Alain Mimoun, le marathonien au mouchoir, aurait eu 100 ans ce 1er janvier

Alain Mimoun, né le 1er janvier 1921 à Maïder en Algérie, aurait eu 100 ans ce vendredi. L’athlète français, chouchou du public, est décédé en 2013. Mais il reste bien présent dans la mémoire collective.

Il y est rentré un jour de décembre en 1956 de l’autre côté de la terre. Il ne l’a plus quittée.

Il y a des images qui restent gravées dans l’histoire du sport, lithographier dans la rétine des fans. La photo d’Alain Mimoun, mouchoir sur la tête et dossard 13 sur le maillot, en route vers la victoire lors du marathon olympique de Melbourne en 1956 est de celle-là.

Derrière le cliché, il y a la légende. Et le principal intéressé est intarissable au moment de rembobiner le fil de son récit. Du périple qui l’a mené Down Under à la course elle-même, Mimoun virevolte d’une anecdote à l’autre.

Le voyage d’abord. "Je me suis entraîné à chaque escale. À New York, j’ai couru dans la rue. À Los Angeles, dans les couloirs de l’hôtel. À Honolulu, sur l’aéroport, pendant que les autres prenaient le thé. Aux îles Fidji, ils cassaient la croûte dans la nuit et moi je courais sur le sable !", se rappelait-il dans L’Equipe en 2000.

Le fameux mouchoir ensuite. "Vers le 32e kilomètre, il s’est mis à peser une tonne. La défaillance. Comme si j’avais une baraque sur le crâne. J’ai jeté le mouchoir, une petite blonde l’a ramassé, on ne l’a jamais retrouvée. Et j’ai confondu les deux ponts, celui qui était encore à 12 kilomètres du stade, où j’étais, avec celui qui n’était qu’à un kilomètre de l’arrivée… Je me croyais déjà champion olympique…" Une erreur d’appréciation qui n’a pas eu de conséquence. L’or et la gloire étaient au bout du chemin, de son chemin.

"Ce fut le tournant de ma vie, en tout cas un sacré virage. Et comme j’ai l’impression d’être encore plus populaire aujourd’hui qu’au lendemain de ma victoire. Il y avait 15.000 personnes à Orly. Elles ne m’ont pas laissé toucher terre".


Des signes du destin

Très croyant, Mimoun a vu les signes avant coureur de sa victoire. La naissance de sa vie télégraphiée la veille de la course, la météo enfin clémente et puis ce fameux dossard 13. Un chiffre qui lui portera bonheur.

Lui l’éternel second d’Emil Zatopek. A Londres en 48 (10000m), à Helsinki en 52 (5000 m et 10000m) et à l’Euro de Bruxelles en 50 (5000 et 10000m), le bon Alain a subi la loi de l’implacable Locomotive Tchèque. Cinq courses autant de médailles d’argent.

A Melbourne, son ami, diminué par une hernie quelques mois plutôt n’est pas dans le coup (6e). Mimoun lui découvre le marathon. Son coup d’essai est un coup de maître. "J’étais vierge ! Comme Zatopek, en 1952, il ne savait pas non plus ! D’ailleurs, il ne faut pas savoir. Le marathon, c’est l’aventure, c’est le destin !" On y revient.

Et dire que sa carrière – riche de 32 titres de champion de France et 86 apparitions avec le maillot tricolore dans des compétitions internationales – aurait pu ne jamais débuter.

L’horreur de Monte Cassino

Fervent patriote, il a lutté sur le front dès 1939. Il a aussi participé à la reconquête. En 44 à Monte Cassino, il est blessé au pied par un éclat d’obus en 44 et évite de justesse l’amputation. Sa vie aurait été différente s’il avait suivi les conseils du médecin.

Mimoun, déjà considéré comme un "vieux" en 56, use ses paires de pointes jusqu’en 1973. Le sport n’a pas quitté son quotidien pour autant. Il a toujours A entretenu sa condition physique. A 80 ans il courrait encore tous les jours. "Si tu veux mériter ton déjeuner (et un verre de Saint Emilion, son péché mignon, ndlr), il faut faire quelque chose !".


Après ses succès, sa verve, son franc-parler et son sourire ont continué à séduire les gens. Ils ont fait de lui l’un des héros les plus populaires du sport français.

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