Le regard d'une maman sur Kevin, Jonathan, Dylan, et Olivia

Kevin, Jonathan, Olivier, Dylan Borlée
Kevin, Jonathan, Olivier, Dylan Borlée - © NICOLAS MAETERLINCK - BELGA

Dans quelques heures, la Belgique participera aux séries du 4 fois 400 mètres. On sait que 3 des 4 coureurs appartiendront à la famille Borlée. Un événement peut-être unique dans l'histoire olympique.

L'occasion de rencontrer celle qui connaît le mieux Kevin, Jonathan, et Dylan Borlée, leur maman, Edith De Martelaere...

 

Edith, quand vos enfants, les 3 garçons et Olivia, sont sur la piste, vous ne ressentez évidemment pas les mêmes émotions que nous, "simples" spectateurs, téléspectateurs, ou supporters...

 

Pour moi, la priorité, c'est le bonheur de mes enfants. Il ne s'agit pas d'athlètes et de résultats, ce sont mes enfants avant tout. Et le plus important, c'est leur bonheur. Je les regarde avec mes yeux de maman et mon coeur de maman.

 

Et leur bonheur ne vient pas forcément de l'athlétisme. Ca occupe évidemment une énorme place dans leur vie, mais ce n'est pas tout...

 

Non, ce n'est pas tout. Leur bonheur, c'est aussi leur relationnel, leur découverte de la vie, c'est tellement de choses. Et c'est sûr que l'athlétisme, forcément, y participe, puisqu'ils ont fait le choix de s'épanouir dans l'athlétisme. Et qu'à travers ça, ils découvrent certaines forces, et des moments émotionnels très forts, très joyeux, mais plus difficiles aussi. C'est un chemin de vie. S'ils peuvent le voir comme une manière d'évoluer et de grandir personnellement, alors ça devient vraiment intéressant.

 

En tant que maman, comment vivez-vous les courses de vos enfants ? Dans quel état êtes-vous ?

 

Je suis souvent très stressée. Si je regarde les courses à la télévision, ou si je suis dans le stade, je crie... C'est une manière de lâcher la pression, et de les encourager de façon lointaine ou virtuelle. Je leur donne de l'énergie. Mais c'est vrai qu'il y a toujours du stress. Je redoute qu'ils soient déçus, qu'ils fassent une contre-performance et qu'ils soient mal après. Ils concentrent tellement tout là-dessus, qu'une défaite est difficile à vivre, pour eux. Même s'ils remontent assez vite la pente. Mais on aimerait bien qu'ils soient toujours heureux, toujours contents, même si je sais que ce n'est pas possible. Et que les moments où on ne l'est pas sont aussi des moments où on va chercher d'autres forces pour, après, être encore plus solides.

 

C'est chez leur maman qu'ils viennent se faire consoler, ou fêter les bons résultats ?

 

Quand ils viennent, ce sont des moments où on ne parle pas trop d'athlétisme. On fait un repas, on relate les souvenirs d'enfance. C'est une bulle, dans laquelle ils décompressent un peu. On ne refait pas l'histoire de la course, on ne la ré-analyse pas. On est simplement ensemble et on passe un bon moment. En tout cas, si moi je peux leur apporter cet espace dans lequel ils lâchent la pression, et où ils peuvent sortir de ce cercle parfois un peu enfermant, et ressentir autre chose, je suis heureuse de pouvoir au moins leur apporter ça.

 

Pour arriver là où ils sont, il faut bosser. Ce sont de grands travailleurs ?

 

Oh oui, c'est loin d'être facile. L'athlétisme est un sport très ingrat. Dans certains sports, il y a la notion de jeu, mais pas en athlétisme. Il y a ce dépassement de soi permanent. Ca ne vient pas tout seul. Pour avoir fait moi-même de l'athlétisme, je sais qu'il y a des séances où on en arrive à avoir envie de vomir. C'est très exigeant pour le corps, pour le mental, il ne faut rien lâcher. Oui, ce sont des travailleurs. On dit souvent qu'ils sont tombés dans la marmite. Mon ex-mari était un grand champion, moi j'ai été sprinteuse aussi, donc ils ont forcément hérité de nos gênes de l'athlétisme, mais ça ne suffit pas...

 

Dylan est le plus jeune. Il est arrivé plus tard à l'athlétisme. Vous l'avez protégé, d'une certaine manière ? Et ses frères aussi ?

 

Il a aussi mis plus de temps à arriver parce qu'il a eu une poussée de croissance très importante. Et donc il a dû être patient et travailler, pour que son corps accepte les efforts musculaires qu'on allait lui demander. C'est sûr qu'il a été bien protégé. En tout cas, il a reçu l'expérience de l'athlétisme des plus grands. Et là, on voit encore une fois que la fratrie a été un moteur. Il est le plus jeune des athlètes, mais pas mon plus jeune enfant. J'ai 6 enfants. Au niveau des athlètes, c'est lui qui a suivi la voie le plus tardivement.

 

Les plus connus sont Kevin et Jonathan. Avec les jumeaux, on a tendance à confondre, à dire "les jumeaux", au lieu de les distinguer. Quelles sont leurs différences les plus flagrantes ?

 

Quand ils étaient petits, j'ai toujours fait attention, justement, à les distinguer de manière assez forte. De leur donner leur propre place, leur personnalité, de les habiller différemment. Et forcément, au fil du temps, ils se différencient de plus en plus en grandissant. Parce qu'ils vivent différemment, ils acquièrent des émotions différentes. Ils naissent en tant que jumeaux, puis la vie les façonne différemment. Mais ils ont quand même un lien unique de jumeaux. Il n'y a rien à faire, quand on a passé 9 mois ensemble dans le ventre d'une maman, il y a quelque chose qui est vraiment très particulier.

 

Vous vous dites qu'ils vont faire toute leur vie dans l'athlétisme ? Qu'après leur carrière, ils vont continuer dans l'athlétisme ?

 

Pas spécialement. C'est clair que ça leur ouvre des portes et qu'il y a des possibilités, mais pour l'instant on n'en parle pas trop. Ils vivent des choses intenses, une grande expérience. Et on verra ce que la vie va leur proposer. C'est clair qu'on choisit des directions, et parfois on vit des expériences auxquelles on ne s'attendait pas. On peut se rendre compte tard qu'on aime quelque chose que l'on n'avait pas eu le temps de découvrir. Après leur carrière, tout va s'ouvrir encore plus. Je les laisse vivre l'instant présent, et je me dis que tout ce qu'ils acquièrent maintenant comme forces, comme expériences, leur servira, quelle que soit la voie qu'ils emprunteront

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