1920-2020, le centenaire des JO d'Anvers : Duke Kahanamoku, champion olympique et "père du surf"

Duke Kahanamoku
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Duke Kahanamoku - © DR

Si vous impressionnez votre entourage, en enchaînant les longueurs en crawl, c’est peut-être un petit peu grâce à lui. Si vous surfez comme un champion sur les plus hautes vagues de l’Atlantique, vous lui devez beaucoup. Le surf sera pour la première fois une discipline olympique, lors des Jeux de Tokyo, en 2021. Sans lui, ce ne serait sans doute pas arrivé…

"Lui", c’était Duke Paoa Kahinu Mokoe Hulikohola Kahamamoku. Mais tout le monde l’appelait Duke Kahanamoku. Ou "le Duke"… Il a été champion olympique, en natation, aux Jeux d’Anvers, en 1920, mais il a été beaucoup plus que cela. Un athlète, un pionnier, un acteur, un homme de loi. Il a eu une vie bien remplie, et un destin extraordinaire.

"En dehors de l’eau, je ne suis rien"

Duke Kahanamoku naît en 1890, à Honolulu. A cette époque, Hawaï n’est pas encore le cinquantième Etat des Etats-Unis. C’est un royaume indépendant, mais qui ne le restera plus très longtemps. Il est annexé aux USA en 1898. Duke Kahanamoku est donc américain. Il grandit près de la plage de Waikiki, célèbre aujourd’hui dans le monde entier. Son destin est déjà tout tracé, l’eau sera son élément…

Il nage, il pratique le canoë et le surf, il plonge, il pêche. Il passe tout son temps libre à la plage, en compagnie de ses copains. Il devient très vite le leader de ce groupe de jeunes sportifs. "Les Beach Boys", comme les surnomme la population locale…

Une nouvelle technique, un record, l’incrédulité

Duke Kahanamoku ne se contente pas de batifoler dans l’eau. Il nage bien, et il nage vite. Grâce à une technique bien à lui…

Lors des premières compétitions de natation, à la fin du dix-neuvième siècle, la nage admise était la brasse. Le crawl, dédaigneusement surnommé "la nage des indigènes" était connu depuis l’Antiquité, mais il était considéré comme primitif et peu élégant, ne fût-ce qu’à cause des éclaboussures qu’il provoquait.

En 1900, la nage libre est acceptée lors des épreuves officielles. La nage libre, c’est le crawl. Mais il n’est pas codifié, et il évolue en permanence. Le jeune Kahanamoku est initié par des nageurs australiens, en visite dans son archipel. Il les imite, avant d’améliorer leur technique. Tout son corps est en mouvement, et c’est nouveau. Ses battements de jambes partent des hanches, et non plus des genoux.


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Le garçon d’Hawaï sera très bientôt la première grande star de la natation mondiale. Et on sait exactement quand la légende est née. Le 11 août 1911, il participe à une compétition organisée chez lui, dans le port d’Honolulu. Et il bat le record du monde du 100 yards (91 mètres). Ou plutôt, il pulvérise le record du monde, le faisant passer de 60 secondes à 55,4 secondes. Il bat également les records du monde du 220 yards, et du 50 yards.

Mais ces performances sont considérées comme douteuses, sur le continent. On soupçonne le chronométreur de s’être trompé, on se dit que la distance a été mal mesurée, on pense que les courants ont aidé le vainqueur. Et les records ne sont pas homologués (ils seront reconnus des années plus tard).

"Si ce garçon des îles, un inconnu, un indigène en plus, veut prouver qu’il nage vite, qu’il vienne concourir chez nous, face aux meilleurs". C’est à peu près ce qui se dit. Et c’est ce qui arrive, quelques mois plus tard. A Philadelphie, Duke Kahanamoku gagne le 100 mètres nage libre, lors des qualifications olympiques. Il sera aux Jeux de Stockholm, en 1912.

Des rendez-vous presque manqués

En Suède, il devient champion olympique pour la première fois, après bien des péripéties. Il gagne sa série du 100 mètres nage libre, puis il gagne son quart de finale. Et l’histoire aurait pu s’arrêter là…

Les trois nageurs américains ont été mal informés de l’horaire des compétitions. Ils pensent que les demi-finales ont lieu le lendemain, et ils vont donc se reposer. Or, la course est prévue le jour même. Ils ne se présentent pas au départ, et sont disqualifiés.

Les plaintes de la délégation américaine finissent par être entendues par le jury. Les trois hommes sont autorisés à nager, dans une troisième demi-finale, mise en place pour eux. Le vainqueur ne sera repêché que s’il réussit un meilleur chrono que le troisième de la course qu’ils ont manquée. Duke Kahanamoku nage très vite et gagne. Il se qualifie pour la finale. Il est sauvé. Le surf aussi, on y reviendra.

N’importe quel athlète qui se fait peur à ce point est encore plus attentif par la suite. Mais pas lui. Avant la finale, il est introuvable. Ses coéquipiers le cherchent partout, l’appellent en vain. Et finissent par le trouver, endormi sous une tribune. Ils le poussent littéralement au bord du bassin, juste à temps. Et il gagne la course. Il est champion olympique. Il gagne également une médaille d’argent, avec l’équipe américaine, lors du relais 4 fois 200 mètres.

Jamais sans sa planche de surf

Après les Jeux Olympiques de Stockholm, l’histoire de ce nageur supersonique, au style si aérien, commence à faire le tour du monde. Il est invité un peu partout, pour proposer des démonstrations de natation au public.

Il voyage toujours avec un objet inconnu, en dehors de son île, une planche de surf. Et il en profite pour ajouter des exhibitions de surf à ses exhibitions de natation. Même si sa planche en bois, qu’il a fabriquée lui-même, pèse 52 kilos, il la maîtrise. Il a passé sa jeunesse à surfer, à Waikiki, avec les Beach Boys.

Et petit à petit, il fait découvrir, un peu partout, cette pratique ancestrale typiquement hawaïenne. Il visite d’abord la Californie, puis la côte est.

Le 24 décembre 1914 est une date considérée comme majeure, dans l’histoire sportive de l’Australie. Ce jour-là, il propose une exhibition de surf à Sydney. Aujourd’hui, le surf est le sport national australien par excellence. Et c’est grâce à lui.

La Nouvelle-Zélande adopte le surf l’année suivante. Et la pratique se répand sur toutes les côtes du monde.

Les Jeux Olympiques d’Anvers

Le père du surf moderne continue, pendant des années, à travailler au développement de sa discipline favorite. Mais il n’en oublie pas la natation, tout aussi importante pour lui. "Nager est une récréation, et un plaisir que l’on ne peut retrouver dans aucune autre forme de sport ou de loisir. Selon moi, nager est une nécessité. Et la natation doit être pratiquée aussi bien par les hommes que par les femmes, par les enfants que par les adultes."

Les Jeux Olympiques de 1916, prévus à Berlin, sont évidemment annulés, à cause de la Première Guerre mondiale. Mais Duke Kahanamoku est bien là, quatre ans plus tard, aux Jeux Olympiques d’Anvers. Le 24 août 1920, il devient le premier nageur à conserver son titre, sur la discipline reine, le 100 mètres nage libre. Il termine devant deux autres Américains, Pua Kealoha et William Harris. Les trois médaillés sont Hawaïens. La finale est disputée à deux reprises, à cause d’une réclamation australienne, après la première course. Mais les résultats restent exactement les mêmes la deuxième fois.

Kahanamoku quitte la Belgique avec une autre médaille d’or dans sa valise, celle du relais 4 fois 200 mètres.

De Tarzan…

Quatre ans plus tard, aux Jeux de Paris, il a 34 ans. Cette fois, il ne gagne plus. Le podium du 100 mètres nage libre est une nouvelle fois trusté par les Américains. Mais le héros d’Anvers est devancé par un plus jeune que lui, Johnny Weissmuller, dix-neuf ans. Le vainqueur ne tardera pas à devenir le plus célèbre Tarzan de l’histoire du cinéma. "Seul Tarzan a réussi à me battre", dira plus tard le médaillé d’argent. Sur la troisième marche du podium, il y a le petit frère, Sam Kahanamoku.

Celui que l’on surnomme "l’homme-poisson" rate les Jeux Olympiques d’Amsterdam, en 1928. Malade, il ne parvient pas à décrocher sa qualification.

Il sera présent aux Jeux de Los Angeles, en 1932, mais uniquement comme réserviste, dans l’équipe américaine de water-polo. Les Etats-Unis remportent la médaille de bronze, mais il ne joue pas.

Avant ce dernier rendez-vous olympique, la notoriété du sportif hawaïen avait encore grandi, à l’occasion d’un événement dramatique. En 1925, alors qu’il surfe, à Newport Beach, il assiste au naufrage d’un bateau de pêche. Dix-sept personnes se noient. Mais le bilan aurait été encore plus lourd sans l’intervention du champion. Il parvient à sauver huit personnes, en les hissant sur sa planche, et en effectuant trois allers-retours pour les ramener sur la plage. Depuis cet événement, les maîtres-nageurs californiens utilisent des petites planches de sauvetage, lors de leurs opérations en mer.

… à John Wayne

Les exploits sportifs de Duke Kahanamoku, et ses exhibitions de surf, ont attiré l’attention des studios d’Hollywood. Et il entame une carrière d’acteur. Il joue des petits rôles, exotiques, dans vingt-huit films. Il évolue notamment aux côtés de John Wayne, dans "Le Réveil de la sorcière rouge".

Après sa carrière sportive, le vainqueur de cinq médailles olympiques devient shérif d’Honolulu. Et il le reste de 1932 à 1961.

Il meurt d’une crise cardiaque, le 22 janvier 1968, à l’âge de 77 ans. Ses cendres sont dispersées dans l’océan, au large de Waikiki Beach.

Aujourd’hui encore, sur le rivage, les amateurs de surf du monde entier viennent fleurir une statue de bronze, le représentant avec sa planche.

Regardez ici quelques images de Duke Kahanamoku…

Et pour voir d'autres photos de Duke Kahanamoku, vous pouvez consulter le blog du Musée Olympique de Lausanne, consacré aux Jeux Olympiques d'Anvers.  C'est ici...

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