Les Olympiens vus par leurs proches: Toma Nikiforov et son parrain

Toma Nikiforov
Toma Nikiforov - © VIRGINIE LEFOUR - BELGA

La suite de notre série d'avant Jeux. Pour mieux connaître la personnalité de quelques athlètes olympiques belges, grâce au témoignage de leur entourage. En vedette aujourd'hui, le judoka Toma Nikiforov, qui combat en moins de 100 kg. Il est né en Belgique, en 1993. 2 ans plus tôt, quand son papa était parti de Bulgarie, et était venu s'installer dans notre pays, il avait été aidé, hébergé, par Alain De Greef, entraîneur et dirigeant du Crossing de Schaerbeek, un club de judo. Alain De Greef est tout naturellement devenu le parrain de Toma Nikiforov, et de son frère.

Alain de Greef, on sait exactement depuis quand vous connaissez Toma Nikiforov. Depuis le 25 janvier 1993, le jour de sa naissance...

Toma est né ici, dans la maison au-dessus du dojo du Crossing de Schaerbeek. Je le connais depuis sa naissance, et il a fait toutes ses classes ici.

Son papa est un judoka aussi, qui vient de Bulgarie...

C'est un judoka qui a fait des compétitions de haut niveau. Quand il est arrivé en Belgique, il est venu ici, au Crossing de Schaerbeek. De fil en auguille, il est devenu entraîneur et a travaillé avec moi. Et on a obtenu de très bons résultats.

Toma bébé, c'était déjà un bon gros bébé ?

Oui, il était très actif. Il voulait toujours être à l'extérieur, pour bien s'épanouir physiquement. Ce n'était pas un bébé de télévision, mais quelqu'un qui a toujours été très actif.

Et le fait qu'il se mette au judo, c'était naturel, avec le papa qu'il avait...

Oui, le cadre était favorable. Le papa fait du judo, ils ont habité dans la maison au-dessus du dojo. Donc toutes les conditions étaient réunies pour qu'il fasse du judo. Mais il a aussi pratiqué d'autres sports.

A quel âge a-t-il commencé le judo ? Et avez-vous pensé tout de suite que cela pouvait donner quelque chose de bon ?

Il a commencé ici à 4 ans. De là à dire que ça pouvait donner quelque chose, il faut rester réaliste, c'est très difficile, à 4 cet âge-là. Mais on a vu qu'il avait des aptitudes, de la volonté, une attitude de guerrier un peu aussi, et la culture de la gagne. C'est quelqu'un qui n'aime pas perdre. Ce sont déjà de bons éléments pour arriver à en faire un sportif de haut niveau.

Il est aux Jeux Olympiques, et quelqu'un comme vous doit ressentir quelque chose de particulier...

Le côté sentimental, c'est quelque chose qui est très personnel, mais c'est très profond. Et emmener aux Jeux un jeune qui a commencé ici, au club, dans un quartier un petit peu difficile, ça ne court pas les rues. Mais je dois dire que notre école de jeunes est réputée. Il n'est pas le seul judoka du club à avoir fait de très bons résultats. Bien sûr, ici on parle des Jeux et c'est le sommet, mais on a une culture qui est dirigée vers l'encadrement des jeunes, qu'ils fassent de la compétition ou pas. A partir du moment où ils font de la compétition, on essaye de donner le maximum pour les aider, grâce à notre expérience notamment.

C'est un colosse, mais les colosses sont souvent des nounours...

Il est très costaud, mais il a aussi un coeur. Il ne faut pas croire que c'est une brique. Au contraire, il est très sensible. Il a surtout une volonté hors du commun. Il a cette rage de vaincre, et la volonté de s'entraîner, ce qui reste la base. Mais je suis persuadé qu'il y a beaucoup de jeunes qui sont susceptibles, au départ, de faire de bons parcours sportifs, mais le manque de volonté, et les aléas de la vie font que beaucoup abandonnent. Et si les jeunes sont bien encadrés, bien suivis, au niveau des parents, des clubs, etc, il y a des possibilités de faire de très bons résultats. Et cela malgré une politique sportive qui n'est pas toujours à la hauteur en Belgique, il faut bien le dire aussi.

Il faut de la passion pour y arriver, et il a la passion du judo...

Bien sûr. A ce niveau-là, il faut la passion. C'est un gars qui s'entraîne maintenant quasi 4 à 5 heures par jour. Il faut un caractère hors du commun, aussi, pour être une élite de haut niveau.

Il a des passions, en dehors du judo ?

Comme tous les jeunes, il aime bien s'amuser. Mais tout est bien canalisé, ce n'est pas n'importe quoi. Ce sont quand même des athlètes de haut niveau. Il aime bien les jeux, mais il n'aime pas perdre. Que ce soit un jeu de société, ou des jeux qu'on fait souvent entre nous, il veut toujours gagner. C'est un facteur important, je trouve.

Vous vous souvenez du jour où il vous a dit qu'il avait envie d'aller aux Jeux Olympiques ?

La Fédération a fait un travail très important, depuis quelques années, avec la formation d'entraîneurs de haut niveau pour le suivi international. A partir du moment où il est sorti du niveau national (il a gagné plusieurs fois les Championnats de Belgique chez les jeunes), il a commencé à suivre ce programme. Il s'est rendu compte que c'était sérieux, et que ce n'était pas simplement pour rigoler. Lui-même a trouvé son chemin. Et il a bénéficié de tous nos conseils. Et je crois que c'est ça qui fait sa force actuellement. D'abord les bons conseils, ensuite sa volonté à l'entraînement, enfin son expérience. Il a cette expérience, maintenant. C'est un judoka qui est assez jeune, mais qui a déjà un palmarès assez important et qui a disputé de grosses compétitions internationales. Il ne faut pas se mettre de pression, pour moi. Cette expérience, et le fait qu'il ait participé aux Jeux Olympiques de la Jeunesse, ce sont des éléments dont il faudra tenir compte. La pression, il sait ce que c'est, même s'il est jeune et que ce seront ses premiers Jeux. Je pense qu'il est capable de la gérer.

L'une des images que l'on retient de lui jusqu'à présent, c'est cette médaille remportée aux Championnats du monde, malgré une fracture. Ca montre bien quelque chose de sa personnalité ?

Oui, et c'est même un cas de figure. Je sais que la Fédération Internationale utilise ce combat, dans des séminaires, pour montrer les valeurs du judo. Ce jour-là, il a sorti le grand jeu, et il a été chercher toutes les valeurs qu'il y a dans le judo. Tout le monde pensait que ça allait être la fin pour lui. Mais il a été chercher la médaille de bronze au fond de lui-même. C'est peut-être le plus beau combat que j'ai vu de lui. Il m'a donné des émotions fantastiques.

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