1920-2020, le centenaire des Jeux d'Anvers : Un drapeau a été volé; le mystère a duré 77 ans

Hal Haig Prieste a rendu le drapeau des Jeux d'Anvers en 2000
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Hal Haig Prieste a rendu le drapeau des Jeux d'Anvers en 2000 - © SVEN NACKSTRAND - AFP

Pendant six semaines, nous avons tenté de vous raconter le plus grand événement sportif jamais organisé dans notre pays, les Jeux Olympiques d’Anvers. Ils ont eu lieu il y a un siècle. Et ils se sont achevés le 12 septembre 1920.

Nous avons encore une dernière histoire, insolite, à partager. Ce qui suit est arrivé après la cérémonie de clôture.

Pour rappel, les Jeux d’Anvers ont été les premiers à présenter ce qui est devenu le symbole le plus fort de l’olympisme, le drapeau aux cinq anneaux entrelacés. Son histoire est à retrouver ici. Pour le rendez-vous sportif de 1920, plusieurs drapeaux avaient été confectionnés. Mais ceux qui trônaient dans le stade étaient plus emblématiques que ceux qui étaient disséminés dans la ville.

Plus emblématiques, et donc plus convoités aussi. Et l’un d’eux a été dérobé, à la fin des compétitions. Ce n’est qu’en 1997 que l’on connaîtra le nom du voleur. Ou plutôt du farceur, puisque tout est parti d’une blague. L’auteur du larcin s’appelait Haig Hal Prieste. A Anvers, il concourait sous le nom de Harry Prieste.

Cet Américain a eu une vie longue et romanesque. Il est né en 1896, comme les Jeux Olympiques modernes. Cette année-là, ses parents et son grand frère ont fui l’Arménie. Sa mère était enceinte, et son père était déguisé en femme, puisque les Turcs ne laissaient que les femmes et les enfants quitter le pays. La famille s’est installée en Californie, terre de sports nautiques. Le jeune Harry Prieste choisira le plongeon. En 1919, il est champion des Etats-Unis. En 1920, il participe aux Jeux Olympiques d’Anvers.


>> Retrouvez ici tous les articles déjà publiés sur les Jeux olympiques de 1920


Il se classe troisième, dans l’épreuve de plongeon depuis une plate-forme de dix mètres. Mais la médaille de bronze ne sera pas le seul souvenir qu’il ramènera dans sa valise. Durant son séjour en Belgique, il passe énormément de temps avec un autre athlète américain, le nageur Duke Kahanamoku (lui aussi a un parcours extraordinaire, que nous vous avons raconté dans un autre article). Les deux hommes s’entendent comme larrons en foire, et enchaînent les parties de rigolades. "Nous multipliions les blagues, comme Laurel et Hardy", avouera Prieste, des années plus tard.

Un défi relevé

Après la cérémonie de clôture des Jeux, Duke Kahanamoku lance un défi à son copain : grimper tout en haut d’un mât, dans le stade, décrocher le drapeau olympique, et le ramener chez lui. Harry Prieste ne se fait pas prier. La police belge poursuit les deux hommes. Mais lui échapper est un jeu d’enfant, pour des athlètes comme eux.

Les années passent. Hal Haig Prieste continue à faire des farces. C’est même devenu son métier. Il habite maintenant à Broadway, et il tourne dans des films burlesques, sous la direction du célèbre Mack Sennett, notamment. Il participe également à des spectacles de vaudeville. Il est cascadeur, jongleur, artiste de cirque. Il fait partie d’une troupe de patineurs sur glace. Et il compte Charlie Chaplin parmi ses amis.

En 1996, Hal Haig Prieste fête son centenaire. Il est en grande forme. Il fait encore des pompes, et il n’a arrêté le patinage que quatre ans plus tôt. Il participe au relais de la flamme olympique, avant les Jeux d’Atlanta.

Le mystère est résolu

En 1997, il est invité à un banquet, organisé par le Comité Olympique américain. Il est interviewé par un journaliste, qui lui rappelle qu’un drapeau avait été volé, aux Jeux d’Anvers, en 1920. Et que ce drapeau n’a jamais été retrouvé. "Je peux vous aider", lui rétorque Prieste. "Il est chez moi, au fond d’une valise, depuis septante-sept ans".

Le Comité International Olympique est informé, et organise donc "la restitution du drapeau". Cela se fera juste avant les Jeux Olympiques de Sydney, en 2000. Hal Haig, 103 ans, est tout excité, à l’idée de voyager jusqu’en Australie. Et pas du tout triste de rendre "son" drapeau. "Les gens penseront plus à moi si je le donne que si je le garde".

Il arrive à la cérémonie officielle en fauteuil roulant, vêtu d’un pantalon blanc, d’une chemise blanche, d’une veste bleue, d’une cravate multicolore, et d’une casquette blanche. Il remet officiellement le drapeau en lin à Juan Antonio Samaranch, alors président du CIO. Et il se voit offrir une médaille commémorative.

Le fameux drapeau a rejoint le siège du Comité International Olympique, à Lausanne, avant d’être remis à la ville d’Anvers, en 2004. Il est l’un des deux seuls drapeaux datant de 1920 toujours visibles en Belgique. Et il est actuellement au coeur d'une exposition consacrée aux Jeux d'Anvers, au MAS Museum.

Hal Haig Prieste est décédé le 19 avril 2001, à l’âge de 104 ans. "Sa joie de vivre et son exubérance ont été une inspiration pour nous tous", a déclaré Sandra Baldwin, la présidente du Comité Olympique américain, en lui rendant hommage.

C’est la fin de notre série de récits sur les Jeux Olympiques d’Anvers. Pour retrouver tous les articles retraçant les aventures extraordinaires, originales, émouvantes, des champions d’autrefois, c’est ici…

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