Les JO de Tokyo auront-ils lieu dans 6 mois ? Le scénario du grand vide ne tient pas vraiment la route

Dans 6 mois, jour pour jour, la flamme olympique s'allumera dans le stade de Tokyo. Du moins c'est l'espoir que le monde du sport porte haut et fort. Car des voix s'élèvent, des rumeurs enflent. Les Jeux olympiques pourraient être annulés purement et simplement. Est-ce crédible ?

Le scénario de l'annulation

Le journal britannique "The Times" l'affirmait récemment. Selon une source interne au gouvernement japonais, un accord secret existerait pour "condamner" les Jeux. La pandémie ne permettant pas d'organiser le plus grand événement planétaire. Objectif : prendre les devants et tenter de convaincre le CIO (Comité International Olympique) de décerner les Jeux à Tokyo en 2032 ! Une thèse rapidement démentie par les autorités nippones. Le Premier Ministre Yoshihide Suga se disant "déterminé à accueillir des Jeux sûrs, en signe de victoire de l'humanité sur le coronavirus". Mais ce scénario du grand vide en juillet prochain ne tient pas vraiment la route, même si la pandémie continue sa progression sur l'archipel. Au 21 janvier les chiffres grimpent. 352.020 personnes infectées (+5.652 cas en un jour). Quant au nombre de décès, le Japon en déplore 4.872 (+94 en 24h). Loin des chiffres belges par exemple. Mais les Japonais sont sur les dents.

Fin mars : le moment clé

Une décision doit évidemment tomber le plus tôt possible. Car les Jeux, c'est un défi immense. Et un casse-tête organisationnel jamais vu avec le report et la pandémie. En mars 2020, l'annonce du report de l'événement avait produit un choc mondial. Alors le mois de mars 2021 sera-t-il porteur d'espoir ? Ce sera en tous cas le moment d'accueillir la torche olympique (le 25 mars) et de la faire (en principe) circuler dans le pays hôte. Un moment clé, sans doute,... car comment imaginer s'enthousiasmer sur le parcours de la flamme olympique si les Jeux sont annulés dans la foulée ? Si le 25 mars la torche ne brûle pas à Tokyo alors les JO seront certainement condamnés.

Le peuple japonais ne veut plus des Jeux

Ce qui semble certain à l'heure actuelle, c'est que les JO ne seront pas des Jeux normaux. Il faudra s'adapter. Un public amoindri, voire pas de public du tout, des athlètes testés et retestés. Un vaccin qui ne sera pas rendu obligatoire pour les sportifs mais, dans ce cas, les contraintes seront très sévères pour ceux et celles qui auront choisi de ne pas se faire vacciner. Le village olympique rétréci n'accueillera les sportifs que 5 jours avant leur compétition. Et ils devront quitter le village au maximum 2 jours après la fin de leur épreuve. Il faudra faire de la place et éviter les grandes concentrations.

80 % des Japonais ne veulent plus des Jeux

L'autre certitude, c'est le désamour des Japonais pour les Jeux. Au fil des mois et des sondages, la population s'est braquée. Le coronavirus pompe énormément d'efforts. Et la perspective d'ouvrir, dans 6 mois, les frontières au monde entier n'enchante plus grand-monde. " Je ne suis pas certain que recevoir autant d'athlètes en ce moment soit une bonne chose. On ferait mieux aussi d'utiliser tout cet argent à combattre le virus", dit un habitant de Tokyo. Et cet homme n'est pas seul. Ils seraient près de 80 % à souhaiter soit un nouveau report, soit une annulation pure et simple. Mais il y a fort à parier que la population ne sera pas suivie. 

le vaccin, élément clé

La vaccination mondiale pourrait aussi changer la donne. Mais même les organisateurs le reconnaissent : cela ne résoudra pas tout. Toshiro Muto, CEO de Tokyo 2020 : "Une fois que les vaccinations seront massivement répandues aux USA et en Europe, je pense que cela aura un effet positif sur les Jeux. Mais ça ne résoudra pas tous les problèmes. Je sais bien que les vaccins ne nous permettront pas, par exemple, de se priver de toutes les mesures barrière contre le virus. Nous plaçons beaucoup d'espoirs dans la vaccination, mais nous ne pouvons pas dépendre totalement de cela."

Les raisons qui poussent à tenir les JO

Thomas Bach, le Président du CIO, le sait. Les autorités japonaises ne reculeront pas. Pour trois raisons fondamentales. La première tient à la symbolique des Jeux. Le Premier Ministre japonais, Yoshihide Suga, l'a confié il y a quelques jours : "Je suis déterminé à ce que le Japon offre des Jeux sûrs comme une preuve que l'humanité peut triompher du virus". Tous les efforts du gouvernement vont dans ce sens.
 

Eviter la banqueroute  !

Le deuxième enjeu est évidemment financier. Le report des Jeux de juillet 2020 à juillet 2021 a déjà coûté très cher au Japon. La facture vient de monter à plus de 13 milliards d'euros pour l'organisation des Jeux Olympiques et Paralympiques qui suivront. Nul besoin d'être grand mathématicien pour comprendre que l'annulation serait une catastrophe pour l'archipel. Mais aussi pour le Comité International Olympique lui-même.

Car les revenus issus des droits TV constituent une manne d'argent considérable. Ne pas diffuser les Jeux reviendrait, pour le CIO à entrer dans une crise sans précédent. Par ailleurs, 90% des revenus du CIO sont redistribués vers les fédérations sportives et les sportifs. On parle là, en matière de revenus, de plusieurs milliards de dollars par olympiade. 

Sans oublier ceci : renoncer aux Jeux ouvrirait la porte à une indemnisation considérable auprès des diffuseurs et des sponsors principaux qui ont ouvert largement les cordons de la bourse olympique. Et l'on évoque pas encore la perspective de combats juridiques sans fin. 

La géopolitique s'invite au débat

Enfin, ne négligeons pas que cette grande fête de l'humanité est aussi une vitrine politique de premier choix. Si le Japon vainc le virus, le pays en sortira grandi. Par contre si Tokyo annule ses JO, il sera à jamais pointé comme un endroit de déshonneur olympique. Et si d'aventure les Jeux olympiques d'hiver de janvier 2022, soit 6 mois plus tard, ont lieu en Chine (comme prévu), le coup serait d'autant plus difficile à digérer pour Tokyo. Imaginez le contexte : le Japon grand perdant...la Chine grande gagnante. Pas besoin d'aller plus loin pour saisir l'importance géopolitico-sportive de ce scénario du pire pour les Japonais.

 
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