JO 1920: Et Victor Boin entra dans la légende olympique en prêtant le premier serment

Lors des cérémonies d’ouverture des Jeux Olympiques, le protocole répond toujours à un scénario bien établi qui s’ouvre toujours par le discours du Chef d’Etat du pays organisateur. Et se termine immanquablement par l’arrivée du dernier relayeur de la flamme et l’allumage de la vasque olympique. Entre ces deux temps forts, c’est le long défilé des nations participantes derrière leur porte-drapeau. Mais, depuis 1920, l’arrivée du drapeau olympique et le serment des athlètes, proclamé par un des leurs, fait aussi partie d’un " décorum " immuable. Le baron Pierre de Coubertin, le père des Jeux Modernes, avait conçu le drapeau des Jeux avec les anneaux olympiques dès 1913. Mais la première guerre mondiale avait obligé le CIO a annulé les Jeux de 1916, prévus à Berlin. 


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Quatre ans plus tard, Anvers hérite des Jeux de la VIIème Olympiade et le fameux drapeau fait alors son apparition. En même temps qu’une autre nouveauté : le serment des athlètes. " Nous jurons de prendre part aux Jeux Olympiques en compétiteurs loyaux, d’observer scrupuleusement les règlements et de faire preuve d’un esprit chevaleresque pour l’honneur de nos pays et pour la gloire du sport ". C’est le texte originel écrit par de Coubertin lui-même. Un texte qui évoluera d’ailleurs au fil des décennies. " C’est ainsi que " l’honneur de nos pays " deviendra " l’honneur de nos équipes ", atténuant de la sorte le côté nationaliste du discours. En 1972, lors des Jeux d’Hiver à Sapporo, les arbitres, eux aussi, prêteront un serment. Imités, enfin par les entraîneurs depuis les Jeux de Londres en 2012.

Héros de la guerre

Pour prêter ce premier serment olympique à Anvers, il fallait une personnalité belge exceptionnelle. Un nom se dégage immédiatement, celui de Victor Boin. Un sacré personnage que ce Victor Boin: sportif éclectique et de haut niveau, as de l’aviation, directeur de théâtre, journaliste, il a déjà eu plusieurs vies avant ces Jeux d’Anvers qu’il aborde à 34 printemps. D’abord tourné vers le hockey sur glace, le Bruxellois brille ensuite en natation et surtout en water-polo. Avec l’équipe belge de poloïstes, il décroche deux médailles olympiques, l’argent puis le bronze, en 1908 et en 1912, mais notre homme se révèle bientôt un fin escrimeur. Il remportera d’ailleurs une nouvelle médaille d’argent par équipes lors des Jeux d’Anvers, dans son arme favorite : l’épée. Toujours partant pour de nouvelles aventures, toujours assoiffé de nouvelles expériences, Boin part en France pour y diriger… un théâtre. Dans les cénacles artistiques, il se lie d’amitié avec Sacha Guitry et Maurice Chevalier puis épouse l’artiste dramatique parisienne Jeanne-Georgette Loyer. Mais, bientôt, la nouvelle passion de Victor Boin s’appelle l’aviation. Le hobby deviendra finalement un état de service. Il sert en effet comme adjudant dans l’armée belge pendant la première guerre mondiale. Il est chargé de nombreuses reconnaissances au-dessus de la Manche afin d’y repérer des mines et des navires ennemis. Le 5 juillet 1918, il a même l’insigne honneur de transporter en hydravion S.M. la reine Elisabeth en Angleterre pour y assister aux noces d’argent du roi Georges et de la reine Mary. Le roi Albert, lui, a rallié la Grande-Bretagne avec comme pilote, le lieutenant Tony Orta. C’est la première fois que nos Souverains se rendent outre-Manche.

Journaliste et dirigeant

Promu au grade de lieutenant après la guerre, Victor Boin poursuit une brillante carrière de sportif et de journaliste. Dès 1913, il avait créé l’Association professionnelle belge des journalistes sportifs. Il occupera aussi des fonctions au sein de l’Association internationale de la presse sportive. Il sera encore présent aux Jeux de Paris en 1924, sans médaille cette fois. Il participe aux premier reportages sportifs radio à l’INR dans le début des années 1930. Journaliste spécialisé dans l’aviation, son activité professionnelle est intense.

En 1955, il devient, logiquement, le président du Comité Olympique belge. Mais Victor Boin se fixera encore d’autres challenges. De plus en plus nobles. Comme celui de s’intéresser à la pratique du sport par des personnes moins valides.  Il fonde en 1960 la fédération sportive belge des handicapés. Aujourd’hui encore, un trophée annuel porte son nom qui récompense le meilleur athlète handicapé de l’année.

Victor Boin décède le 31 mars 1974 à Uccle Il repose au cimetière de Saint-Gilles.

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