1920-2020, le centenaire des JO d'Anvers : Philip John Noel-Baker, médaillé olympique et Prix Nobel de la paix

Philip John Noel-Baker
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Philip John Noel-Baker - © DR

Des athlètes qui décident d’embrasser une carrière politique après leur retraite sportive, ce n’est pas rare. Mais ce qu’a fait Philip John Noel-Baker est unique dans l’histoire. Il est le seul médaillé olympique à avoir également été couronné par un Prix Nobel.

En août 1920, aux Jeux Olympiques d’Anvers, il a 31 ans. Ce spécialiste de la piste est nommé capitaine de la délégation britannique, et est désigné pour porter le drapeau de son pays lors de la cérémonie d'ouverture.

Il remporte sa série du 800 mètres, mais ne participe pas aux demi-finales, préférant se concentrer sur le 1500 mètres. Et quelques jours plus tard, le 19 août, il gagne effectivement une médaille d’argent sur cette distance. Jusqu’au bout, son objectif est de protéger la première place de son compatriote Albert Hill. Il court donc derrière lui, pour empêcher un adversaire américain de passer. Et il termine à une demi-seconde du vainqueur.


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Pendant les Jeux d’Anvers, il décide d’organiser des rencontres entre les athlètes de tous les pays participants. Certains estiment que, par cet acte, il a fait naître l’idée d’un village olympique. Le premier village olympique de l’histoire sera construit quatre ans plus tard, pour les Jeux de Paris.

Quand on lit le palmarès des épreuves d’athlétisme de 1920, on voit "Philip John Baker". C’est son identité, à l’époque. Le "Noel" est ajouté un an plus tard, quand il obtient officiellement l’ajout du nom de sa femme, Irene Noel, à son patronyme.

Cet athlète était déjà présent aux Jeux Olympiques de Stockholm, en 1912, terminant sixième du 1500 mètres. Et il participera encore aux Jeux de Paris, en 1924, en tant que capitaine de l’équipe britannique, et sans prendre part aux compétitions.

Pacifiste de naissance

Si Philip John Noel-Baker est resté dans l’histoire, ce n’est pas tellement pour ses exploits sportifs, mais c’est surtout pour ses actions politiques et diplomatiques. Il est né dans une famille de Quakers, un mouvement religieux protestant, prônant la philanthropie.

Pendant la Première Guerrre mondiale, il est à Ypres, et est le témoin direct des premières attaques au gaz de combat. Il crée une unité d’ambulanciers volontaires, active en France et en Italie. Cela lui vaudra des médailles militaires de la part de ces deux pays, et du Royaume-Uni.

Il a entrepris de brillantes études, en histoire et en économie, en Angleterre, aux Etats-Unis, en France et en Allemagne. Il parle sept langues. Plus tard, il enseigne dans plusieurs universités, en Grande-Bretagne, aux Pays-Bas, aux USA. Sporadiquement, parce qu’il a déjà entamé d’autres carrières.

Sa vie politique, il la consacre pendant plus de quarante ans au Parti Travailliste. Tout commence par un échec, en 1924. Il se présente aux élections législatives, mais n’est pas élu. Il se rattrapera, puisqu’il sera député de 1929 à 1970, et ministre, par intermittence, avant et après la Deuxième Guerre mondiale.

Tenter de construire un monde pacifique

Philip John Noel-Baker a pris part à la formation des deux grandes organisations politiques internationales du vingtième siècle, la SDN et l’ONU.

En 1919, il est l’assistant principal de Lord Robert Cecil, l’un des pères de la Société des Nations, lors de la Conférence de la Paix, à Paris. Ce rendez-vous, organisé par les vainqueurs de la Première Guerre mondiale, prépare le Traité de Versailles, durant lequel sera annoncée la création de la SDN. Ensuite, il est l’assistant principal de Sir Eric Drummond, le premier secrétaire général de la Société des Nations.

En 1945, il participe à la rédaction de la Charte des Nations Unies. Elle a été signée à San Francisco, et définit les buts et principes de l’Organisation des Nations Unies. L’ONU succède à la SDN.

Le désarmement, credo de toute une vie

Athlète, homme politique, diplomate, professeur, Philip John Noel-Baker est avant tout un militant. Toute sa vie, il s’est battu pour un désarmement total et mondial, à coups de discours et d’écrits. Il ne s’est pas contenté de le prôner, il en a aussi expliqué les modalités et les difficultés. Il estimait que la seule façon d’éviter la guerre, c’était de la rendre impossible, en stoppant la course aux armements. La négociation, la diplomatie, le compromis, doivent remplacer les conflits. C’est compliqué, mais faisable, selon lui. Et une grande partie de son travail est consacrée aux aspects pratiques de ces règlements pacifiques.

En 1958, au moment où la guerre froide s’intensifie, il publie le résultat de ses recherches dans un livre, "La Course aux armements, programme pour un désarmement mondial".

La guerre, maudite et sale

Ses recherches, ses écrits, et ses actes, lui valent le Prix Nobel de la paix, l’année suivante. Le Comité Nobel le décrit comme "un homme aux convictions fortes et constantes, un homme dont les efforts pour empêcher le déclenchement d’une guerre ont été incessants". Quand on lui annonce sa victoire, Philip John Noel-Baker déclare : "La guerre est une chose maudite et sale, qui a détruit civilisation après civilisation. C’est l’essence de ma croyance."

Le 11 décembre 1959 a lieu la remise du Prix Nobel, à Oslo. Le lauréat prononce un long discours, axé sur le désarmement et la paix. En réaffirmant que cela n’a rien d’utopique. "A une époque où l’atome a été divisé, la lune contournée, les maladies vaincues, le désarmement est-il si difficile à mettre en place, qu’il doive rester un rêve lointain ? Répondre par l’affirmative, c’est désespérer de l’avenir de l’humanité."

Malgré ses multiples activités, Philip John Noel-Baker s’est toujours préoccupé du monde du sport, réclamant le sport pour tous, l’amélioration des infrastructures sportives, et un Prix Nobel de la paix pour le Comité International Olympique. Et il a toujours trouvé le temps de faire du sport, deux fois par jour. A plus de quatre-vingts ans, Il fréquentait encore les courts de tennis.

Le seul médaillé olympique et Prix Nobel de la paix, meurt en octobre 1982, à 92 ans. La directrice générale du CIO, Monique Berlioux, écrit alors : "Il était la quintessence de l’intelligence, et un homme de grand coeur."

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