JO de Tokyo 2020 : bienvenue au sauna…

La victoire malgré la chaleur : Rio a montré que c'était possible...
La victoire malgré la chaleur : Rio a montré que c'était possible... - © ERIC FEFERBERG - AFP

On savait les Japonais friands de saunas, qui constituent un véritable sacerdoce au Pays du Soleil Levant. Sauf que les Jeux Olympiques 2020 tomberont en plein été caniculaire à Tokyo. La préparation et l’acclimatation seront donc capitales. Le Team Belgium cycliste a confié ses soins à Peter Hespel, spécialiste de l’acclimatation à la chaleur à la KUL (Université de Leuven), qui prépare aussi les équipes nationales de foot lors des tournois prestés dans les pays chauds. Car oui : la course cycliste olympique sur route, le 27 juillet 2020,  sera un véritable sauna à ciel ouvert.

Fin juillet à Tokyo, la chaleur atteint traditionnellement 35° avec un taux d’humidité qui dépasse les 80% " explique le Professeur Hespel. " Ce sont les pires conditions possibles pour arriver à maintenir la température du corps en plein exercice sportif. Pour s’acclimater, il faut non seulement se mettre dans des conditions de chaleur similaires, mais aussi produire un effort équivalent à la perte en transpiration d’un litre d’eau par heure. Se contenter de se mettre au repos dans la chaleur et l’humidité, comme dans un sauna, ne sert à rien : il faut faire l’exercice et faire travailler le corps. On peut recréer ces conditions chez nous dans des caissons adaptés.   "

Une acclimatation idéale dure deux semaines : pas évident de dégager autant de temps ou d’arriver si tôt sur le site de compétition, vu les agendas fournis des cyclistes pros. Dans la chaleur, on constate que les performances de sprint sont meilleures, car les muscles gagnent en explosivité. Mais c’est le contraire pour les efforts de résistance et d’endurance : sous la canicule,  les performances décroissent pour les épreuves au-delà de 5.000 m.

Tout dépend également du métabolisme de chacun " poursuit le Professeur Hespel. " Lors des Jeux Olympiques de Pékin en 2008, Sven Nys était engagé dans l’épreuve de VTT et perdait… 3 litres de sueur par heure : son corps réagit très mal à la chaleur ! Ce n’est tout simplement pas possible, techniquement, sur le vélo, de boire 3 litres par heure pour se régénérer. Il y a aussi une importante perte de sel, que l’on ne peut pas compenser assez vite. De là, il peut se produire des accidents très sérieux. "  

La réactivité à la chaleur sera donc un véritable critère de sélection pour le sélectionneur Rik Verbrugghe avant les JO 2020. Certains, comme Greg Van Avermaet et Victor Campenaerts partent avec un quinze d’avance.

C’est par de fortes chaleurs que j’ai enlevé mes plus belles victoires " explique Greg Van Avermaet. " A Rio aux JO 2016, il faisait aussi très chaud : je compte donc aller à Tokyo pour gagner. " Le recordman de l’heure, qui visera le chrono à Tokyo, ne dit pas autrement. " Froid ou chaud, j’ai toujours aimé les températures extrêmes " explique Victor Campenaerts : " La chaleur et l’humidité ne me font pas peur, au contraire j’aime ça ! "

Le préparateur va aussi agir sur le psychologique, notamment via des vestes réfrigérées. Car la chaleur est aussi et d’abord un ressenti.

On ne peut pas refroidir une masse de 60-70 kg simplement en mettant une veste glacée " poursuit Peter Hespel. " Mais c’est important pour le moral : le cerveau envoie un signal de mieux-être, et c’est le corps tout entier qui en bénéficie. Les vêtements de refroidissement n’agissent que sur la peau, pas sur la température interne du corps. Mais c’est beaucoup mieux d’avoir une température de 35° et d’avoir l’impression que ça va encore, que d’avoir une température ambiante de 35%... et avoir la perception qu’il en fait 45 ! "

Reste qu’en désignant des villes au climat subtropical (Pékin, Rio, Tokyo, Doha), les grandes organisations méprisent la santé des sportifs. Même si le Mondial de foot au Qatar a finalement été déplacé à décembre.

C’est le problème des calendriers sportifs qui sont surchargés, mais aussi mondialisés : tous les pays ont le droit d’accueillir de grands organisations" conclut Peter Hespel. "Et quand les Africains habitués à de fortes chaleurs viennent courir chez nous, par 15 ou 20°, c’est aussi une adaptation pour eux... C’est donc chacun son tour. Mais c’est clair que la santé des sportifs n’est plus une priorité pour les organisateurs. Il y a aussi les enjeux écologiques : cela n’a aucun sens d’organiser une Coupe du Monde de foot au Qatar dans des stades… climatisés. Mais on sait sur quoi cela se joue… "

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