1920-2020, le centenaire des JO d'Anvers – L'hommage à la Belgique, des Jeux dans l'Histoire

L'affiche des Jeux Olympiques d'Anvers 1920
L'affiche des Jeux Olympiques d'Anvers 1920 - © @RTBF

Les Jeux Olympiques d’Anvers ont eu lieu il y a tout juste un siècle, en avril 1920, et surtout durant l’été 1920.  La cérémonie d'ouverture a été organisée en août, et les dates officielles des Jeux sont du 14 août au 12 septembre.  Mais dès le 23 avril, il y a 100 ans jour pour jour, les premières compétitions se sont déroulées sur la patinoire d'Anvers, en hockey sur glace. 

Nous allons tenter régulièrement, ces prochains mois, de vous les raconter. Les grands champions, les petites anecdotes, les nouveautés, les disciplines de l’époque, etc.

Mais il faut d’abord planter le décor… Le monde sort à peine de la guerre, l’Europe doit se reconstruire, la Belgique est choisie pour incarner ce symbole du renouveau que constituent, à l’époque, les Jeux Olympiques. Pourquoi Anvers ? Pourquoi si tôt après le conflit ? Voici les réponses, apportées par Paul Dietschy, auteur, historien, spécialiste de l’histoire du sport. Il a notamment écrit "Le Sport et la Grande Guerre", paru aux éditions Chistera.

Entretien…

Paul Dietschy, à peine un an et demi après la fin de la Première Guerre mondiale, Anvers organise déjà des Jeux Olympiques. Dans quel contexte la ville d’Anvers a-t-elle été choisie ?

Nous sommes dans l’après-guerre, et même dans une "sortie de guerre", parce que tous les problèmes, toutes les questions posées par la guerre, n’ont pas été résolus. En 1916, auraient dû avoir lieu les Jeux de Berlin. Pour des raisons évidentes, ils ont été annulés. Pierre De Coubertin avait déplacé le CIO, le Comité International Olympique, à Lausanne. Et il voulait faire reprendre les Jeux le plus rapidement possible. Très vite, il y a une évidence qui apparaît, pour lui, et pour le président du Comité Olympique Belge, le comte de Baillet-Latour: il faut organiser des Jeux de la Paix en Belgique, et plus particulièrement à Anvers.

Pour quelle raison ?

Parce que la Belgique apparaît comme le pays martyr, dont la neutralité a été violée. Et puis, Anvers a résisté héroïquement aux troupes allemandes, de la fin août au début du mois d’octobre 1914. Et la ville a donc apporté sa contribution à la victoire contre l’Allemagne. Et très vite, en avril 1919, le choix d’Anvers a été accepté, à l’unanimité, lors d’un congrès du CIO, à Lausanne. La ville d'Anvers est choisie, notamment grâce à l’appui du baron Pierre De Coubertin, contre d’autres candidatures, comme celles de Lyon et d’Amsterdam.

Tous les pays d’Europe ne sont bien sûr pas les bienvenus…

Cette volonté de faire renaître les Jeux apparaît durant les dernières années de la guerre. Et c’est une volonté qui est également teintée d’exclusions. On veut aussi faire des Jeux sans les puissances qui ont agressé. Et en premier lieu l’Allemagne. On veut, dans un premier temps, exclure pour très longtemps les athlètes allemands des compétitions sportives internationales. Et leurs alliés, les Autrichiens, les Hongrois, les Ottomans, les Bulgares. Donc, ce projet de Jeux Olympiques à Anvers est là pour célébrer la paix, mais également pour montrer que les puissances coupables de la guerre sont sanctionnées.

La ville d’Anvers a été désignée en avril 1919, pour des Jeux Olympiques qui ont commencé en avril 1920. C’est très court, même si on ne parlait pas encore du gigantisme des Jeux, comme actuellement…

C’est vrai que c’est un délai très court, d’autant que les précédents Jeux, à Stockholm, en 1912, avaient vu la construction d’un stade en dur. Ceci dit, au printemps 1919, on a préparé, dans le Bois de Vincennes, à Paris, les "Jeux interalliés", pour des délégations militaires des pays alliés. Et on avait construit un stade en quelques mois. Tout cela pour dire qu’à l’époque, les équipements sportifs ont peu à voir avec les énormes stades d’aujourd’hui. Donc, organiser des Jeux en si peu de temps est quelque chose qui est réalisable. En plus, à Anvers, il y a des plans d’eau qui ne sont pas très loin, pour les épreuves nautiques. Pour l’athlétisme, ce sont encore des pistes en cendrée, donc c’est facilement réalisable. Les terrains de football sont simplement des pelouses. Il reste à construire des tribunes. Mais elles ne sont pas érigées avec les standards de sécurité d’aujourd’hui.

Mais, à ce moment-là, la Belgique se remet à peine de la guerre…

La Belgique a été pillée par l’Allemagne, et en partie détruite, c’est une autre difficulté. Le siège d’Anvers a fait beaucoup de dégâts. Il y a aussi ce problème-là qui se pose. D’autant que l’Allemagne doit payer des réparations, mais rechigne à le faire. En 1920, les Jeux ont lieu juste après la Conférence de Spa, qui a défini les pourcentages attribués à chaque pays, pour les réparations allemandes. La Belgique doit toucher 8%. Mais pour le moment, l’Allemagne ne paye pas. Donc, il y a aussi cette question matérielle, qui sera résolue, notamment, par le volontarisme du gouvernement. Et aussi celui du Roi Albert Ie. Pendant la Première Guerre mondiale, il a beaucoup soutenu les équipes sportives militaires belges, notamment les équipes de football, pour montrer que la Belgique existait encore, et avait encore une représentation internationale. Même si elle était très largement occupée.

Organiser des Jeux Olympiques un an et demi après la fin de la guerre, cela participe aussi à la reconstruction morale de la population ? On reconstruit les bâtiments, mais on revit aussi le plus normalement possible ? On apprend à nouveau à s’amuser, et à s’intéresser aux exploits des sportifs du moment ?

Oui, cela fait aussi partie du rôle du sport. En 1919, mais surtout en 1920, toutes les grandes compétitions repartent, notamment en cyclisme et en football, les deux sports préférés des Belges. Donc, cela fait évidemment partie du retour à la normale, ces moments où l’on va ressentir une émotion qui n’est pas celle de l’inquiétude de la guerre. Il y a bien cette volonté de rendre compte d’un esprit national, que la guerre a raffermi, dans un pays qui commence à être marqué par les divisions entre Wallons et Flamands. Il y a donc, aussi, cette idée-là, de célébrer l’unité nationale. Ce qui, d’ailleurs, ne sera pas toujours illustré pendant les Jeux. Il y aura, par exemple, des dissensions par rapport à la composition de l’équipe nationale de football, entre joueurs wallons et joueurs flamands.

Ces Jeux Olympiques d’Anvers marquent un retour à la normale…

Il y a cette volonté de tirer un trait sur le passé. Et il y a cette notion de fierté nationale. C’est aussi une manière de célébrer l’importance de la Belgique. Le pays a également participé à la réattribution des colonies allemandes. Lors du Traité de Versailles, la Belgique reçoit le Ruanda-Urundi, qui était jusqu’alors une colonie allemande. Donc, il y a aussi cet aspect diplomatique, qui joue un rôle important. La Belgique a acquis un prestige, du fait de la résistance de ses troupes, du fait du comportement héroïque d’un certain nombre de civils belges ayant souffert d’une dure occupation allemande. On vient rendre hommage à la Belgique, dans ces Jeux-là. Il y a une double dimension, la fête, le spectacle de masse, et la célébration nationale.

Ecoutez Paul Dietschy, ci-dessous...

Sachez aussi que le Sportimonium, le Musée Belge du Sport et de l'Olympisme, consacrera une exposition aux Jeux Olympiques d'Anvers dès que les musées pourront à nouveau ouvrir leurs portes...

Newsletter sport

Recevez chaque matin l'essentiel de l'info sportive.

OK