1920-2020, le centenaire des Jeux d'Anvers : La lutte à la corde, et autres sports olympiques insolites

La lutte à la corde, aux Jeux Olympiques d'Anvers, en 1920
8 images
La lutte à la corde, aux Jeux Olympiques d'Anvers, en 1920 - © CIO

Des sports que l’on peut qualifier d’originaux, ont figuré au programme des Jeux Olympiques modernes, lors des premières éditions. Parmi eux, la lutte à la corde. La discipline était présente à Anvers, en 1920. Mais c’était la dernière fois.

La lutte à la corde, c’est très simple. Deux équipes de huit joueurs s’affrontent en tirant sur une corde tendue. Les vainqueurs sont ceux qui parviennent à faire avancer leurs adversaires de plus de deux mètres, en cinq minutes. Si, passé ce délai, les deux mètres ne sont pas franchis, les gagnants sont ceux qui ont gagné le plus de terrain.


>> Retrouvez ici tous les articles déjà publiés sur les Jeux olympiques de 1920


Le tir à la corde est une pratique ancestrale, appréciée en Asie notamment. Et il faisait partie du programme des Jeux Olympiques de la Grèce antique.

Lors de la rénovation des Jeux, en 1896, il n’a pas été repris. Mais il est revenu en 1900, sous le nom officiel de "lutte à la corde". Cette épreuve a eu un parcours olympique assez atypique.

Un journaliste champion olympique

Aux Jeux de Paris, seules deux formations étaient présentes. Une sélection composée de Danois et de Suédois a battu la France. Les Scandinaves n’étaient même pas assez nombreux pour aligner une équipe complète, et ont fait appel à un journaliste danois, comme huitième homme. Edgar Aabye était venu en France pour couvrir l’événement ; il est rentré chez lui avec un titre de champion olympique.

Les équipes hybrides étaient tolérées. Les clubs aussi. Quatre ans plus tard, à Saint-Louis, trois clubs américains sont montés sur les trois marches du podium (façon de parler, parce que les podiums, tels qu’on les connaît actuellement, n’existaient pas encore). En 1908, à Londres, les trois médailles ont été gagnées par les Britanniques. Les policiers de Londres ont gagné, devant les policiers de Liverpool, et la police métropolitaine.

En 1912, à Stockholm, il n’y avait à nouveau que deux équipes au départ. La Suède a gagné, devant le Royaume-Uni.

Aux Jeux Olympiques d’Anvers, cinq nations se sont battues pour les médailles. Le Royaume-Uni, une fois encore représenté par pas mal de policiers londoniens, a devancé les Pays-Bas. Et la Belgique a gagné une médaille de bronze. Voilà le dernier podium de l’histoire olympique de la lutte à la corde.

Trop de polémiques

Ce sport de force a disparu du programme des Jeux, probablement à cause d’un grand nombre de controverses qui ont jalonné son parcours olympique.

En 1908, les Américains ont accusé les policiers londoniens d’avoir concouru avec des bottes spéciales, qui auraient été lestées. Il était donc beaucoup plus compliqué, voire impossible, de faire bouger les adversaires. En 1912, les Britanniques ont été disqualifiés, en finale, pour avoir tiré sur la corde en restant assis.

La discipline a donc quitté le programme olympique après Anvers. Ce qui n’a pas mis trop d’athlètes en "chômage olympique". Ceux qui ont participé à la lutte à la corde, lors de cinq Jeux Olympiques, étaient très souvent des sportifs engagés dans d’autres concours, la lutte, le lancer du disque, le lancer du javelot, le lancer du poids, le lancer du javelot.

D’autres sports étonnants ont été des disciplines olympiques

Pas mal de sports ont été olympiques, lors des premières éditions des Jeux, avant de disparaître du programme. Il y a, notamment, la balle pelote, la pelote basque, le rugby à XV, le polo, le jeu de paume, le croquet. Des sports relativement "classiques", finalement. On voit à peu près à quoi pouvaient ressembler les épreuves.

En revanche, d’autres disciplines peuvent être qualifiées d’insolites, et même un peu folles. Mais après tout, il y aura du skateboard à Tokyo 2020/2021, et du breakdance à Paris 2024. Nos ancêtres qualifieraient aussi ces sports d’insolites et un peu fous…

Voici donc quelques épreuves surprenantes, qui ont été olympiques, au début du vingtième siècle. Et il y en a d’autres, la liste n’est pas exhaustive…

Les animaux, vrais ou faux, athlètes ou victimes

Le tir au pigeon vivant

Oui, le tir au pigeon "vivant", cela a existé, aux Jeux Olympiques, et ce n’est pas très glorieux. On s’en est très vite rendu compte : l’épreuve n’a été organisée qu’à Paris, en 1900, et n’a pas reçu le statut de discipline olympique. Aucune médaille n’a été remise, et les résultats n’ont pas été intégrés au palmarès officiel.

Les 198 concurrents devaient tout simplement tirer à la carabine, et atteindre le plus de pigeons possible. Le Belge Léon de Lunden l’a emporté, avec 21 volatiles "dégommés". 300 oiseaux ont péri, lors de cette funeste journée. Le sol jonché de plumes et d’animaux sanguinolents, cela a beaucoup choqué, à l’époque. Et on est passés, ensuite, au tir au pigeon d’argile.

Paris a accueilli pas mal de sports de démonstration. Parmi eux, dans le même ordre d’idée, il y avait la pêche à la ligne. 2051 poissons ont été attrapés dans la Seine, par les 600 concurrents. Il y a eu deux vainqueurs, celui qui a pêché le plus gros poisson, et celui qui en a pêché le plus (47).

Le tir au cerf courant

On vous rassure tout de suite, lors des Jeux Olympiques de 1908 à 1924, les cerfs visés par les tireurs étaient en métal. Ce sport a une particularité : il a couronné le plus vieux champion olympique de l’histoire, le Suédois Oscar Swahn. Il est aussi, depuis Anvers 1920, l’Olympien le plus âgé de l’histoire, et le médaillé le plus âgé de l’histoire (il avait 72 ans). Son histoire sera à découvrir dans quelques jours, dans notre série d’articles sur les Jeux Olympiques d’Anvers.

Le saut en longueur équestre

L’équitation fait partie des sports olympiques les plus connus. Le dressage, le concours complet, le saut d’obstacles, c’est classique. Mais saviez-vous qu’aux Jeux de Paris, en 1900, des cavaliers s’étaient disputé des médailles en saut en longueur à cheval ?

Il s’agissait de sauter le plus loin possible, au-dessus d’une rivière. Le Belge Constant van Langhendonck et sa jument Extra Dry se sont montrés les plus performants, avec un bond à 6 mètres 10.

Une épreuve de saut en hauteur a été organisée également. Un Belge, Georges van der Poele, a pris la médaille de bronze, en franchissant 1 mètre 70. Les deux épreuves ont ensuite disparu du programme olympique.

Dans l’eau, et sous l’eau

La nage en apnée

Les Jeux Olympiques de Paris ont décidément brillé par leur originalité, parce qu’énormément d’épreuves de démonstration ont été ajoutées au programme. C’est encore là, en 1900, que l’on a organisé des concours de nage en apnée, pour la première et dernière fois.

Le but, pour les participants, était de plonger, et de nager sous l’eau le plus loin possible et le plus longtemps possible. Chaque mètre parcouru, et chaque seconde passée sous l’eau valaient des points. Celui qui gagnait le plus de points était déclaré vainqueur. Charles Devendeville a gagné la médaille d’or, et est devenu le premier Français champion olympique de natation.

L’épreuve n’a convaincu ni les spectateurs, ni la Fédération Internationale de natation, et elle a été abandonnée par la suite. Le "distance plunging", aux Jeux de Saint-Louis, ressemblait un peu à cela. Là, il s’agissait de plonger, de garder la tête sous l’eau, et de ne surtout pas bouger. Au bout d’une minute, on mesurait la distance parcourue malgré tout, grâce à l’élan du plongeon. L’essai de 1904 n’a pas connu de suites non plus.

La natation avec obstacles

Cela n’étonnera personne, c’est aux Jeux Olympiques de Paris que l’on a eu l’idée d’organiser une épreuve de natation avec obstacles. Toutes les compétitions de natation ont eu lieu dans la Seine. Et les obstacles en question étaient des bateaux. Les concurrents devaient monter sur un poteau, plonger, grimper sur des barques, replonger, et nager sous d’autres embarcations. Un vrai parcours du combattant…

En athlétisme

Le saut sans élan

Tout est dit. Il s’agissait de sauter haut, et de sauter loin, comme maintenant, mais sans prendre d’élan.

Des concours de saut en hauteur sans élan, et de saut en longueur sans élan, ont été organisés aux Jeux Olympiques, de 1900 à 1912. Le triple saut sans élan a été abandonné après 1904.

Le grand spécialiste de ces disciplines était l’Américain Ray Ewry. En 1900, il a gagné les trois épreuves. En 1904, il a conservé ses trois titres olympiques. Et en 1908, il a encore remporté les deux qui restaient au programme. Avec ses huit médailles d’or, il figure toujours parmi les plus grands athlètes olympiques de l’histoire. Il était capable de sauter à un mètre 65 en hauteur, à 3 mètres 47 en longueur, et à 10 mètres 86 au triple saut. C’est d’autant plus impressionnant qu’il avait contracté la polio, durant son enfance. Les médecins avaient un moment pensé qu’il serait paralysé à vie.

Le lancer à deux mains

Les Jeux Olympiques de 1912, et eux seuls, ont accueilli des épreuves de lancer du javelot, du disque, et du poids, à deux mains. Il ne fallait pas empoigner les engins à deux mains, et les lancer le plus loin possible. Il fallait les lancer trois fois de la main gauche, et trois fois de la main droite. L’addition du meilleur résultat de chaque main suffisait à trouver le vainqueur. Le but était de couronner les athlètes les plus complets et les plus équilibrés. Contrairement aux sauts sans élan, chaque discipline avait ses spécialistes, qui participaient aussi aux concours de lancers classiques. Le Finlandais Armas Rudolph Taipale a d’ailleurs gagné le disque et le disque à deux mains. Les champions olympiques de javelot à deux mains et du poids à deux mains ont également gagné une médaille d’argent au javelot et au poids traditionnels.

Les inclassables

Le duel au pistolet

Ce sport s’inspire des duels par lesquels les hommes réglaient leurs différends, au petit matin, dans un pré ou un bois. A une nuance près, et elle est importante : les athlètes tiraient sur des mannequins vêtus d’une redingote, et qui portaient une cible sur le torse. Sans cela, on n’aurait pas pu offrir des médailles à grand monde.

L’expérience, tentée aux Jeux de 1912, à Stockholm, n’a pas été renouvelée.

Le grimper à la corde

Puisqu’on a commencé avec une corde, on va terminer avec une corde. Grimper le long d’une corde, beaucoup d’enfants l’ont fait, beaucoup de militaires l’ont fait. Et des athlètes olympiques l’ont régulièrement fait, entre 1896 et 1932. Mais pas aux Jeux d’Anvers.

Il s’agissait de grimper le plus vite possible en haut d’une corde. Mais être rapide ne suffisait pas, le style était noté aussi. Les hommes étaient assis, au départ, et ils grimpaient à la seule force des bras.

C’était tellement difficile que seuls deux athlètes, deux Grecs, sont arrivés en haut lors de la première édition. Les années suivantes, pour éviter une telle débâcle, la corde, qui faisait quinze mètres, a été raccourcie de moitié.

Newsletter sport

Recevez chaque matin l'essentiel de l'info sportive.

OK