JO 1920: Les mécomptes du comte Henri de Baillet-Latour

Le Comte Henri de Baillet-Latour, à droite, aux côtés du Roi Albert
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Le Comte Henri de Baillet-Latour, à droite, aux côtés du Roi Albert - © Tous droits réservés

Si la Belgique et singulièrement la ville d’Anvers ont obtenu les Jeux Olympiques de 1920, elles le doivent, notamment, à l’attitude héroïque de notre petit pays lors de la première guerre mondiale. Mais aussi au " lobbying " efficace d’un homme : le Comte Henri de Baillet-Latour. Né en 1876, il est issu d’une illustre famille aristocratique originaire de Latour, près de Virton, en Gaume. Certains de ses ancêtres ont servi comme officiers dans l’armée impériale autrichienne. Diplomate de profession, passionné de sports, le Comte entre au Comté Olympique International en 1903 et, trois ans plus tard, il contribue à la naissance du Comité Olympique belge.


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L’homme est habile et persuasif. Audacieux aussi. Ainsi promet-il de d’organiser des Jeux mémorables, moins de deux ans après la fin du conflit mondial. Et ces Jeux, qu’il dirige de main de maître, sont en effet une réussite exceptionnelle. Le Comte Henri en sort tout auréolé de gloire. Son prestige est alors tellement grand qu’il est élu en 1925 deuxième président du CIO à Lausanne. Il succède ainsi au baron français Pierre de Coubertin, démissionnaire. Celui la même qui avait eu l’idée à la fin du XIXème siècle de recréer à Athènes des Jeux olympiques sous leur forme moderne. Il faudra attendre 2001 et le chirurgien gantois Jacques Rogge pour retrouver un Belge à la tête du mouvement olympique international.

Une attitude controversée

La suite du parcours du Comte Baillet-Latour sera nettement moins glorieuse. En 1936, Berlin, la capitale du IIIème Reich, accueille les Jeux Olympiques. C’est évidemment une vitrine formidable et inespérée pour le régime nazi qui va totalement instrumentaliser l’événement. Le " Führer " demande même de l’immortaliser avec le film " Les dieux du stade " réalisé par Leni Riefenstahl, la cinéaste attitrée du régime.

A la tribune officielle, le président belge du CIO côtoie les hauts dignitaires nazis. Sur les photos, on le voit souvent juste à côté d’Adolf Hitler. Les deux hommes sympathisent. Le comte partage avec Hitler un farouche anticommunisme et un amour de la culture germanique. Son mariage avec la comtesse allemande Elisabeth de Clary et Aldringen n’y est certainement pas étranger. Cette attitude équivoque, quelques propos assez maladroits teintés parfois d’antisémitisme, créent un malaise autour de sa personnalité.

Henri de Baillet-Latour devra ensuite annuler les jeux de 1940 et il décède deux ans plus tard à Bruxelles. Hitler envoie un télégramme de condoléances et une gerbe de fleurs. Tout comme von Falkenhausen, le " Gauleiter " de la Belgique, ou encore von Ribbentrop, le ministre des affaires étrangères. Le " tout dans un monceau de fleurs et de croix gammées sur les marches de l’église où ont lieu les obsèques ! Ainsi qu’en attestent certains documents de l’époque.

Le malaise persiste donc et, dans la foulée, la famille ne veut pas accueillir le corps du défunt dans le caveau familial de Brasschaat, en banlieue anversoise. Henri de Baillet-Latour reposera finalement dans le petit cimetière de Latour. Juste à côté d’une chapelle et d’un musée totalement rénové et financé par le " Fonds Inbev-Baillet-Latour " créé en 1974 par Alfred de Baillet-Latour, le neveu d’Henri. Ce site est inauguré par Jacques Rogge en 2010. Et dans le musée qui retrace l’histoire de la famille, les photos des funérailles de 1942 ne sont évidemment pas visibles….

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