1920-2020, le centenaire des JO d'Anvers – Du hockey sur glace aux Jeux d'été, un événement unique dans l'histoire

La patinoire d'Anvers, qui a accueilli le hockey sur glace aux Jeux d'Anvers
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La patinoire d'Anvers, qui a accueilli le hockey sur glace aux Jeux d'Anvers - © Droits réservés

Un petit quiz, pour briller en société (quand nous pourrons à nouveau tenter de le faire) : Vrai ou faux, les Jeux Olympiques d’Anvers ont-ils commencé en avril 1920, pour se terminer au mois de septembre ? Vrai, mais il faut nuancer.
Vrai ou faux, ces Jeux Olympiques d’été ont-ils accueilli des sports d’hiver ? Vrai.
Vrai ou faux, la Belgique a-t-elle été pionnière en hockey sur glace ? Vrai.

Les Jeux Olympiques d’Anvers ont essentiellement eu lieu en août et en septembre 1920. La cérémonie d’ouverture a été organisée en août. Mais en réalité, ils ont commencé bien plus tôt. Pendant une semaine, en avril, la patinoire d’Anvers a accueilli les compétitions de patinage artistique et de hockey sur glace. Ensuite, les Jeux se sont mis en mode "pause" jusqu’à l’été.

Quand on ouvre le grand livre de l’histoire olympique, on se rend compte que l’épreuve de hockey sur glace a été très intéressante, à plus d’un titre. Pour en parler, le mieux est de se tourner vers Marc Branchu, fondateur du site Hockey Archives…

Une première dans l’histoire olympique

Le hockey sur glace est entré au programme olympique en 1920. Les Jeux d’Anvers sont donc les seuls Jeux d’été de l’histoire (même si on ne parlait pas encore des Jeux d'"été") à avoir accueilli les hockeyeurs, leurs crosses et leur palet. L’épreuve a eu lieu au Palais de Glace, une patinoire artificielle, qui n’était évidemment pas ouverte en août, mais qui l’était en avril.

Les premières explications de Marc Branchu… "Les sports d’hiver, à l’époque, étaient surtout pratiqués par les nations nordiques, qui avaient leurs propres 'Jeux Nordiques'. Et ces pays étaient un peu réticents à l’idée de laisser les Jeux Olympiques concurrencer leur propre organisation. Et ils ont plutôt freiné la création des Jeux Olympiques d’hiver". Ces Jeux ont fini par apparaître en 1924, à Chamonix.

Un sport ancien et nouveau à la fois

Sept pays ont participé aux Jeux d’Anvers, en hockey sur glace, la Belgique, la France, la Suisse, la Suède, la Tchécoslovaquie, le Canada, et les Etats-Unis. Il y avait, en 1920, un monde de différence entre le hockey européen et le hockey nord-américain. On avait carrément affaire à deux sports bien distincts. "La pratique du hockey sur la glace avait commencé en Angleterre depuis plus d’un siècle. Mais elle s’était organisée de deux manières différentes. En Europe, une branche a évolué vers ce que l’on appelle aujourd’hui le 'bandy'. Un sport joué avec une balle, sur des patinoires extérieures. Au Canada, on a codifié et organisé ce jeu. Et on l’a joué sur des patinoires intérieures, avec un palet. Le hockey 'à la canadienne', qui s’est plus développé et répandu, est revenu en Europe, par Londres et Paris".

Et la Belgique, dans tout cela ?

On ne le sait pas forcément, parce que le hockey sur glace est plutôt un sport confidentiel, en Belgique, en 2020, mais notre pays a été précurseur. "La Belgique a fait partie des premières nations européennes, avec la France et l’Angleterre, à avoir pratiqué le hockey sur glace à la façon canadienne. En 1908, elle a aussi fait partie des pays fondateurs de la Ligue Internationale, qui est devenue la Fédération Internationale. Puis, petit à petit, les pays qui pratiquaient le bandy se sont convertis au hockey sur glace. Et le fait d’être devenu sport olympique, en 1920, a très clairement fait basculer la pratique européenne vers le hockey sur glace, au détriment du bandy".

Les premiers matches de hockey sur glace aux Jeux Olympiques auraient dû avoir lieu le 20 avril 1920. Mais la compétition a été retardée (et le début des Jeux aussi, par conséquent), parce que le voyage en bateau de l’équipe américaine a été plus long que prévu. Le tournoi olympique a donc commencé le 23 avril.

Un excès de confiance qui a coûté cher

C’est ce jour-là que la Belgique a joué son match. Son seul match. Elle l’a perdu très sèchement, 8/0, face à la Suède. Et elle a terminé dernière de la compétition.

La Suède était pourtant la seule nation du plateau à ne jamais avoir pratiqué le hockey sur glace. Elle jouait toujours au bandy, à l’époque. "Un producteur et distributeur de cinéma franco-américain, Raoul Le Mat, qui travaillait pour la Metro-Goldwyn-Mayer, a convaincu la Suède de participer au tournoi olympique. Il avait vu les Suédois pratiquer le bandy. Et constatant qu’ils étaient bons patineurs, il avait demandé à la fédération suédoise de football, qui chapeautait ce sport, d’envoyer une équipe aux Jeux Olympiques d’Anvers. A quelques exceptions près, les joueurs suédois, habitués au bandy, n’avaient encore jamais joué au hockey sur glace. Ils se sont donc entraînés pendant trois mois, avec un palet et non plus une balle, et avec une crosse un peu plus plate que celle qu’ils utilisaient d’habitude".

Les Belges, de leur côté, connaissaient mieux le hockey sur glace, et ont pensé qu’ils l’emporteraient facilement, face à ces débutants. Ils se sont pourtant inclinés 8/0. "Les Belges n’avaient pas patiné pendant la guerre, contrairement à la Suède, pays neutre. Les Suédois étaient de bien meilleurs athlètes, et ils ont infligé une cuisante défaite au pays organisateur."

Les Belges ont été surpris par le jeu extrêmement physique des Suédois, voire très dur. Le public a été surpris aussi, et a manifesté son hostilité envers les hommes du Nord. "Les Américains et les Canadiens pratiquaient aussi un hockey physique. Et pourtant, l’arbitre canadien du match a demandé aux Suédois de bien vouloir se calmer, et de revenir aux règles du hockey pratiqué avec un peu plus de mesure. Le seul joueur suédois qui parlait anglais a répondu : 'mes coéquipiers ne savent pas comment vous, vous jouez au hockey ; ils savent juste comment eux, ils le jouent'.

Jean-Maurice Goossens, un joueur qui osait tout

Un seul joueur belge a essayé de répondre à l’emprise physique des Suédois, Jean-Maurice Goossens. Mal lui en a pris, il s’est blessé pendant la rencontre. Ce qui a encore attisé un peu plus la colère du public. Jean-Maurice Goosssens était un très jeune joueur, plein de culot. Il l’avait déjà prouvé pendant la guerre. "Sérieusement blessé par une grenade, il s’était retrouvé à l’hôpital de la Panne. La Reine des Belges, Elisabeth, avait rendu visite aux soldats, dans cet hôpital militaire. Arrivée devant lui, elle s’était inquiétée de sa santé, et lui avait demandé s’il avait besoin de quelque chose de sa part. Goossens avait répondu : 'une pipe, Votre Majesté'. Le lendemain, une pipe avait été déposée sur sa table de chevet."

Paul Loicq, une grande personnalité, dans l’équipe belge

Mais la figure la plus importante de cette équipe belge a été le capitaine, Paul Loicq. "Il est, par la suite, devenu président de la Fédération Internationale de Hockey sur Glace, et c’est lui qui est resté le plus longtemps à ce poste. Aujourd’hui encore, le 'Trophée Paul Loicq' est remis chaque année à une personnalité, pour son implication et son rôle de bâtisseur, dans le monde du hockey. Paul Loicq a été résistant pendant la Deuxième Guerre mondiale, et il a représenté la Belgique au procès de Nuremberg. C’était un diplomate, un polyglotte. Et il symbolisait bien ces premiers hockeyeurs, au début du siècle dernier, qui étaient plutôt des gens de la bonne société. Pendant le tournoi olympique d’Anvers, ces joueurs-là se sont retrouvés au milieu d’autres compétiteurs, venus d’horizons très différents".

Le Canada, grand triomphateur des Jeux Olympiques

Le Canada a gagné la médaille d’or, lors des Jeux d’Anvers. Le Canada a d’ailleurs remporté six des sept premières éditions des Jeux, en hockey sur glace. Ce qui semble normal, dans la mesure où c’est le Canada, pour rappel, qui a organisé et développé ce sport. Plus tard, la compétition anversoise a été considérée comme le premier Championnat du monde de l’histoire. Les Canadiens ont donc aussi gagné, sans le savoir, les Championnats du monde 1920.

Le Canada ne s’est pas présenté en Belgique avec une sélection de ses meilleurs joueurs, mais avec la meilleure équipe du pays, l’équipe qui avait gagné le championnat national chez les amateurs, 'les Falcons de Winnipeg'. "Cette équipe était constituée de fils d’immigrants islandais, qui n’appartenaient pas du tout à la haute société. Pour eux, ce voyage était fabuleux. Et c’était d’ailleurs un retour en Europe pour eux, puisqu’ils y avaient combattu pendant la Première Guerre mondiale. En Belgique pour certains."

Les habitants de Winnipeg ont réussi à suivre le tournoi olympique à distance, et notamment la finale, même si les moyens de communication n’étaient évidemment pas ceux d’aujourd’hui. "Les gens sont venus s’enquérir du résultat, auprès de la station de télégraphe de la ville. Et à leur retour, les hockeyeurs canadiens ont été reçus en héros à Winnipeg, notamment par la communauté islandaise. Par la suite, cette équipe s’est disloquée, certains joueurs passant professionnels."

Des bourgeois resquilleurs

Retour à Anvers, et à ce tournoi olympique. Les tribunes, autour de la patinoire, n’étaient pas très grandes. Et pourtant, il y a eu de l’ambiance, ce qui n’était pas courant à l’époque. "Une patinoire était un lieu mondain, que fréquentaient les aristocrates et les grands bourgeois. Ils venaient y patiner, ou assister à des épreuves sur glace, et en même temps, ils y fréquentaient la bonne société. Le 'Palais de Glace' était plutôt luxueux. Pendant la semaine olympique, un orchestre était là pour jouer les hymnes nationaux. Les gens se sont pris au jeu, et se sont mis à encourager bruyamment leur équipe préférée. Ces applaudissements et ces cris n’étaient pas la coutume, en Europe, à cette époque-là."

Les spectateurs se sont tellement pris au jeu que la patinoire est devenue trop petite, quand une demi-finale a opposé les deux nations nord-américaines, le Canada et les Etats-Unis, des équipes largement supérieures à toutes les autres. Il y a eu dix fois plus de demandes que de places disponibles. "On a donc vu des gens en beaux costumes demander aux joueurs l’autorisation de porter leur crosse ou leurs patins. Tous les billets avaient été vendus, ils n’en avaient pas, et ils ont voulu entrer dans la salle en se faisant passer pour des assistants, chargés du matériel. Le meilleur joueur de l’équipe canadienne, Magnus Goodman, a été très surpris. Dans la vie, il était conducteur d’un camion de blanchisserie. Il était de condition modeste, et voilà que des Européens très chics, de la haute société, venaient le supplier…"

Le Canada a donc gagné la médaille d’or. Les Etats-Unis ont gagné la médaille d’argent. Et la Tchécoslovaquie a gagné la médaille de bronze.

Pour en savoir plus, vous pouvez consulter le site internet de Marc Branchu, ici. Et, dans un premier temps, écouter, ci-dessous, l’interview complète qu’il a accordée à la RTBF…

Sachez aussi que le Sportimonium, le Musée belge du Sport et de l'Olympisme, consacrera une exposition aux Jeux Olympiques d'Anvers dès que les musées pourront à nouveau ouvrir leurs portes.

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