JO Tokyo 2020 : éviter le coup de chaud, comment les sportifs se sont préparés aux conditions extrêmes de Tokyo

Principale crainte avant l'apparition du Covid-19, la combinaison chaleur et humidité attendue lors des Jeux olympiques au Japon a forcé les sportifs à préparer leur corps à ces conditions extrêmes, un passage obligatoire sur le chemin de la médaille.


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"Pschiiit"... Des bonbonnes crachent de la vapeur dans la pénombre seulement perturbée par des néons verts. Au coeur de la "thermo room" de l'Institut national du sport, de l'expertise et de la performance (Insep) à Paris, Hassan Chahdi, torse nu perlé de sueur, survole le tapis de course de sa foulée légère. Il fait 34 degrés, le taux d'humidité affiche 70%, l'air est très lourd.

 

Après une heure de footing, le marathonien français sort de la chambre noire. Pesée, prélèvement de la sueur, évaluation de la fatigue et des sensations, comme la veille, comme le lendemain. En cette fin mai, l'athlète de 32 ans suit un protocole d'adaptation à la chaleur, véritable ennemi de la performance, d'autant plus dans les sports d'endurance.

"Avec l'humidité, on évapore moins la sueur, donc la peau se refroidit moins. La température corporelle augmente, la fréquence cardiaque aussi", explique le Canadien Julien Périard, chercheur à l'Université de Canberra en Australie, et spécialiste de l'adaptation à la chaleur.

En faisant un effort dans ces circonstances, "on se déshydrate et quand on perd beaucoup d'eau ça baisse la capacité de suer", poursuit-il. La température corporelle est alors encore moins bien régulée, ce qui conduit à sous-performer et peut entraîner un malaise. Le "cercle vicieux", selon l'expression du chercheur, peut avoir de cruelles conséquences.

"Pas les performances habituelles"

Pour contrer au mieux ces effets néfastes, des participants de nombreux sports (athlétisme, triathlon, voile, rugby, etc.) ont décidé de s'acclimater en s'exposant aux conditions bien avant leur objectif, en l'occurrence les Jeux olympiques (23 juillet-8 août), où la température attendue oscillera entre 32 et 35 degrés et l'humidité entre 70 et 80%.

Les spécialistes recommandent au moins un stage (entre 10 jours et deux semaines) situé plusieurs semaines avant la compétition, avec une exposition quotidienne courte (entre 1h et 1h30) que ce soit avec un effort modéré ou même de façon "passive", dans un bain chaud par exemple. Le tout avant de s'acclimater naturellement sur place quelques jours avant son épreuve.

"Au début on transpire beaucoup, on sent que le corps s'adapte. Les 15 premières minutes il fait très chaud, ensuite on transpire et on trouve une allure confortable", relate Hassan Chahdi, au coeur de son 2e stage. Déjà exposé une première fois en février, l'athlète a pu constater les bénéfices de son programme lors d'un semi-marathon à Djibouti en mars.

"Mais même en étant acclimaté, vous ne verrez pas les performances habituelles, les athlètes vont être obligés de réguler leur vitesse de course pour +performer+ dans ces conditions", prévient le Français Franck Brocherie, chercheur en physiologie de l'exercice et environnementale, maître de la "thermo room" à l'Insep.

"Tout le monde peut s'adapter"

Pour les spécialistes, ces protocoles sont indispensables avant Tokyo (ou Sapporo où les épreuves de marche et le marathon ont été relocalisés sur décision en 2019 du Comité international olympique, inquiet des risques de conditions caniculaires à Tokyo), même s'ils ne garantissent pas le succès au pays du soleil levant.

"L'être humain est un animal tropical très bien thermo-régulé, tout le monde peut s'adapter à la chaleur. Les capacités de thermo-régulation de l'être humain et son endurance ont été un avantage dans l'évolution pour chasser des animaux plus forts et plus rapides", explique le Français Sébastien Racinais, directeur de recherches à la clinique du sport Aspetar au Qatar et ponte du domaine.

"Si tout le monde ne le fait pas avec la même amplitude et à la même vitesse, tous les athlètes vont bénéficier de s'entraîner à la chaleur. On peut cependant avoir deux athlètes de même niveau qui répondront de façon très différente".

"Avec une exposition à la chaleur on peut avoir des baisses de performances de 10%, détaille-t-il. L'objectif de l'acclimatation est de compenser cette baisse de performance. Selon le sport, l'athlète, les conditions précises, on arrivera à compenser tout ou partie de cette baisse".

"Les autres protocoles d'entraînement comme les stages en altitude font gagner 1% de performance, illustre-t-il. Donc l'acclimatation est beaucoup plus importante que tous les autres types de préparation terminale".

Pour les athlètes qui ne disposent pas d'une chambre dernière génération, le système D fonctionne aussi.

Après s'être effondré lors des Jeux du Commonwealth à Gold Coast (Australie) en 2018, le marathonien britannique Callum Hawkins avait préparé avec succès les Mondiaux de Doha en 2019 (4e) dans l'abri de jardin de ses parents, équipé d'un tapis de course et de radiateurs. Il a répété l'expérience avant Tokyo, où il est candidat à une médaille.

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