin de semaine.  C'est une tradition, dans pas mal de sports, des compétitions se déroulent un an avant les Jeux Olympiques, sur les sites des Jeux Olympiques.  Cela permet aux athlètes de déjà se familiariser avec les lieux.  Et cela permet de voir ce qui va, et ce qui ne va pas.

Une Belge, Claire Michel, a participé au test-event du triathlon féminin.  Elle a terminé 31e.  Elle est donc bien placée pour évoquer les installations, la pollution de l'eau, et la chaleur.  A cause de la chaleur, la partie "course à pied" a d'ailleurs été réduite, de 10 kilomètres à 5 kilomètres.   

Entretien avec Claire Michel...

Claire, il y a un sujet dont on parle énormément, ces temps-ci, c'est la pollution de l'eau.  Cela concerne le triathlon et la nage en eau libre.  Avez-vous donc nagé dans une eau sale ?   

Effectivement, on parle beaucoup de la qualité de l'eau.  Je fais partie de la Commission des Athlètes, pour l'ITU, la Fédération Internationale de Triathlon.  J'ai eu pas mal de discussions avec les organisateurs, à ce propos.  Ce qu'ils ont mis en place, ce sont des rideaux, qui servent comme filtres.  C'est bien, pour la qualité de l'eau.  Ils ont effectué des tests, en prélevant de l'eau et en l'analysant.  Et tous les tests étaient bons.  Ils n'avaient mis qu'un seul rideau pour le test-event.  Et il y en aura quatre pour les Jeux Olympiques, l'année prochaine.  Ceci dit, l'eau n'est pas claire.  Elle n'est pas transparente, et elle n'est pas "bleu cristal".  Mais bon, cela ne veut rien dire.  Il y a beaucoup de plans d'eau où c'est le cas.  A Hambourg, l'eau est verte; au Canada, elle est très brune.  Mais la couleur n'indique pas grand chose.  Le seul souci, bien sûr, c'est que quand on met le filtre en place, ça réchauffe l'eau.  

Et on n'avait pas besoin de ça.  Parce que ce que l'on craint beaucoup, pendant les Jeux Olympiques, c'est la chaleur, justement.  Votre épreuve a été réduite, à cause de la chaleur...

En fait, il y a un index, qui est mis en place, pour le triathlon.  Il prend en compte la température de l'eau, et la température extérieure.  La combinaison des deux est cet index.  Le pire, c'est le noir.  Et il y a, en-dessous, le rouge, l'orange, etc.  Ici, on était dans le rouge.  Et ils ont estimé que pendant la course, cela monterait jusqu'au noir.  Donc, ils ont réduit la course.  J'avoue qu'à la fin de mon 5 km, j'étais contente que ce ne soit pas un 10 km, parce que j'avais vraiment bien chaud.  Ils ont d'autres options, comme faire commencer la course plus tôt.  C'est pour cela que l'on fait le test-event.  Pour voir comment cela peut se passer.  

Parce que, bien sûr, on ne fera pas la même chose lors des Jeux Olympiques.  On ne réduira pas la course...

Beaucoup de gens étaient surpris et tristes, du changement décidé pour le test-event.  On s'entraîne pour faire la distance olympique, 1500 mètres de natation, 40 kilomètres à vélo, et 10 kilomètres de course à pied.  Tout le monde a ses points forts et ses points faibles.  On s'entraîne pour faire un triathlon, et on a envie de faire un triathlon.  C'est comme si on disait aux athlètes que le marathon va devenir un semi-marathon.  Mais si je me mets à la place des organisateurs, je me dis que ce n'est pas évident.  Je pense qu'ils mettent vraiment tout en place pour gérer au mieux la chaleur et l'humidité.  Et ils espèrent aussi une eau propre et pas trop chaude.  Ils font de leur mieux...  

A quel point fait-il chaud ?  A quel point souffrez-vous ?  Avez-vous l'impression de prendre des risques ?  

Personnellement, j'ai du mal, dans la chaleur.  Maintenant, avec mon groupe d'entraînement, on fait pas mal de choses pour nous préparer à cela.  Cela fait un mois que l'on prend des bains chauds, par exemple.  On essaye de faire des stages d'entraînement dans des conditions similaires.  Je suis venue à une heure trente de Tokyo, pour me préparer.  Là, on courait à 5 heures du matin, à 8 heures du matin, à 11 heures, pour nous préparer à la chaleur et à l'humidité.  Et on essaye de s'adapter le mieux possible.  

On a parlé de tout ce qui pouvait poser problème.  Mais dites-nous ce qui va bien, en revanche....

Je trouve que l'équipe d'organisation est très bien préparée.  Les gens sont extrêmement polis et accueillants.  Ils avaient déjà tout mis en place.  Ils avaient apporté un type de rampe, par exemple, comme si c'était déjà les Jeux Olympiques.  Ils avaient même repeint les routes, avec une peinture spéciale, grise.  Et la réverbération de la chaleur sur le sol est moins importante.  Il y a plein de petits détails qui montrent qu'ils veulent faire le mieux possible.  Le rideau dans l'eau, dont je parlais, est extrêmement cher.  De l'avoir déjà mis, un an à l'avance, c'est bien.  Je trouve qu'il faut applaudir l'organisation, la Fédération Internationale, et le Comité Olympique, pour ce genre d'initiatives.  Leur collaboration est exceptionnelle.  Les conditions ne sont pas faciles.  Pour nous, mais aussi pour l'eau libre, et pour tous les sports d'endurance, en particulier.  Là aussi, pour ces autres sports, il faudra prendre des mesures, pour que les athlètes soient dans les meilleures conditions, pour réussir leurs épreuves.   

Est-il possible que l'on décide de faire partir le triathlon à minuit, comme pour le marathon ?

Ce que j'ai eu comme échos, après la course, c'est qu'ils espèrent pouvoir faire commencer l'épreuve olympique à 6h30 du matin.  Et non pas à 7h30, comme prévu actuellement.  Gagner une heure, c'est gagner quelques degrés.  Vous allez me dire que si on passe de 30 degrés à 27 degrés, il fait toujours très chaud.  Mais cela fait quand même une différence.  Ensuite, je pense qu'ils vont tenir compte de notre feed-back.  En général, pour la course à pied, on effectue quatre boucles de deux kilomètres et demi.  Avec deux zones de ravitaillement, où l'on peut prendre de l'eau.  Et ici, ils en avaient mis cinq.  Tous les 600 ou 700 mètres, il y avait une zone de ravitaillement.  Ils nous avaient aussi donné des sacs de glaçons.  Il y avait également un espace pour les entraîneurs, où ils pouvaient nous donner ce qu'ils voulaient.  Et notamment des éponges pleines d'eau glacée.  Ils avaient fait attention aux détails, et ils avaient fait beaucoup d'exceptions, par rapport à une course normale.  Tout cela, pour essayer que les athlètes soient dans les meilleures conditions possibles.  

Ecoutez Claire Michel, qui évoque aussi son résultat, les critères de sélection, et la disqualification des deux premières à l'arrivée...

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