1920-2020, le centenaire des Jeux d'Anvers : La médaille, objet de toutes les convoitises

La médaille d'or des Jeux Olympiques d'Anvers
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La médaille d'or des Jeux Olympiques d'Anvers - © RTBF

La gloire, la joie, les souvenirs, l’excitation, l’adrénaline, l’expérience, les émotions, l’histoire, le podium, l’argent (pas vraiment, il y a un siècle). Les athlètes olympiques courent après tout cela. Mais il y a évidemment aussi, et surtout, le Graal, la médaille…

Nous vous proposons d’en apprendre un peu plus sur l’histoire des médailles olympiques. Et tout d’abord, bien sûr, de découvrir à quoi ressemblaient les médailles des Jeux Olympiques d’Anvers. Les médailles d’or, d’argent, et de bronze, offertes aux trois premiers de chaque épreuve.

Une déesse et un héros

Sur l’avers de la médaille (le côté "face"), on peut voir un homme nu, portant à la main gauche une feuille de palmier et une couronne de laurier. Depuis l’Antiquité, le laurier est le symbole de la victoire, de l’immortalité, de la sagesse. Le mot "lauréat" vient du latin "laureatus", qui signifie "couronné de laurier". Et le terme "baccalauréat" a la même origine.

Derrière l’athlète, on distingue la Renommée, une divinité grecque. Chez les Romains, elle sera représentée jouant de la trompe. Dans l’expression "les trompettes de la renommée", il est encore question de gloire et d’honneurs.

La médaille est discrètement barrée, horizontalement, d’une frise grecque, et de l’inscription "VII OLYMPIADE".


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Sur le revers de la médaille, on aperçoit la Statue Brabo, installée sur la Grand-Place d’Anvers. Selon la légende, Druon Antigone était un géant, qui taxait les bateaux passant sur l’Escaut, et qui coupait la main des plus récalcitrants. Silvius Brabo, un soldat romain, mit fin à cette écrasante obligation. Il tua le géant, lui trancha la main, et la lança dans le fleuve. De là le nom de la ville, "Hand Werpen", "main jetée", "Antwerpen".

Sur ce côté de la médaille figurent aussi des représentations de la cathédrale et du port d’Anvers. Ainsi que l’inscription "ANVERS MCMXX".

La médaille fait 59 millimètres de diamètre et 4,4 millimètres d’épaisseur. Elle pèse 79 grammes.

1250 médailles ont été frappées à Bruxelles : 450 en or (enfin, pas tout à fait, on y reviendra), 400 en argent, et 400 en bronze.

Vautours et pélicans

L’homme qui a imaginé, dessiné, la médaille des Jeux Olympiques d’Anvers s’appelait Josué Dupon. Il était graveur et sculpteur. Et sans le savoir, vous connaissez peut-être quelques-unes de ses œuvres.

Quelle est la première chose que l’on voit en se rendant au zoo d’Anvers ? Un spectaculaire pavillon d’entrée. Sur les piliers de gauche et de droite, il y a de grandes sculptures en bronze, représentant des oiseaux. "Deux Pélicans huppés sur une épave de bateau", et "Deux Vautours sur une tête d’éléphant" sont des œuvres de Josué Dupon. De même que "Le Chameau et son chamelier", que l’on trouve un peu plus loin, dans le jardin zoologique, sur le bâtiment administratif.

Josué Dupon était un spécialiste du monde animal. Mais le sport ne lui était pas étranger non plus. La preuve, il a obtenu une médaille, aux Jeux Olympiques de Berlin, en 1936. A cette époque, les Jeux Olympiques proposaient également des épreuves littéraires et artistiques, qui couronnaient des œuvres liées au sport. Le Belge a donc obtenu le bronze, en sculpture, pour ses "Médailles équestres". Mais il a été récompensé à titre posthume, puisqu’il est décédé en 1935.

Des débuts sans or

Lors des premiers Jeux Olympiques modernes, organisés à Athènes, en 1896, les vainqueurs se sont vus remettre un diplôme, un rameau d’olivier, et une médaille… d’argent. Le tout premier champion olympique s’appelait James Brendan Connoly et était américain. Il a gagné le triple saut.

Les deuxièmes de chaque épreuve ont reçu une médaille… en bronze et en cuivre, ainsi qu’une branche de laurier, et un diplôme. Et les troisièmes n’ont pas reçu de médaille.

La hiérarchie de prix, telle qu’on la connaît aujourd’hui, apparaîtra en 1904, aux Jeux de Saint-Louis. Les trois meilleurs reçoivent des breloques en or, en argent, et en bronze. Et le Comité International Olympique attribue les mêmes récompenses, rétrospectivement, aux trois premiers des Jeux d’Athènes et de Paris.

Des médailles en or, vraiment ?

Les Jeux Olympiques de 1904, 1908 et 1912 sont les seuls qui offrent des médailles d’or… en or massif. Cela explique que les trophées distribués lors de ces trois événements soient les plus petits de l’histoire olympique. Ils font entre 33 et 38 millimètres de diamètre.

Après la Première Guerre mondiale, la crise économique oblige les organisateurs des Jeux Olympiques à revoir leurs ambitions, et leurs moyens, à la baisse. A Anvers, en 1920, les médailles d’or sont en argent, et sont recouvertes d’une pellicule d’or. Elles sont donc en vermeil. Et depuis un siècle cela n’a pas changé, les champions olympiques repartent avec des médailles en argent, dorées. Et ces médailles contiennent également un peu de cuivre.

La victoire n’a pas de prix

Il a été calculé que lors des derniers Jeux Olympiques d’été, ceux de Rio, une médaille d’or valait à peu près 550 euros, une médaille d’argent 250 euros, et une médaille de bronze… 3 euros.

Bien sûr, ces prix ne tiennent compte que de la valeur du métal. Sentimentalement, une médaille olympique, c’est inestimable. En 2003, le boxeur ukrainien Vladimir Klitschko a cédé la médaille d’or qu’il avait gagnée sept ans plus tôt, à Atlanta. Cette vente lui a rapporté un million de dollars.

Trionfo

Chaque médaille olympique est unique. Il y en a eu de très originales. A Paris, en 1900, elles étaient rectangulaires, par exemple. A Pékin, en 2008, certaines contenaient du jade. A Albertville, en 1992, les médailles étaient en verre, et étaient incrustées d’or, d’argent, et de bronze. Mais les Jeux d’hiver, c’est un cas à part ; les organisateurs ont plus de liberté.

Pour les Jeux d’été, de 1928 à 1968, les médailles, appelées "Trionfo" ont été standardisées. Sur l’avers, figurait Niké, la déesse de la victoire, portant une palme et une couronne de vainqueur. En arrière-plan, le Colisée. Sur le revers, était représenté un champion, porté en triomphe par la foule, devant un stade. Ce qui changeait de Jeux en Jeux, bien sûr, c’était les inscriptions, le nom de la ville organisatrice, et la date.

A partir de 1972, chaque événement a pu à nouveau personnaliser un peu plus ses récompenses. En tout cas, le dos de la médaille. Le côté "face" a peu varié. La déesse Niké doit toujours être présente, c’est obligatoire.

Le design de l’avers a été modernisé en 2004. Et une vieille erreur, datant de 1928, a été corrigée. L’enceinte représentée sur la médaille est maintenant un stade grec, et non plus le Colisée, romain. C’est plus logique…

Des règles à respecter

Il y a des recommandations bien précises à suivre, édictées par le Comité International Olympique. Une médaille doit toujours mesurer au moins soixante millimètres de diamètre, et avoir une épaisseur d’au moins trois millimètres.

Une médaille d’or doit être composée de 92,5% d’argent. Et toujours contenir au moins six grammes d’or pur. La médaille d’argent est la même, sans l’or. Et la médaille de bronze est très logiquement en bronze, un alliage de cuivre, de zinc, et d’étain.

Le CIO précise que les médailles "doivent arborer l’emblème olympique, le nom complet des Jeux en question, le nom du sport concerné, ainsi que l’emblème du comité d’organisation". Et c’est le Comité International Olympique qui a le dernier mot, et qui approuve le design final de l’objet.

La remise des médailles

Jusqu’en 1932, et donc aussi à Anvers, les médailles sont distribuées lors de la clôture des Jeux Olympiques. Les athlètes, en tenue de soirée, sont placés en dessous des officiels. Depuis, les podiums leur permettent de "trôner" au-dessus de ceux qui les récompensent.

Los Angeles, on organise aussi pour la première fois les cérémonies protocolaires de remise des médailles après chaque épreuve. Cela se passe toujours comme cela aujourd’hui, les podiums ont lieu juste après les compétitions, voire le lendemain.

En 1960, à Rome, les médailles sont pour la première fois passées autour du cou des lauréats.

A noter aussi que les champions olympiques des épreuves individuelles, aux Jeux d’Anvers, sont tous repartis avec leur médaille, leur diplôme, et une statuette en bronze, "L’Athlète victorieux", de Léandre Grandmoulin. Le moule ayant servi à la fabrication des 125 exemplaires a immédiatement été brisé, pour que l’objet ne soit jamais copié.

Et tous les athlètes présents aux Jeux Olympiques d’Anvers ont reçu une médaille de participation. Ce souvenir, œuvre du sculpteur Pierre Theunis, a également été remis à ceux qui avaient pris part à l’organisation de l’événement.

L’avenir

La Belgique a gagné 154 médailles, depuis la rénovation des Jeux Olympiques, en 1896 : 148 aux Jeux d’été, et 6 aux Jeux d’hiver. Et 40 de ces médailles sont en or. Un bilan qui sera, si tout va bien, amélioré dans quelques mois.

Lors des prochains Jeux Olympiques, à Tokyo, les meilleurs athlètes recevront des médailles que l’on peut qualifier d’écologiques. Pour la première fois dans l’histoire des Jeux, les citoyens ont pu contribuer, indirectement, à la fabrication des précieuses distinctions. Les médailles ont été fabriquées à partir de petits appareils électroniques, des téléphones portables notamment, collectés dans tout le pays.

Aux Jeux de Paris, en 2024, les athlètes recevront une médaille "à partager", constituée de quatre éléments, quatre couches détachables. Les champions pourront choisir de les garder pour eux, ou d’en distribuer un morceau à leur entraîneur, un ami, ou un membre de leur famille.

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