1920-2020, le centenaire des JO d'Anvers : Un drapeau, cinq anneaux, la naissance d'un symbole

Le drapeau olympique
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Le drapeau olympique - © KIRILL KUDRYAVTSEV - AFP

C’est à Anvers, en 1920, que le drapeau aux cinq anneaux a flotté pour la première fois dans un stade olympique. Un siècle plus tard, ce logo (les anneaux) est universellement connu et reconnu comme l’image de l’olympisme. En 2014, le CIO, le Comité International Olympique, a commandé un sondage, qui a prouvé que ces anneaux étaient le symbole non-religieux le mieux identifié, partout dans le monde, quel que soit l’âge des personnes interrogées.

En 1912, les Jeux Olympiques de Stockholm accueillent pour la première fois des athlètes des cinq continents. En 1913, le baron Pierre de Coubertin, le père des Jeux Olympiques modernes, "invente", dessine pour la première fois, cet entrelacement d’anneaux.

Cinq anneaux inspirés par deux anneaux

Patricia Reymond est manager des collections, au Musée Olympique de Lausanne. "Les anneaux apparaissent sur une lettre écrite par Pierre de Coubertin au membre du CIO Godefroy de Blonay. Elle est datée du 15 juillet 1913. Des historiens, comme Karl Lennartz et Robert K. Barney, ont montré que l’idée des cinq anneaux s’inspire très certainement de l’emblème de l’USFSA, l’Union des Sociétés Françaises de Sports Athlétiques. Il représente deux anneaux entrelacés, un bleu et un rouge, sur fond blanc. Il s'agit sans doute d'une référence aux couleurs du drapeau français, ou aux couleurs de la ville de Paris. Les athlètes de l’USFSA ont commencé à porter cet emblème sur leurs maillots et sur leurs casquettes dès 1893. Le Musée Olympique possède une casquette avec ces deux anneaux."


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Un peu plus tard, Pierre de Coubertin fait réaliser plusieurs exemplaires du drapeau olympique par le magasin parisien du "Bon Marché". "L’exemplaire exposé au Musée Olympique, qui est à notre connaissance le seul subsistant de ce lot, provient d’un membre du CIO, Angelo Bolanaki, qui l’a utilisé pour la première fois à Alexandrie, en Egypte, le 5 avril 1914, lors d’un événement organisé pour les vingt ans de la rénovation des Jeux".

La présentation officielle du drapeau olympique a lieu quelques semaines plus tard, en juin 1914, lors de la Session du Comité International Olympique, à Paris. "Les photographies d’époque montrent que plusieurs drapeaux olympiques ont été déployés sur les lieux ayant accueilli la Session et le Congrès, mais aussi lors des fêtes organisées à cette occasion."

Les anneaux et le drapeau olympiques sont soumis au Congrès le 17 juin 1914, et le CIO les adopte officiellement. Ils sont censés être utilisés deux ans plus tard, lors des Jeux Olympiques de Berlin, mais le rendez-vous est annulé à cause de la Première Guerre mondiale.

Un symbole universel

Les anneaux olympiques sont aujourd'hui tellement célèbres qu’ils sont immédiatement reconnus, même quand ils sont à peine esquissés, pas colorés, voire détournés. Mais, bien sûr, ils sont officiellement toujours formés des mêmes cercles de couleurs, le bleu, à gauche, près de la hampe sur le drapeau, suivi du jaune, du noir, du vert et du rouge. Pierre de Coubertin écrit, dans la Revue Olympique de 1913 : "Ces cinq anneaux, bleu, jaune, noir, vert, rouge, représentent les cinq parties du monde désormais acquises à l’Olympisme et prêtes à en accepter les fécondes rivalités. De plus les six (y compris le fond blanc) couleurs ainsi combinées représentent celles de toutes les nations sans exception. Le bleu et jaune de Suède, le bleu et blanc de Grèce, les tricolores français, anglais, américain, allemand, belge, italien, hongrois, le jaune et rouge d’Espagne voisinent avec les innovations brésilienne et australienne, avec le vieux Japon et la jeune Chine. Voilà vraiment un emblème international".

Patricia Reymond précise que "la grande force du drapeau olympique réside dans sa simplicité et son universalisme. Coubertin a choisi les anneaux qui peuvent symboliser l’union ou la réconciliation. Certaines sources disent que chaque couleur est spécifiquement associée avec un continent mais c’est une erreur d’interprétation qui apparaît, à notre connaissance, dans les années 1930. Elle a été démentie plusieurs fois par le CIO".

Cinq anneaux à Anvers, pour une grande première

Même si des compétitions ont déjà eu lieu dès le mois d’avril, la cérémonie d’ouverture des Jeux Olympiques d’Anvers est organisée le 14 août 1920. Et c’est ce jour-là que le drapeau aux cinq anneaux est hissé pour la première fois dans un stade olympique.

Pendant ce temps-là, des centaines de drapeaux olympiques décorent la ville d’Anvers, les sites de compétitions, les monuments. L’athlète suisse Paul Martin l’avait raconté dans son livre, "Au Dixième de Seconde". "Les Belges avaient magnifiquement orné la cité. Des drapeaux olympiques flottaient partout avec leurs cinq anneaux multicolores. Les routes du stade se déroulaient sous la devise olympique mille fois répétée : 'Citius, altius, fortius'. A tous s’adressait le mot 'Bienvenue', que portait l’imposant arc de triomphe dressé en face de la gare principale. Et pour tous flottaient les oriflammes, les drapeaux olympiques et les étendards belges, dont les couleurs paraient les rues, les monuments et même la flèche de la cathédrale".

La transmission du drapeau

C’est également à Anvers que naît la coutume de transmettre le drapeau olympique à la ville organisatrice des Jeux Olympiques suivants. Patricia Reymond explique l’évolution de cette tradition. "En 1920, les organisateurs ont fait fabriquer un drapeau olympique en soie, souvent appelé 'drapeau d’Anvers', destiné à être remis à un représentant de la prochaine ville hôte, Paris. Ce geste est par la suite intégré dans le protocole des cérémonies olympiques. Entre 1920 et 1956, la passation du drapeau s’est faite pendant la cérémonie de clôture, qui marque la fin des Jeux. Entre 1960 et 1984, elle se déroule pendant la cérémonie d’ouverture, pour marquer le début des quatre ans que dure une Olympiade. En 1984, la passation se fait à la cérémonie d’ouverture, entre Moscou et Los Angeles, puis à nouveau à la cérémonie de clôture, entre les autorités de la ville de Los Angeles et celles de Séoul, ville accueillant les Jeux Olympiques d’été de 1988. Depuis cette date, la remise du drapeau a lieu pendant la cérémonie de clôture".

L’usure a eu raison du "drapeau d’Anvers"

Le drapeau transmis d’une ville à l’autre, de nos jours, n’est plus celui qui avait été fabriqué par les organisateurs des Jeux Olympiques d’Anvers. "Certains témoignages ont fait état du remplacement du fragile ''drapeau d’Anvers' au cours de l’histoire, en 1932 ou après la Seconde Guerre mondiale. Mais aucune certitude n’existe. Il est admis qu'en 1985, afin de remplacer le drapeau en soie d’Anvers, qui était en très mauvais état, les organisateurs des Jeux de Séoul 1988 ont fait réaliser un nouveau drapeau, qui est encore utilisé aujourd’hui".

Et le vrai "drapeau d’Anvers", qu’est-il devenu ? "Diverses sources mentionnent qu’il est retourné au Musée Olympique de Lausanne, mais il est introuvable. Des recherches dans les inventaires et correspondances des années 1980 n’ont pas permis de savoir ce qu’il est devenu".

Le nouveau "drapeau de Séoul", celui qui est toujours transmis d’une ville à l’autre, lors de la cérémonie de clôture des Jeux Olympiques, se trouve actuellement au siège du Gouvernement métropolitain de Tokyo, en attendant les prochains Jeux Olympiques, en juillet 2021.

Des drapeaux à admirer dans les musées

Il n'y a donc pas eu "un" drapeau olympique à Anvers, mais "des" drapeaux olympiques, sur les lieux de compétitions et dans la ville.  Et cela, même s'il y en a eu un plus mythique que les autres, le "drapeau d'Anvers". Il est toujours possible, aujourd’hui, de voir une bannière fabriquée pour le rendez-vous olympique belge. Pour cela, il suffit de se rendre au Sportimonium, le Musée du Sport d’Anvers, qui consacre en ce moment une exposition aux Jeux Olympiques de 1920.

Seuls deux drapeaux datant d’il y a un siècle sont conservés en Belgique, d’après les connaissances des spécialistes. L’autre est actuellement visible au MAS, le "Museum aan de Stroom", à Anvers.

Cet autre drapeau est plus petit, mais a une histoire plus "intéressante". Et carrément rocambolesque, que raconte Bregt Brosens, conseiller scientifique au Sportimonium. "Ce drapeau avait disparu, en 1920. Il avait été volé par le plongeur Hal Haig Prieste, médaillé de bronze. Il ne l’a rendu que presque 80 ans plus tard, à l’âge de 103 ans, au président du CIO de l’époque, Juan Antonio Samaranch. Ce drapeau a, dans un premier temps, été remis au Musée Olympique de Lausanne, avant d’être rendu à la ville d’Anvers."

Nous vous raconterons en détails l'histoire de ce drapeau volé, dans un prochain article de notre série consacrée au centenaire des Jeux Olympiques d'Anvers.

Pour en savoir plus sur l’exposition sur les Jeux Olympiques d’Anvers, organisée au Sportimonium, c’est ici

Pour en savoir plus sur l’exposition sur les Jeux Olympiques d’Anvers, organisée au MAS, c’est ici

Pour en savoir plus sur "Le Musée Olympique de Lausanne", c'est ici...

A noter que Le Musée Olympique de Lausanne propose également en ce moment une exposition sur le centenaire des Jeux d'Anvers.  Pour en savoir plus, c'est ici...

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