JO Anvers 1920 : Histoires de familles (1/3), avec l'arrière-arrière-petite-fille d'Hubert Van Innis

Hubert Van Innis et son arrière-arrière-petite-fille, Sarah Prieels
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Hubert Van Innis et son arrière-arrière-petite-fille, Sarah Prieels - © DR

Il y a cent ans, Anvers accueillait le plus grand événement sportif jamais organisé dans notre pays, les sixièmes Jeux Olympiques. Des Belges y ont participé; des Belges y ont brillé.

Un siècle plus tard, leurs descendants ont forcément gardé quelques documents, et ont bien sûr quelques histoires à raconter. Nous vous proposons, pendant trois jours, d’entendre, et de lire, quelques histoires de familles. De familles d’Olympiens de 1920…

Nous vous avons déjà raconté le parcours d’Hubert Van Innis, le premier champion olympique belge. Il est toujours le Belge le plus titré de l’histoire, avec ses six médailles d’or, gagnées en tir à l’arc. Il a aussi décroché trois médailles d’argent. Le tout à Paris en 1900, et à Anvers en 1920. Il est aussi l’archer le plus médaillé de l’histoire des Jeux.


>> Retrouvez ici tous les articles déjà publiés sur les Jeux olympiques de 1920


Sarah Prieels est l’arrière-arrière-petite-fille d’Hubert Van Innis. Elle a trente ans. Sa passion ? Le tir à l’arc, qu’elle pratique au plus haut niveau. Elle a été championne d’Europe à plusieurs reprises, et médaillée aux Championnats du monde. Elle a gagné des Coupes du monde, et elle a battu le record du monde de la discipline.

Entretien…

Sarah, qui fait le lien entre vous et votre arrière-arrière-grand-père ? Autrement dit, qui l’a connu et a pu vous en parler ?

Mon papa l’a connu, pendant dix ou douze ans. C’était son arrière-grand-père. Et il a des bons souvenirs. Moi, j’ai vu des photos. Comme dans toutes les familles, on se raconte la vie de ceux qui étaient là avant nous. Je fais du tir à l’arc, et c’est grâce à lui, je suppose. C’est resté dans la famille. Et cela restera encore, parce que la génération suivante tire aussi. C’est assez chouette. Et puis, j’ai un autre arrière-arrière-grand-père, Jérôme Demayer, qui était dans la même équipe, à Anvers. Il a aussi gagné la médaille d’or, avec Hubert Van Innis.

Quand vous étiez petite, les Jeux Olympiques étaient un sujet très présent, dans les réunions de famille ?

Apparemment, quand j’avais deux ans, à l’époque des Jeux Olympiques de Barcelone, on diffusait du tir à l’arc à la télévision, et ça m’intéressait beaucoup. J’aimais ça, alors qu’aucun participant n’était de la famille. Mes grands-parents avaient enregistré la finale, avec le Français Sébastien Flute. Mon papa me raconte encore que je demandais souvent à "revoir Sébastien". Et la cassette tournait en boucle. Et oui, on parlait beaucoup de tir à l’arc à la maison. Les deux côtés de ma famille se sont rencontrés via le tir à l’arc. Donc, ce sport est très présent, chez nous. Il n’y a pas de réunion de famille sans que ce sujet ne soit abordé.

Et en plus de parler du tir à l’arc, on parle beaucoup de votre ancêtre, Hubert Van Innis ?

Non, pas vraiment. Quoique, on en parle énormément ce mois-ci, à l’occasion du centenaire des Jeux Olympiques d’Anvers. Et tous les quatre ans, ça revient, parce qu’on en parle dans les médias. Tous les quatre ans, j’ai droit à un article, écrit par la Fédération internationale de tir à l’arc. J’ai encore fait une interview avec eux il y a quelques jours. Donc oui, on en parle, mais pas autant que quand j’étais petite, et que mes grands-parents étaient là, pour faire le lien.

Avez-vous, vous ou vos parents, des objets qui datent de l’époque où Hubert Van Innis participait aux Jeux ? Des articles, des photos, des médailles ? Où sont-elles, d’ailleurs, les neuf médailles olympiques qu’il a gagnées ?

Mon papa a encore trois médailles, une statuette offerte aux vainqueurs à Anvers, et une pipe avec son nom. Il reste quelques souvenirs, dans la famille. Et quelques photos d’époque.

Et où sont les six autres médailles ?

Aucune idée. Apparemment, il distribuait beaucoup de choses. A l’époque, les tournois offraient des couverts en argent comme trophées. Il en a gagné 350. Il a fini par les utiliser dans le restaurant qu’il a ouvert. Et les gens les ramenaient chez eux, comme souvenirs, parce que c’était des couverts gagnés par un grand champion.

On a pu lire qu’après ses victoires, il nettoyait son restaurant avec du champagne…

J’ai lu la même chose, et je n’en sais pas beaucoup plus. Je suppose qu’il ouvrait une bouteille de champagne après chaque victoire, et que cela finissait en tournée générale, en célébration extravagante. Et c’est vrai qu’une fois, en 1902, il a utilisé du champagne pour nettoyer son restaurant, au lieu de l’eau et du savon.

Y a-t-il une anecdote sur lui, qui se raconte volontiers en famille ?

Mon papa m’a dit que pour la famille, son titre de champion du monde de 1933 avait été considéré comme plus important que ses médailles olympiques. Il avait 67 ans, et il est l’archer le plus âgé à être devenu champion du monde. Encore aujourd’hui, on peut tirer à l’arc très tard, mais pas à ce niveau-là.

Vous nous disiez que le tir à l’arc était très présent, des deux côtés de votre famille. Cela veut dire que depuis Hubert Van Innis, on a pratiqué ce sport à chaque génération ? C’est comme une évidence, et cela a été une évidence pour vous ?

Cela a été une évidence pour moi, oui. Je pense que sa fille n’a pas fait de tir à l’arc, parce qu’à l’époque, c’était un sport masculin. Mais son petit-fils, mon grand-père, a fait du tir à l’arc, et a été juge international. Sa femme a fait du tir à l’arc. Le papa de sa femme, mon arrière-grand-père, aussi, à un haut niveau. Et il a été président de la Fédération internationale. Mon papa a été en équipe nationale. Et puis, il y a moi. Et de l’autre côté de la famille, mon grand-père maternel a été champion du monde en 1961. Ma maman a aussi tiré, mais elle n’a pas été en équipe nationale. Elle le faisait juste pour l’amusement, et ses frères aussi. Mon frère était en équipe nationale en 1996. Un de mes cousins a participé à des championnats avec moi. Mon neveu et ma nièce tirent. C’est vraiment ancré dans nos gênes.

On vous a mis un arc et des flèches dans les mains quand vous étiez toute petite ? Avez-vous des souvenirs de la première fois ?

Non, j’étais trop jeune. Mais je me souviens de mon premier vrai arc. J’avais huit ans, et je l’ai reçu pour mon anniversaire. C’est gravé dans ma mémoire. Avant cela, j’avais des arcs en plastique, et des flèches avec ventouse, comme beaucoup d’enfants. Pas mal de gens disent que je suis née au club de tir à l’arc. Et effectivement, j’ai passé toute ma vie dans ce club. Tout le monde me connaît, c’est pour moi une seconde famille.

Et tout le monde sait que vous êtes l’arrière-arrière-petite-fille d’un grand champion olympique ? Vous ne portez pas le même nom que lui, donc les gens ne sont pas forcément au courant, dans le milieu…

Oui, maintenant, avec tous les articles que la Fédération internationale publie, et les articles qui sont récemment parus en Belgique, tout le monde le sait.

Le tir à l’arc est une vraie passion, pour vous ? Ce n’est pas une obligation familiale ?

Je vis tir à l’arc, je travaille tir à l’arc, je suis tir à l’arc. Le tir à l’arc fait partie de ma vie, quotidiennement. C’est mon travail, c’est ma passion. J’ai beaucoup de chance que les deux soient liés. Cela n’a jamais été une obligation. Depuis le début de la pandémie, je ressens un gros manque.

En ce moment, vous êtes privée de compétitions et d’entraînements ?

Aucune compétition n’est prévue pour 2020. Pour m’entraîner, je dois aller jusque chez mon coach, qui est à une heure et demie de chez moi, à Edimbourg. Comme il n’y a pas de compétitions prévues, j’essaie de diminuer les frais et de ne pas aller trop souvent. J’y vais un fois par semaine. Sinon, je tire à dix mètres, dans mon appartement.

Avez-vous eu l’occasion de rencontrer d’autres descendants d’Olympiens, dans des réunions organisées par le COIB, ou dans d’autres circonstances ?

Non, jamais, mais j’aimerais bien. Ce serait intéressant de voir si le sport est une tradition familiale, comme chez nous, ou si cela s’est perdu au fil des générations.

Et participer aux Jeux Olympiques, vous en rêveriez, vous aussi ?

Malheureusement non, parce que je sais que ce n’est pas possible. Il y a deux types d’arc. Et celui que j’utilise ne va pas aux Jeux Olympiques. Donc, cela n’a jamais vraiment été un rêve. Et je ne pense pas que les règles changeront un jour, en tout cas pas durant ma carrière. Maintenant, j’ai eu la chance d’aller aux World Games. Ce n’est pas la même atmosphère que les Jeux, c’est beaucoup plus petit. Mais cela a été une belle occasion, pour moi, d’être membre du "Team Belgium". Et l’année dernière, je suis allée aux Jeux Européens, avec la délégation belge. C’est une sensation vraiment différente, quand on représente son pays.

Quelle est la différence entre le tir à l’arc que vous pratiquez, et celui qui est une discipline olympique ?

Moi, j’utilise un arc à poulie. C’est donc un arc différent, avec des poulies. Au lieu de tirer la corde avec les doigts, on a un décocheur.

Et si vous essayez l’arc olympique, vous n’allez pas forcément réussir de bons résultats ?

J’ai essayé, quand j’étais jeune. Mon premier arc était un arc olympique. Mais j’ai dû arrêter après trois mois, à cause de douleurs et d’un début de tendinite.

Vous le disiez, votre papa a encore des médailles de son arrière-grand-père. A-t-il aussi des médailles gagnées par vous ? Ce serait une façon de boucler la boucle…

Oui, certaines de mes médailles sont à la maison, en Belgique. On a tous apporté notre pierre à l’édifice, je dirais…

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Ecoutez l’interview de Sarah Prieels…

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